L’ASPQ préoccupée par les standards de vente d’alcool dans les zones SAQ
L’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) s’inquiète du manque de contrôle sur la vente responsable dans les zones SAQ, ces points de vente déployés depuis ce printemps dans une centaine d’épiceries et de dépanneurs.
« Les constats présentés nous préoccupent », affirme Laurence Ruel de l’ASPQ, réagissant à l’article du Devoir qui rapportait jeudi les conclusions d’un rapport d’une firme spécialisée qui a déployé des clients mystères dans les zones SAQ pour évaluer à leur insu le comportement des commis.
« Ce rapport rappelle que la vente responsable ne peut pas reposer uniquement sur la vigilance des commis ; elle nécessite un cadre réglementaire solide, des processus adaptés et des mécanismes de contrôle efficaces », ajoute Mme Ruel.
« Ça démontre bien que de transférer cette responsabilité-là [de la vente éthique] au privé, ça nous empêche d’avoir un filet de sécurité, d’avoir une communauté, d’avoir des employés qui sont là aussi pour faire de la prévention. »
Elle rappelle que l’ASPQ avait déjà fait état de ces préoccupations lors de l’annonce du projet-pilote au printemps dernier, évoquant la responsabilité collective et le poids des méfaits de l’alcool sur le système de santé.
Monopole de la société d’État
Les inquiétudes de l’ASPQ rejoignent celles du syndicat des employés de la SAQ (SEMB-CSN), qui a mandaté la firme Enipso pour envoyer des clients mystères dans les zones SAQ afin de démontrer que les mécanismes de contrôle sont plus élevés en succursale, avec des employés syndiqués et formés, que dans des commerces privés.
Comme le syndicat, l’ASPQ estime qu’il est primordial de « préserver le monopole public de la SAQ » qui constitue « un levier important de protection de la santé de la population et de contrôle de la vente d’alcool », indique Mme Ruel. « Contrairement à une entreprise privée, une société d’État peut concilier ses activités commerciales avec des objectifs de santé publique. »
C’est d’autant plus préoccupant « dans le contexte actuel où il est question d’alléger la réglementation et d’élargir les points de vente d’alcool au Québec », souligne Mme Ruel, faisant référence aux consultations qui ont eu lieu à l’Assemblée nationale au printemps dernier sur la « modernisation du secteur des boissons alcooliques ». En août dernier, le Parti québécois s’était également engagé à « alléger la réglementation afin de permettre aux producteurs artisanaux de se rassembler pour distribuer plus facilement, efficacement et à moindre coût leurs produits », réduisant ainsi « la trop grande portée du monopole de la SAQ », tel qu’indiqué dans un communiqué de presse du parti qui est désormais au pouvoir.
L’expérience menée par les clients mystères démontrait notamment que sept jeunes sur dix, âgés entre 18 et 25 ans, ont pu acheter de l’alcool sans qu’aucune pièce d’identité ne leur soit demandée, ce qui est pourtant la norme en succursale. Et dans 100 % des scénarios où un client mystère se présentait trois fois consécutives dans un commerce en simulant des symptômes d’ébriété avancé, celui-ci ressortait avec une nouvelle bouteille de spiritueux, alors qu’en succursale, les syndiqués doivent refuser la vente.
De son côté, la SAQ estimait que les résultats sommaires que Le Devoir lui avait partagé n’étaient pas probants, mais reconnaissait que le taux de réussite avec ses propres clients mystères d’âge mineur était inférieur dans les zones SAQ qu’en succursale.
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