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Thursday, September 3, 2026

Espagne: la crise migratoire à Ceuta se transforme en crise politique pour Pedro Sanchez

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En Espagne, la droite et l’extrême droite manifestent mercredi 2 septembre en solidarité avec les habitants de l’enclave de Ceuta. À la crise migratoire s’ajoute désormais une crise politique majeure pour le gouvernement de Pedro Sanchez, déjà fragilisé dans les sondages à quelques mois des élections législatives.

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La droite et l’extrême droite espagnoles manifestent côte à côte mercredi devant les principales mairies du pays, officiellement pour exprimer leur solidarité avec les habitants de Ceuta. Bien que la plupart des près de 80 000 personnes entrées en deux jours dans l’enclave à la fin du mois de juillet soient reparties au Maroc, Ceuta reste confrontée à une situation migratoire particulièrement tendue : plusieurs milliers de migrants se trouvent toujours sur le territoire.

Le Parti populaire (PP), principale formation de droite en Espagne, espère une mobilisation massive, assurant que leur appel à manifester est avant tout « apolitique » et qu'il ne poursuit qu'un seul objectif : soutenir les habitants de Ceuta, confrontés depuis plusieurs semaines à une situation exceptionnelle. De son côté, le parti d’extrême droite Vox assume clairement l’affichage politique de cette mobilisation et entend mettre directement en cause le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez.

« Nous avons une invasion à Ceuta et nous éviterions de dénoncer les responsables ? », s'est ainsi indigné le porte-parole de Vox, cité par le quotidien El País. Le parti d'extrême droite dénonce « l'inertie » du gouvernement socialiste et réclame l'expulsion immédiate vers le Maroc des migrants restés sur place.

Pedro Sanchez rejette cependant ces accusations et assure que son gouvernement met tout en œuvre pour sortir de la crise. L'exécutif espagnol a notamment annoncé l'ouverture et l'agrandissement de centres d'hébergement afin de prendre en charge les migrants qui, faute de places suffisantes, sont aujourd'hui contraints de dormir dans la rue ou sur les plages.

« Notre priorité est de faire sortir les gens de la rue au plus vite, garantir une prise en charge digne à ceux qui sont arrivés et redonner aux habitants de Ceuta la tranquillité qu’ils méritent. Et nous n’en resterons pas là, a ainsi réaffirmé le chef du gouvernement espagnol ce mercredi matin, dans une courte allocution diffusée sur les réseaux sociaux. Nous allons mobiliser 300 millions d’euros pour soutenir les entreprises et les commerces de Ceuta, pour renforcer ses services publics et pour aider la ville à se remettre de ces semaines si difficiles. »

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Nouvelles interrogations sur le rôle du Maroc

Sur le fond, le gouvernement espagnol assure qu’il ne peut expulser l’ensemble des migrants sans contrevenir à ses obligations juridiques – ce que réclame Vox.

À cette controverse sur la gestion de la crise est venue s’en ajouter une autre sur son origine qui pourrait affaiblir encore davantage le chef de l’exécutif. Un document interne de la police espagnole, qui a fuité dans la presse, pourrait mettre en cause les forces de l'ordre marocaines dans l'arrivée de ces migrants à Ceuta. Le ministère espagnol de l'Intérieur assure ne pas avoir eu connaissance de ce rapport et il a demandé au directeur général de la police de lui transmettre les informations concernées dans les plus brefs délais.

L'enjeu est crucial. Car si le contenu de ce document devait être confirmé, il remettrait directement en cause la ligne défendue jusqu'ici par le gouvernement de Pedro Sanchez, selon laquelle le Maroc ne serait pas responsable de cette crise et aurait, au contraire, fait tout son possible pour aider l'Espagne à y faire face

Pedro Sanchez a récemment réaffirmé cette position ce lundi 31 août, dans un entretien à la radio Cadena Ser. Le dirigeant espagnol a de nouveau exonéré Rabat de toute responsabilité directe, accusant plutôt la Russie, Israël et une « internationale d'ultradroite » d'avoir joué un rôle central dans la crise en diffusant de fausses informations sur les réseaux sociaux.

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Une crise qui fragilise un chef du gouvernement déjà en difficulté

Une certitude, en revanche : cette crise, qui est loin d'être terminée, ne peut que fragiliser davantage Pedro Sanchez. Le chef de gouvernement socialiste est déjà en difficulté dans les sondages, qui ont continué de se dégrader au cours de l'été. À quelques mois des élections législatives prévues au printemps prochain, Pedro Sanchez et le Parti socialiste souffrent d'une forte impopularité, alimentée notamment par plusieurs affaires de corruption.

La droite et l'extrême droite, qui se voient déjà aux portes du pouvoir, devraient donc saisir cette crise migratoire comme un levier supplémentaire pour accentuer la pression sur le gouvernement.

Une nuance importante distingue toutefois le Parti populaire et Vox. Là où l'extrême droite réclame une rupture claire avec le Maroc, le PP se montre beaucoup plus prudent. Contrairement à Vox, la droite conservatrice refuse notamment, à ce stade, de demander la suspension du traité d'amitié entre Madrid et Rabat. La crise de Ceuta divise également la gauche espagnole – certains maires socialistes ayant approuvé l’appel à manifester mercredi devant les mairies.

L’afflux massif et soudain de migrants dans l’enclave espagnole pourrait ainsi devenir l'un des principaux enjeux de la campagne à venir en servant de carburant pour les partis d’opposition qui reprochent à Pedro Sanchez la régularisation au printemps dernier de plusieurs centaines de milliers de sans-papiers, originaires en majorité d’Amérique latine. De quoi fragiliser encore davantage un gouvernement déjà sous pression.  

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