En 1948, l'Idaho parachute 76 castors dans une région sauvage : 75 ans plus tard, leur héritage est toujours là

Cette histoire, publiée en août 2026 dans le Journal of Wildlife Management, remonte à une époque où les gestionnaires de la faune américaine faisaient preuve d'une créativité franchement déconcertante. Face à des castors devenus indésirables près des habitations, l'Idaho Department of Fish and Game a imaginé une solution radicale : les parachuter dans des zones sauvages inaccessibles.
Ce qui aurait pu n'être qu'une anecdote pittoresque est devenu l'un des exemples les plus cités de relocalisation animale réussie, avec des effets durables sur les écosystèmes de la région.
Géronimo, le castor pionnier de l'opération aéroportée
Tout commence avec un problème concret. Autour de McCall et du lac Payette, les castors construisaient leurs barrages sur des terrains privés, inondant des vergers et des systèmes d'irrigation. Les tuer semblait inutile quand ces mêmes animaux pouvaient rendre de précieux services ailleurs. La cible : le bassin de Chamberlain, une zone sauvage reculée, idéale pour créer des zones humides naturelles.
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Le problème, c'est qu'on n'y accède pas en voiture. Les premiers essais de transport par chevaux et mulets ont tourné au désastre : les animaux mouraient de stress ou de chaleur avant même d'arriver. Elmo Heter, agent de l'Idaho Department of Fish and Game, a alors eu une idée audacieuse : utiliser des parachutes militaires récupérés après la Seconde Guerre mondiale pour larguer les castors depuis un avion.
Avant d'envoyer quiconque dans les airs, Heter a testé son dispositif avec un cobaye d'exception : un vieux mâle castor surnommé Géronimo. Les premières caisses étaient en osier tressé... que Géronimo a immédiatement commencé à ronger. Problème évident. Le système final retenait deux compartiments en bois reliés par des cordes, qui se libéraient automatiquement à l'atterrissage.
Géronimo a effectué plusieurs sauts tests, et à chaque fois, il est retourné calmement dans sa caisse. Un professionnalisme assez remarquable pour un rongeur.
Le largage de ces Casors est l'un des exemples les plus cités de relocalisation animale réussie, avec des effets durables sur les écosystèmes de la région. © Jeffhochstrasser, iStock
75 castors sur 76 ont survécu, et leurs descendants y vivent encore
Le 14 août 1948, un Beechcraft bimoteur a décollé avec à son bord un pilote, un agent animalier et huit caisses de castors. Sur plusieurs jours, 76 individus ont été largués au-dessus de prairies reculées. Résultat : 75 survivants. Un seul animal est mort, ayant partiellement glissé hors de sa caisse en fin de descente.
Les effets écologiques ont dépassé les attentes initiales. Les colonies formées ont rapidement construit des barrages, générant :
- Des mares et zones humides permanentes.
- Une réduction notable de l'érosion des berges.
- De nouveaux habitats pour poissons, amphibiens, insectes et oiseaux.
- Une végétation plus résistante aux périodes de sécheresse.
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Steve Liebenthal, de l'Idaho Fish and Game, a confirmé à Boise State Public Radio que les descendants de ces castors parachutés façonnent encore aujourd'hui les cours d'eau du bassin de Chamberlain.
Un exemple plus récent illustre l'ampleur de ce phénomène. Lors de l'incendie qui a ravagé Baugh Creek en 2018, les zones bordant les cours d'eau avec une forte activité de castors sont restées en grande partie vertes. Des images satellites ont révélé des corridors de végétation nettement plus larges là où les barrages retenaient l'eau. Preuve que l'ingénierie de ces rongeurs protège durablement les paysages.
Aujourd'hui, les parachutes ont disparu, mais les castors, eux, sont toujours là, et leurs populations restent stables dans les grands systèmes fluviaux de l'Idaho. Parfois, la meilleure solution écologique, c'est simplement de laisser la nature faire son travail, à condition de lui donner un coup de pouce depuis un avion.
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