Chantiers énergétiques de Churchill Falls | D’où provient toute cette nouvelle puissance ?

En l’espace de deux ans à peine, depuis la dernière entente entre Québec et Terre-Neuve-et-Labrador, le potentiel énergétique du complexe de Churchill Falls a connu un bond de 50 %. Mais d’où provient toute cette nouvelle puissance ?
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Ce sont maintenant 14 000 mégawatts (MW) que Québec et Terre-Neuve-et-Labrador espèrent générer grâce au complexe de Churchill Falls et à un ensemble de projets attenants, selon les détails de l’entente rendus publics lundi.
Un bond considérable par rapport aux quelque 9100 MW prévus à la conclusion de la première entente de principe annoncée en décembre 2024 et qui se compare à la puissance installée de la plus importante installation d’Hydro-Québec, la centrale Robert-Bourassa, à la Baie-James (5616 MW).
La part du lion de cette puissance additionnelle provient de l’ajout d’un important parc éolien au Labrador dont il n’était pas question dans l’entente intervenue en 2024 entre Québec et Terre-Neuve-et-Labrador.
À lui seul, ce complexe d’éoliennes ajouterait environ 2000 MW, selon les estimations d’Hydro-Québec, soit la moitié de la puissance installée totale de la province à l’heure actuelle.
Or, sa réalisation reste sujette à une étude de faisabilité qui pourrait ne pas être concluante, dit le vice‑président exécutif de la société d’État, Dave Rhéaume. « Il faut que les études de faisabilité démontrent la compétitivité du projet », a-t-il souligné lundi.
Le professeur invité à la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, Sylvain M. Audette, se dit toutefois « optimiste ». « Je présume qu’au Labrador, il y a du vent », commente-t-il au sujet du potentiel du projet.
La « meilleure chose »
À ses yeux, la « meilleure chose » qui se soit ajoutée à l’entente est cette capacité de production éolienne. Hydro-Québec et son homologue, Newfoundland and Labrador Hydro, s’achètent ainsi une forme de « flexibilité » avec leurs barrages.
« Le fait d’ajouter de l’éolien, lorsqu’on a des barrages, c’est que lorsqu’il vente, on peut recharger la batterie, c’est-à-dire le réservoir qui contient l’eau » et qui n’a alors pas à être vidé, explique Sylvain M. Audette.
Reste que ce parc éolien serait l’un des plus nordiques, sinon le plus nordique de la péninsule Québec-Labrador. D’où certains enjeux technologiques potentiels qui pourraient remettre en cause sa rentabilité, souligne le directeur scientifique de l’Institut de l’énergie Trottier à Polytechnique Montréal, Normand Mousseau.
Le fait qu’il se situe près du complexe qui, lui, est déjà relié au réseau d’Hydro-Québec réduit toutefois considérablement le coût du projet, souligne-t-il.
« Les routes vont être construites, les équipes vont être là, on va avoir ce qu’il faut sur place », explique-t-il.
Une turbine de plus
Le reste de ce supplément de puissance provient essentiellement de l’ajout de l’optimisation de groupes turbine-alternateur. Par exemple, à la future centrale de Gull Island, qu’Hydro-Québec construirait au fil du courant, sur le fleuve Churchill, en aval de Churchill Falls.
Malgré la précarité de la dernière entente, Hydro-Québec avait annoncé à l’été 2025 qu’elle investirait 15 millions pour y mener des études géotechniques et environnementales pour ce qui a été qualifié lundi par Dave Rhéaume de « meilleur projet pour créer de l’électricité en Amérique du Nord ».
Or, les auscultations sur le terrain semblent avoir porté leurs fruits. « Notre présence sur le terrain, dans les deux dernières années, sur le site de Gull Island, a permis de confirmer que le site est assez grand pour prendre une turbine de plus », a souligné lundi le vice‑président d’Hydro-Québec.
Cette turbine supplémentaire contribue à hausser de 450 MW le potentiel énergétique de la future centrale.
Les turbines de l’actuelle centrale de Churchill Falls seraient quant à elle optimisées pour en hausser la puissance, une pratique maintenant courante chez Hydro-Québec qui a procédé à plusieurs chantiers similaires dans les dernières années.
« Au niveau des groupes turbine-alternateur, au Québec, c’est un des endroits où on a le plus d’hydro-électricité et on investit dans nos centrales », indique Dave Rhéaume. Il y a vraiment un gain de connaissances techniques qui s’est fait dans les dernières années et qui, partagé avec Terre-Neuve, nous a permis de croire qu’on pouvait aller plus loin. »
Des lignes à rehausser
Mais tous ces ajouts de puissance sont tributaires du rehaussement des lignes électriques qui relient le complexe de Churchill Falls au réseau d’Hydro-Québec. La société d’État entend d’ailleurs investir 10 milliards pour rehausser les lignes existantes.
Or, l’appui du gouvernement Carney, qui souhaite améliorer l’interconnexion des réseaux provinciaux et la construction de nouvelles lignes de transport d’énergie, pourrait avoir fait pencher la balance dans ce dossier bien précis, selon Sylvain M. Audette de HEC.
« Peut-être qu’à ce moment, ils sont plus prêts à prendre des risques en production, parce que le goulot d’étranglement était possiblement le transport », souligne-t-il.
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