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Saturday, October 10, 2026

Égypte: une rédaction entière réduite au silence

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Une rédaction entière, réduite au silence en Égypte. L'ensemble des journalistes du média en ligne Matsadaash a été arrêté ce lundi. Détenus pendant cinq jours et torturés, selon leurs dires, ils sont poursuivis par la justice égyptienne pour terrorisme et diffusion de « fausses informations ». Plus de 80 organisations, parmi lesquelles Human Rights Watch, Reporters sans frontières et le Comité pour la protection des journalistes, exigent leur libération immédiate. Un appel presque vain, tant le régime autoritaire d'Abdel Fattah al-Sissi musèle la liberté de la presse dans le pays.

La nuit est à peine tombée sur le Caire. Le journaliste Mohamed Ashraf Abu Emeira est chez lui, dans la soirée du lundi 28 septembre, quand des policiers en civil perquisitionnent son domicile. Ils le placent en garde à vue. Sans aucune explication. Ses cinq autres collègues sont arrêtés le lendemain. En moins de 24 heures, c'est toute la rédaction du média indépendant Matsadaash, « N'y croit pas » en arabe, qui est démantelée. Ce média en ligne, spécialisé dans le fact-checking, n'hésitait pas à remettre en cause les déclarations du gouvernement. Une liberté qui ne passe plus en Égypte, où le régime d'Abdel Fattah al-Sissi censure toute information critique.

Lobna Darwish travaille pour l’ONG Initiative égyptienne pour les droits individuels, dont les avocats représentent les six journalistes. Elle raconte depuis le Caire, leurs conditions de détention : « Ils ont été maintenus en secret sans pouvoir contacter ni leurs avocats ni leurs familles, pendant près de cinq jours. Lorsqu’ils ont comparu devant le parquet, plusieurs d’entre eux ont déclaré avoir été torturés pendant leur détention. Des coups, des décharges électriques, et des menaces contre leur famille... Tout ça les yeux bandés et les mains menottées pendant des jours. Plusieurs ont aussi été contraints d’être filmés en train de faire de faux aveux, qu’ils lisaient sur des feuilles remises par la police ».

Les autorités égyptiennes nient toute forme de torture. Mercredi 7 octobre, la justice tranche : les six journalistes sont inculpés d'infractions liées au terrorisme, accusés d'avoir reçu des financements de l'étranger pour diffuser de « fausses informations », et de travailler pour les Frères musulmans. « Prétendre que des personnes ont des liens avec les Frères musulmans est une tactique courante. Elle est utilisée pour dissuader toute solidarité envers les personnes arrêtées, et pour les priver de leurs droits fondamentaux, comme le droit à un procès équitable et à une procédure régulière », explique Lobna Darwish

De nouvelles accusations pour prolonger les détentions

25 journalistes sont à présent emprisonnés en Égypte selon Human Rights Watch. Bassam Khawaja est responsable de l'ONG dans la région. Il dénonce des emprisonnements à rallonge. « Il arrive que lorsque des personnes sont condamnées, souvent à l'issue de procès inéquitables, ou de procès collectifs, les autorités refusent de les libérer à l'issue de leur peine. On leur inflige par exemple de nouvelles accusations quasi identiques afin de les maintenir en détention plus longtemps ».

Malgré la libération d’un journaliste et d’un bloggeur en 2026, jamais, au cours de la dernière décennie, la répression contre la presse n’avait atteint un tel niveau dans le pays, souligne Bassam Khawaja. « Quand on est prêt à arrêter toute une rédaction et à la faire disparaître, quand on s’en prend aux écrivains, aux économistes, aux dessinateurs, il est impossible de prétendre qu’il existe quoi que ce soit qui ressemble aujourd'hui à la liberté d’expression en Égypte. Beaucoup de journalistes doivent désormais opérer en exil ».

L’Égypte est 169ème sur 180 au classement de Reporter sans frontières sur la liberté de la presse. Le pays a perdu dix places depuis l’arrivée au pouvoir d'Abdel Fattah al-Sissi, en 2013.

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