"La création de nouvelles places en IPPJ n’est pas une solution, il faut mieux utiliser les outils à disposition"

"La juge m’a dit : il n’y a plus de place en IPPJ, t’as de la chance parce que s’il y avait encore des places, tu y serais allé directement."
Ces mots, ce sont ceux d’un mineur de 14 ans arrêté lors des émeutes à Liège. Ce dernier a témoigné dans le cadre de l’enquête de la RTBF "Casseurs à 12 ans : enquête sur les mineurs au cœur des émeutes". Il ne s’agit pas d’un cas isolé et, du propre aveu des jeunes, cette saturation des IPPJ entraîne chez eux un certain sentiment d’impunité. Une impunité dénoncée aussi par certains représentants judiciaires.
Pourtant, le manque de places en IPPJ ne veut pas dire que rien ne peut être fait, car il existe des alternatives pour ces jeunes qui ont commis des infractions : les SARE (Services d’Action Restauratrices et Educatives). Ces dispositifs peuvent être demandés soit par le parquet, soit par le juge de la jeunesse.
"Nous sommes en effet une alternative à l’IPPJ, mais nous sommes surtout et avant tout la première chose à laquelle les magistrats de la jeunesse doivent penser dans la hiérarchie des mesures", rappelle Valériane Meyan, directrice du SARE "Le Choix" appartenant à la division judiciaire de Namur.
Plusieurs outils
Concrètement comment cela fonctionne ? "On peut offrir ce qu’on appelle des 'offres restauratrices'. C’est-à-dire que l’on peut proposer au jeune mineur qui a commis le fait, ainsi qu’à sa ou ses victime(s), de se mettre autour de la table et d’ouvrir le dialogue pour essayer de trouver des solutions, mais aussi pour leur permettre de déposer leur vécu et leurs émotions."
Le juge de la jeunesse peut aussi décider de recourir à d’autres outils comme des prestations d’intérêt général, des modules de sensibilisation ou des projets positifs.
"À côté de l’IPPJ, il y a donc d’autres choses qui se font aussi et je pense que c’est important de préciser que quand un jeune n’est pas placé, cela ne veut pas dire qu’il ne se passe rien", insiste Valériane Meyan.
"Pour protéger la société, il faut surtout éduquer"
La directrice précise néanmoins : chaque situation est différente et l’IPPJ peut être essentielle pour certains jeunes.
"Ce qui est important de comprendre, c’est que le magistrat adapte ses décisions en fonction d’une situation particulière. On n’est pas ici dans un système adulte où un fait égale une sanction précise. Dans ce contexte, certains jeunes nous disent que ce que l’on met en place avec eux a plus de sens qu’un enfermement, même si un travail éducatif a aussi lieu en IPPJ. Nous, de notre côté, on prend le temps de discuter avec eux, de responsabiliser, de conscientiser, et pour eux cela fait parfois plus sens. […] C’est parfois plus responsabilisant pour un jeune de devoir s’expliquer devant sa victime que de se retrouver en IPPJ."
Selon Mme Meyan, "pour protéger la société, il faut surtout éduquer". "Si on veut que demain ces jeunes puissent être des adultes responsables, il faut faire un travail à côté."
"Mettre le bon jeune au bon endroit"
Actuellement les IPPJ sont engorgées, les jeunes sont placés sur liste d’attente. Cette saturation s’explique-t-elle en partie par un réflexe trop rapide des juges d’opter pour ces structures ? "Si la hiérarchie des mesures était bien respectée, si on réfléchissait mieux à mettre le bon jeune au bon endroit, si on faisait appel à nos services de manière plus régulière, cela permettrait de désengorger des IPPJ, c’est une certitude."
Pour la directrice, la création de nouvelles places en IPPJ n’est en tout cas pas une solution. "Exactement comme dans le système majeur, ce qu’il va se passer c’est que plus on va créer de places, plus ces places vont être remplies. Donc ce qu’il faut faire, c’est mieux utiliser les outils qui sont à disposition. Le travail que l’on fait est un travail de qualité avec des intervenants qui sont formés. Je pense qu’il faut ouvrir le spectre et ne pas penser uniquement IPPJ. Nous sommes complémentaires."
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