Manifestations en France : 110.000 personnes dans le cortège à Paris, quelques heurts en fin de cortège

Les Gilets jaunes avaient prévu plus de 800 mobilisations en France samedi, dont 500 manifestations : des actions étaient prévues sur 86 ronds-points, 21 stations-service, deux dépôts pétroliers, 33 gares, trois ports, 17 ponts, 17 péages, selon une carte publiée sur leur site internet.
Si quelques cortèges ont été autorisés ce samedi, les restrictions à manifester se sont multipliées dans de grandes villes, avec notamment des couvre-feux nocturnes et interdictions de manifestations, des interdictions parfois suspendues par la justice administrative.
A Paris, défilé d’un important cortège syndical
A Paris, 110.000 personnes se sont rassemblées selon la préfecture de police.
Le cortège, parti vers 14h00 de la porte d’Italie, a "atteint la porte de Vincennes", à 17h00, a précisé la même source. "Plus de 3000 contrôles" ont été réalisés et 65 personnes ont été interpellées, a précisé la préfecture de police.
Ce cortège syndical était le seul autorisé dans la capitale française. Mais son parcours a été modifié par les autorités. Le rassemblement devait, à l’origine, se dérouler entre Bastille et Nation mais il aura finalement eu lieu en lisière de Paris, entre la Porte d’Italie et la Porte de Vincennes. Les organisateurs ont dénoncé cet itinéraire "imposé".
A la fin de ce rassemblement autorisé, la police a fait usage de lanceurs d’eau et de gaz lacrymogène pour disperser la foule. "A ce stade, il s’agit de l’unique point de tensions à Paris", selon la préfecture de Paris.
Du côté de la place de la Bastille, les forces de l’ordre ont évacué des manifestants tentant de se rassembler, point de départ initial envisagé par les organisateurs.
Plusieurs musées parisiens, dont le Louvre et Orsay, ont fermé leurs portes samedi. Le couvre-feu a été reconduit dans les périmètres de la place de la République et des Halles de 23h00 à 06h00 jusqu’à lundi matin.
Des rassemblements à Lyon, Nantes, Marseille…
Des interdictions de manifester ont été prises dans de nombreuses villes dont Nancy, Metz, Besançon, Belfort, Rouen, Le Havre, Toulon.
A Nantes, des heurts ont éclaté entre les forces de l’ordre et des manifestants, qui ont réussi à rejoindre le centre-ville, dans le périmètre interdit par la préfecture. Sous la pluie et les quelques feux d’artifice tirés par des participants, la tête de la manifestation a été repoussée avec des grenades et du gaz lacrymogène, avec une charge des forces de l’ordre.
A Lyon, environ 10.000 personnes au total ont défilé de façon erratique, souvent par groupes, samedi, et ce malgré l’absence de manifestation autorisée et un périmètre d’interdiction de rassemblement élargi dans le centre, selon un décompte de la préfecture du Rhône. En réponse, les policiers étaient mobiles, se déplaçant rapidement dans les rues pour disperser ça et là les groupes à l’aide de gaz lacrymogènes pour éviter qu’ils ne grossissent ou se dirigent là où des magasins ont été pillés le 17 octobre et l’office du tourisme incendié. Des véhicules blindés de type Centaure ont été déployés.
À Marseille, après avoir annoncé l’interdiction de tout rassemblement, la préfecture a finalement accordé une autorisation "à titre dérogatoire" à la manifestation intersyndicale. Le couvre-feu pour les mineurs dans l’hypercentre de la ville et certaines zones commerciales a été élargi aux majeurs pour les nuits de samedi à dimanche et de dimanche à lundi.
A Limoges, après avoir été interdites, les manifestations ont été autorisées par la justice administrative. Mais, le préfet de Haute-Vienne, en France, a publié samedi un nouvel arrêté interdisant tous les rassemblements de plus de 20 personnes dans une vaste partie de Limoges. Plus d’un millier de personnes ont donc convergé vers un point de rassemblement dans le centre de Limoges, relayé sur les réseaux sociaux, avant d’apprendre, juste avant 14h00, horaire prévu du début de la mobilisation, que le préfet avait pris un nouvel arrêté. "Donc on nous dit que c’est possible, puis ça ne l’est plus… Ils cherchent juste un prétexte pour aller au contact avec nous et nous disperser ?", a déclaré Cécile, interrogée par un correspondant de l’AFP, avant que le cortège ne s’ébranle.
