Démystifier la science | Que font les vers blancs dans votre bac brun ?

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Après quelques jours dans le compost, on voit des vers blancs. Cela veut-il dire qu’il y a des larves de vers dans notre nourriture ?
Non, ce sont des larves d’insectes qui ont pondu près du couvercle du bac à compost.
« Ces larves sont attirées par l’odeur de putréfaction », explique Étienne Normandin, coordonnateur de la collection entomologique de l’Université de Montréal. « Elles peuvent la sentir à un kilomètre. Les mouches pondent leurs œufs sur le bord du couvercle et les larves, quand elles éclosent, se déplacent jusqu’à la nourriture à l’intérieur. »
Cela dit, des mouches à fruits peuvent avoir pondu leurs œufs sur un fruit laissé hors du frigo. « Par exemple, si on achète un paquet de bananes à la fruiterie, si les bananes sont déjà avancées un peu, peut-être qu’il y a sur les bananes des œufs de mouche à fruits, dit M. Normandin. C’est la même chose à la maison. »
L’augmentation de la popularité du compost a généré une communauté de mouches qui en dépendent.
Ça crée des points de ressource de nourriture pour une foule d’insectes. Il y a même des mouches qu’on voit de plus en plus.
La mouche soldat est l’une de ces mouches dont la prolifération a été favorisée par les programmes de compost. « Depuis dix ans, on en voit plus, dit l’entomologiste montréalais. Les larves de mouche soldat sont très généralistes, elles se nourrissent de plusieurs sources, animales et végétales. Elles ont une forme un peu plus ovale. Elles sont plus larges, sont brunes et sont très résistantes à toutes sortes de conditions dans le compost. Donc on voit les adultes se déposer sur le bac brun. On voit les mouches soldats autour des poubelles de temps en temps, elles sont très jolies, orange avec des yeux iridescents verts. »
L’un des spécialistes nord-américains de la mouche soldat, Jeffrey Tomberlin, de l’Université A&M du Texas (TAMU), estime même que la prolifération de la mouche soldat dans les villes nord-américaines, grâce à l’essor du compost, améliore la gestion des déchets en général. « Depuis 20 ans, on se rend compte que ce sont des mouches qui aident beaucoup à la décomposition de nos déchets », dit M. Tomberlin.
Carcasses
De façon générale, les vers qui se nourrissent de viande sont plus gros, dit M. Normandin. « Ceux qui se nourrissent de carcasses de poulet, de restants de viande ou de poisson peuvent dépasser un centimètre. [Les larves] des mouches à fruits ne mesurent que quelques millimètres. » Les larves des mouches soldats, elles, peuvent mesurer plus de 2 cm.
Les larves qui se nourrissent de viande éclosent aussi plus vite, en quelques jours, alors qu’il faut une à deux semaines pour que les larves de mouche à fruits atteignent leur maturité, dit M. Normandin.
Est-ce que toute cette vie dans le compost peut transmettre des maladies ? La question reste ouverte pour ce qui est de la mouche soldat, dont l’essor est récent, selon M. Tomberlin, de TAMU.
A priori, les pathogènes sont plutôt transmis par d’autres espèces que les mouches, les moustiques, par exemple. Mais il reste que chaque fois qu’on modifie un écosystème et qu’il y a des espèces favorisées, on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve.
M. Normandin n’est pas inquiet lui non plus, mais note que les frelons invasifs sont souvent favorisés par le développement du compost. « Ils se nourrissent des mouches qui sont attirées par le compost, dit le chercheur montréalais. On voit souvent la guêpe germanique près des bacs de compost. Et en Europe, on a rapporté que le frelon asiatique est plus présent près du compost. »
Le frelon asiatique commence à être présent dans l’ouest du Canada. Cette espèce agressive – comme les autres frelons – peut avoir des impacts sur les écosystèmes, par exemple en dévastant les nids d’abeilles.
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- 538 000 tonnes
- Quantité de compost générée par les particuliers au Québec en 2023. Ce chiffre s’élevait à 366 000 tonnes en 2018.
Source : Recyc-Québec
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