The Daily Newsstand · Free, Always
Wednesday, October 28, 2026

L'enlèvement du pape Pie VII par Napoléon Ier : le conflit qui a bouleversé l’Europe

Translate

À la fin du 18e siècle, la papauté est en crise. En 1798, les troupes françaises occupent Rome et remplacent les États pontificaux par la République romaine. Le pape Pie VI est contraint de quitter la ville. Emmené en France, il meurt à Valence le 29 août 1799.

Une succession s’organise. Les cardinaux se réunissent à Venise, alors sous l’autorité de l’empereur d’Autriche. Après près de quatre mois de conclave, leur choix se porte sur Barnabé Chiaramonti, élu Pape le 14 mars 1800 sous le nom de Pie VII. Il semble être le candidat idéal durant cette période de crise. "Les cardinaux le choisissent parce qu’il a une réputation tout à fait honorable et distinguée, parce qu’il est un pasteur avec de l’expérience puisqu’il a été successivement évêque de Tivoli puis de Cézanne. Et aussi parce qu’il a eu l’expérience des contacts avec les Français", liste l’historien Jean-Marc Ticchi.

Mais le nouveau Pape hérite surtout d’une situation géopolitique inédite puisqu’il n’a plus de territoire. Cela n'empêche pas Pie VII de revendiquer son rôle en tant que Pape de l'Église catholique. À une époque où chaque pays a un chef religieux national, il embrasse l'indépendance et la prétention universaliste de la papauté. Cette doctrine parcourra le 19e siècle. Mais c’est aussi cette conception qui devient le principal point de friction avec Napoléon.

Le concordat de 1801 : une alliance fragile

Napoléon Bonaparte arrive au pouvoir dans une France qui a été bouleversé par une grande période d’instabilité. Le catholicisme reste profondément ancré dans la société française, malgré les persécutions et les divisions qui ont marqué la Révolution. La réconciliation entre l'Église et l'État devient un enjeu majeur. Le concordat de 1801, négocié avec Pie VII, reconnaît que le catholicisme est la religion de la majorité des Français, sans en faire une religion d’État.

Le Pape y obtient aussi la possibilité de redessiner la carte des diocèses français et de participer à la nomination d’un nouvel épiscopat, au prix d'une rupture avec les anciens évêques. "La position de la papauté est puissamment renforcée par Napoléon", résume ainsi Jean-Marc Ticchi.

Mais l’entente est rapidement fragilisée l'année suivante par l’adoption par Napoléon d’Articles organiques : la France s’attribue, sans se concerter avec le Saint-Siège, le droit d’administrer son Église comme elle le souhaite. Pie VII tente d’obtenir leur abrogation, notamment en se rendant à Paris, sans succès.

© Sepia Times/Universal Images Gro - Getty Images

Pie VII et Napoléon Ier : de la coopération à la confrontation

Jusqu’en 1805, les relations entre Pie VII et Napoléon sont relativement bonnes. Le Pape espère améliorer la situation de l’Église en France, obtenir la suppression des Articles organiques et récupérer les territoires pontificaux. L'Empereur, de son côté, profite de l’appui symbolique du souverain pontife pour renforcer son autorité.

La relation des deux hommes commence à se détériorer lorsque Pie VII refuse le divorce du frère de Napoléon, que ce dernier estime valide. La rupture s’accentue lorsque Pie VII refuse de soutenir Napoléon dans son opposition aux Anglais. Napoléon cherche à isoler le Royaume-Uni par le blocus continental mais se heurte au manque de soutien du Saint-Siège, explique encore l'auteur de Pie VII – Le pape vainqueur de Napoléon ? : "Napoléon considère […] qu’il appartient au Pape de le soutenir pour éviter qu’une flotte russe ou anglaise ne débarque dans le sud de l’Italie. Et là, c’est le début de la fin parce que Pie VII refuse absolument de prendre parti pour un État plutôt que pour un autre".

En février 1808, les troupes françaises occupent militairement Rome. L’année suivante, Napoléon annexe les États pontificaux à l’Empire. Dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809, Pie VII est enlevé au palais du Quirinal par les forces françaises. Napoléon veut placer le Pape à proximité de son pouvoir, afin de faire de la papauté un rouage de l’Empire. L’enlèvement a pour but de contraindre Pie VII à accepter cette nouvelle organisation. Mais l’opération se révèle contre-productive : pour les puissances étrangères, le Pape devient le symbole de la résistance à Napoléon.

► Écoutez ci-dessus l’intégralité de cette interview dans le podcast d’Un Jour dans l’Histoire.

View the original on RTBF Info →

KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.