Au total, à la mi-journée, 135 personnes ont été interpellées en France. Aucun incident majeur n’a été signalé à ce stade, a indiqué le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
Orléans, ville en état de siège
Autre point sensible du week-end : Orléans, où le congrès du Rassemblement national se réunit ce samedi après-midi, à six mois de l’élection présidentielle, en présence de plusieurs milliers de sympathisants. L’événement a débuté peu avant 15h00 au Zénith de la préfecture du Loiret.
Quelques minutes auparavant, un incident est survenu dans les gradins, lorsqu’une équipe vidéo de Mediapart, prise à partie par des militants, puis hué par la salle qui scandait "Mediapart dehors", a été brièvement exfiltrée par le service de sécurité du RN. Les journalistes ont ensuite pu regagner la salle avant l’ouverture officielle du congrès. Le site d’investigation est vertement critiqué par les membres et sympathisants du RN depuis ses révélations fin septembre sur des écrits de jeunesse antisémites attribués à Jordan Bardella – qui conteste farouchement en être l’auteur et a déposé plainte pour diffamation.
Plus tôt dans la journée, entre 13.000 et 26.000 manifestants, selon la préfecture ou les organisateurs, ont défilé près du centre-ville contre la présence du parti d’extrême droite. Le parcours avait été modifié pour éviter le centre-ville. "La manif, ce n’est pas ce que l’on craint, c’est plutôt à partir de la dispersion", a expliqué le maire d’Orléans, Serge Grouard.
Pour encadrer la manifestation et sécuriser le congrès du RN, tous les effectifs de police ont été mobilisés, renforcés par quinze compagnies de CRS et de gendarmes mobiles.
Le maire, Serge Grouard, a annoncé samedi dans la matinée l’instauration d’un couvre-feu sur l’ensemble de la commune durant les deux prochaines nuits pour les mineurs de moins de 15 ans. "Cette mesure préventive s’inscrit dans la volonté de prévenir tout trouble à l’ordre public, de limiter les risques de débordements et de garantir la sécurité des personnes dans un contexte de rassemblements annoncés", a-t-il déclaré dans un communiqué.
Interdictions et restrictions polémiques
Face à ces manifestations interdites ou limitées, les critiques ont fusé.
Amnesty International a dénoncé "un glissement vers des pratiques autoritaires" et a vivement critiqué une "surenchère uniquement sécuritaire" qui "se fait au détriment de nos libertés […] faisant craindre une nouvelle escalade du niveau de violence dans notre pays".
La Ligue des droits de l’homme (LDH) avait déposé des recours contre des arrêtés d’interdiction dans plusieurs villes, et a réclamé l’envoi en France d’une mission d’observation sous l’égide des Nations unies, jugeant le maintien de l’ordre de ces dernières semaines "particulièrement chaotique et incohérent".
Le Conseil de l’Europe appelle à respecter le droit de manifester et de privilégier le dialogue et la désescalade.
Mesures de haute sécurité
Le Premier ministre Sébastien Lecornu avait affirmé vendredi soir que "le niveau de menace rest (ait) élevé", ciblant particulièrement "l’ultragauche" et "la délinquance". Il a défendu un dispositif sécuritaire adapté après les débordements du 17 octobre.
Militaires de la force Sentinelle, unités d’élite de la police et de la gendarmerie, comme le Raid ou le GIGN, hélicoptères et blindés : le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, critiqué de toutes parts pour la gestion du week-end dernier, avait annoncé pour samedi un dispositif policier "massif", avec 70.000 policiers et gendarmes mobilisés, soit près de 20% de plus que la semaine précédente.
Il a prévenu que les forces de l’ordre seraient "intraitables" face à d’éventuels casseurs, une semaine après des dégradations commises en marge de la mobilisation contre la vie chère surtout à Paris, Marseille et Lyon, y compris le lendemain. Près de 3000 commerces ont été vandalisés. Le week-end dernier, 550.000 personnes avaient défilé dans le pays, selon les autorités.
Manifestation le 31 octobre pour "la défense des libertés publiques"
Les gilets jaunes ont appelé samedi à une journée de mobilisation pour "la défense des libertés publiques" le 31 octobre, avec rassemblements et sit-in devant l’Assemblée nationale et les mairies françaises pour dénoncer ce qu’ils qualifient de "dérive autoritaire" du gouvernement.
"Il y a une colère dans ce pays" qui "n’est pas entendue", selon la déclaration samedi des gilets jaunes dénonçant "le mépris, le refus d’écouter, le mensonge et la répression" du gouvernement. "Nos libertés sont attaquées", selon les gilets jaunes, fustigeant "la dérive autoritaire" de l’exécutif qui a interdit de nombreux cortèges en France ce samedi, une semaine après les violences et pillages qui ont secoué le pays.
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