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Saturday, September 19, 2026

Un enrôlement forcé se prépare-t-il en Russie?

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Des Russes ont franchi la frontière de la Géorgie par milliers, voire par dizaines de milliers, ces dernières semaines. La raison ? Le régime Poutine serait sur le point de déclencher une nouvelle mobilisation pour garnir les rangs de son armée, embourbée depuis plus de quatre ans en Ukraine. Ce flux migratoire — qui pourrait encore s’intensifier — risque de déstabiliser la Géorgie, qui est en proie à une crise politique depuis deux ans.

Depuis des mois, la rumeur s’accentue en Russie : face aux pertes colossales de soldats russes en Ukraine et aux difficultés en matière de recrutement, le Kremlin serait sur le point d’obliger des citoyens à se joindre à l’armée. Selon le renseignement ukrainien, dans les sept premiers mois de 2026, près de 225 500 soldats russes ont été tués ou ont été sévèrement blessés au front, tandis que 221 000 personnes ont rejoint les rangs de l’armée russe (principalement des volontaires signant des contrats assortis de primes d’engagement). Le déficit à combler est donc important.

Les indices s’accumulent aussi. « Dans certaines régions, [le régime] a fait des exercices sur comment mener la mobilisation. Ils ont mis à jour les listes, les ont coordonnées avec [les autorités] à la frontière pour empêcher la sortie des gens. Il y a déjà des hommes qui témoignent sur les réseaux sociaux qu’ils n’ont pas pu partir de la Russie, même s’ils n’ont pas encore reçu de convocation », mentionne Vera Grantseva, professeure à Sciences Po Paris, qui estime que l’inquiétude des Russes face à une possible mobilisation est justifiée.

Plusieurs croient que le régime Poutine attend la fin des élections législatives, qui se tiennent cette fin de semaine, pour accélérer le processus de mobilisation. Déjà, en septembre 2022, Vladimir Poutine avait annoncé une mobilisation partielle de 300 000 hommes, ce qui avait semé la panique dans la population et poussé des dizaines de milliers d’hommes à quitter précipitamment le pays. Si le Kremlin décide d’aller de l’avant avec une mesure similaire — peut-être même plus étendue —, celle-ci pourrait être étalée dans le temps « pour éviter cet effet de surprise et que les gens tentent d’échapper » à la mesure, croit Mme Grantseva.

Pas de visa

Des analystes observent que, à la frontière avec la Géorgie, les passages s’accélèrent déjà depuis quelques semaines. Selon les derniers chiffres publiés par les autorités russes d’Ossétie du Nord, plus de 113 000 personnes ont franchi le poste frontalier de Verkhniy Lars, seul point de passage terrestre entre la Russie et la Géorgie, dans la semaine du 17 au 24 août. De leur côté, les autorités géorgiennes font état d’un chiffre plus bas, de 53 000 personnes — toutes nationalités confondues —, entrées en Géorgie au poste de Verkhniy Lars cette semaine-là.

Ce flux migratoire de la Russie vers la Géorgie, qui avait connu un pic après la mobilisation de 2022, s’observe depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, rappelle Kornely Kakachia, professeur à l’Université d’État de Tbilissi, en Géorgie. Des dizaines de milliers de Russes auraient trouvé refuge en Géorgie depuis février 2022, mais aucune donnée officielle ne confirme ces statistiques. L’ex-république soviétique est l’un des rares pays où les citoyens russes peuvent se rendre sans visa.

Ces nouveaux arrivants bousculent le paysage politique et social géorgien, rapporte Kornely Kakachia. « Le gouvernement accueille [ces Russes] favorablement parce qu’il considère qu’ils apportent de l’argent et [contribuent à la croissance économique], mais la société est très sceptique à leur égard. » Parmi les motifs d’irritation : la pression à la hausse exercée sur les loyers et les menaces à la langue géorgienne, que peu de Russes maîtrisent.

Influence russe

Mais surtout, cet afflux de Russes accroît le soft power de la Russie, estime M. Kakachia. Depuis deux ans, la Géorgie — un État issu de la dissolution de l’URSS — fait face à une importante crise politique. « L’une des raisons est précisément notre relation avec la Russie », souligne le professeur. Deux tendances s’affrontent sur le plan politique et au sein de la population : l’une est favorable à un rapprochement avec la Russie ; l’autre est davantage proeuropéenne.

Cette crise a culminé en octobre 2024, lorsque le parti Rêve géorgien, réputé favorable à un rapprochement avec Moscou, a clamé avoir remporté les élections, ce que conteste l’opposition, qui est ouvertement proeuropéenne. Le mois suivant, Rêve géorgien avait suspendu le processus d’adhésion de la Géorgie à l’Union européenne, ce qui avait déclenché de gigantesques manifestations. « L’opposition, la société civile et une partie importante de la population géorgienne sont vraiment préoccupées par [cette relation avec la Russie] », résume M. Kakachia.

Occupation militaire

Et c’est sans oublier que la Russie occupe militairement deux régions de la Géorgie depuis 2008 : l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, qui représentent 20 % du territoire du pays. Au moment de l’invasion, le Kremlin avait invoqué la nécessité de protéger les citoyens russes en Ossétie du Sud pour justifier son intervention.

Plusieurs redoutent aujourd’hui que la Russie utilise de nouveau cet argument pour envahir une nouvelle fois la Géorgie. « Maintenant qu’il y a des milliers de citoyens russes qui arrivent en Géorgie, qui sait ce qui pourrait arriver ? Les gens s’inquiètent », fait valoir Kornely Kakachia. « [Ce flux migratoire] pourrait constituer un problème de sécurité nationale. »

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