Sous le nouveau capot, le vieux moteur tousse

Christine Fréchette essaie de faire du neuf avec du vieux. Sur son autobus de campagne, exit le logo de la CAQ. Mais la carrosserie aux couleurs de l’Équipe Fréchette trahit l’ancien moteur.
La Coalition avenir Québec (CAQ) ressemble à un véhicule hybride qui carbure avec un mélange « d’expérience et de renouveau », comme le fait valoir Christine Fréchette, très fière d’avoir 54 % de femmes dans son équipe. Là-dessus, bravo.
On se réjouit aussi que la nouvelle cheffe ait laissé sur le bord de la route le ton clivant et revanchard de son prédécesseur.
Sa capacité à s’entendre avec les autres provinces et le fédéral l’a bien servie au début de la campagne, avec la signature d’une méga-entente sur le développement hydroélectrique de Churchill Falls, à Terre-Neuve-et-Labrador, et l’annonce d’un contrat de 4,7 milliards de dollars de VIA Rail qui créera des emplois à La Pocatière.
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Christine Fréchette en entrevue éditoriale avec La Presse
Les multiples points de presse avec Mark Carney, chouchou politique de l’heure, ont donné de l’élan à Christine Fréchette.
Mais le premier ministre du Canada vient de démontrer qu’il pouvait aussi jouer en solo, en annonçant sa « mégadéduction » pour stimuler la productivité au Canada.
Le cadeau fiscal est bienvenu, car il incitera les entreprises à investir. Mais il creusera un trou d’environ 1 milliard de dollars dans le budget du Québec qui n’a pas bien le choix de s’harmoniser.
« Non, on n’était pas au courant, déplore Christine Fréchette. Et c’est quand même costaud en termes d’impact. »
L’annonce d’Ottawa bouscule les promesses de tous les partis politiques qui se fendent déjà en quatre pour équilibrer le budget.
Si le Québec est aux prises avec un déficit structurel, c’est que la CAQ a dépensé allègrement. Mais sur le plan financier, Christine Fréchette ne propose pas une grande rupture.
La CAQ est le parti dont les efforts de réduction de la taille de l’État sont les plus modestes (à part Québec solidaire). Et les récents dépassements de coûts du SIFA montrent que les dérapages en matière de développement informatique ne sont pas disparus.
Par ailleurs, la CAQ n’a pas fait son deuil de l’interventionnisme économique, malgré l’argent perdu dans la filière batterie.
« Si c’est stratégique, si c’est structurant, si ça nous permet de nous positionner dans des secteurs d’avenir, eh bien moi, je pense qu’il faut que le gouvernement soit au rendez-vous », affirme Christine Fréchette.
Mais elle apporte deux nuances.
Premièrement, elle veut se tenir loin des entreprises en démarrage qui ont reçu beaucoup de fonds publics. « Pour la suite, ça n’a pas lieu d’être », dit-elle en précisant avoir « tiré la plug » de Lion et Northvolt.
Mais cela n’empêche pas la CAQ de continuer à choisir les gagnants, au lieu de laisser agir les forces du marché. En confiant plus d’un demi-milliard à Davie, par exemple, Québec a misé gros pour relancer le constructeur naval qui vient d’obtenir un contrat de fédéral de 11 milliards de dollars pour des brise-glaces.
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La cheffe de la Coalition avenir Québec, Christine Fréchette
Deuxièmement, Christine Fréchette veut mettre la pédale douce sur les prêts « pardonnables », soit les prêts-subventions. « Les subventions doivent être moins présentes », dit-elle en précisant que des exceptions peuvent être faites dans des secteurs comme la défense.
Justement, la première ministre vient d’accepter d’effacer la dette de Bell Textron qui s’est engagée à maintenir 1600 emplois à Mirabel jusqu’en 2037. Difficile de dire si l’entreprise aurait réellement déménagé autrement.
Sur le vivre-ensemble, Christine Fréchette se dit prête à apporter des ajustements très bienvenus.
Par exemple, elle souhaite recréer des ponts entre les régions et Montréal, que la CAQ avait négligée. Elle avoue que la CAQ y est « allée fort » sur la réduction du nombre d’étudiants étrangers, ce qui touche beaucoup la métropole.
Sur le controversé projet de Constitution du Québec, qui est mort au feuilleton avant le déclenchement des élections, elle estime qu’il faut des « consultations additionnelles pour avoir un texte qui fasse davantage consensus ».
Christine Fréchette est réfléchie et rassembleuse, de précieux atouts. Mais parfois, elle reste assise entre deux chaises. On le voit sur la question de la souveraineté où elle peine à dire clairement si elle est fédéraliste ou souverainiste.
En guise de réponse, elle renvoie à l’article 1 de la CAQ qui vise à développer le Québec à l’intérieur du cadre canadien. « On peut s’affirmer sans se séparer », dit-elle.
Dans le contexte actuel, elle est farouchement contre la tenue d’un référendum. Mais dans l’avenir, elle n’exclut pas qu’il y ait un moment plus propice. « C’est une procédure qui est tout à fait légitime. C’est normal qu’une nation comme la nôtre se questionne », indique-t-elle.
Pour l’instant, ce qui l’anime, c’est de « protéger les emplois, faire pivoter notre économie et prendre soin de notre monde », dit-elle. C’est effectivement la priorité du Québec pour face au président américain Donald Trump, qui menace notre prospérité et notre souveraineté.
Christine Fréchette a repris avec adresse le volant de la CAQ qui s’en allait dans le champ. Mais sous le capot, le moteur tousse.
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