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Friday, September 18, 2026

En Outaouais, les canalisations souterraines «pètent de partout»

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Les journalistes du Devoir ont parcouru le champ de bataille électoral un calepin de notes à la main. L’objectif : visiter une circonscription, décrire un enjeu et rapporter les propositions des partis pour le régler. Aujourd’hui, le défi des infrastructures dans la circonscription électorale de Gatineau.

En pleine crise de l’habitation, la petite municipalité de La Pêche, en Outaouais, vient de mettre sur pause la construction planifiée de près de 200 logements. Il est impossible de brancher de nouvelles résidences au réseau d’égout : le système de traitement des eaux usées approche de sa limite.

« On doit mettre à niveau nos infrastructures si on veut ajouter des logements », dit Guillaume Lamoureux, élu en novembre 2017 à la tête du village situé en pleine nature, à une demi-heure de route au nord de Gatineau.

Ce père de deux garçons, âgé de 43 ans, fait partie de la nouvelle génération d’élus municipaux soucieux du « développement durable » de leur coin de pays. Il tient à préserver le cadre idyllique du village : nous sommes à deux pas du parc de la Gatineau, de ses lacs et de ses pistes de ski de fond. Les visiteurs viennent de partout pour profiter de ses auberges, de ses bonnes tables et de son point de vue sur la rivière Gatineau.

Le maire n’a surtout pas envie de se lancer dans une frénésie de construction, mais il ne veut pas non plus figer le village dans le temps. D’autant plus que le manque d’habitations reste criant dans la région. Des promoteurs sont prêts à mettre en chantier entre 150 et 200 logements à La Pêche.

Les élus municipaux ont pourtant dû décréter un moratoire de deux ans, en juillet dernier, sur la construction dans le secteur Wakefield. L’administration du village d’environ 9000 habitants procède au dragage de ses bassins d’aération pour déterminer l’ampleur des travaux à mener pour traiter davantage d’eaux polluées. Le maire évalue la facture des solutions envisagées entre 500 000 $ et un million de dollars.

Vu de Montréal, ça peut sembler minime, mais pour une municipalité ayant un budget de 25 millions de dollars en 2026-2027, la facture est salée. « On aura besoin de l’aide financière de Québec », dit Guillaume Lamoureux.

Pour financer ces travaux, La Pêche compte imposer aux promoteurs une redevance sur le développement de projets immobiliers ainsi qu’une taxe d’amélioration locale pour les nouveaux résidents qui se brancheront au réseau d’égout. Mais Québec devra venir à la rescousse pour éponger le reste de la facture, prévient le maire.

« Ça pète de partout »

La petite municipalité outaouaise n’est pas la seule à devoir mettre sur pause ses projets de construction résidentielle en raison d’infrastructures de l’eau déficientes : 43 villes québécoises ont décrété un tel moratoire à cause d’insuffisance dans l’approvisionnement en eau potable ou dans le traitement des eaux usées, selon l’Union des municipalités du Québec (UMQ).

« Les infrastructures, c’est le gros enjeu. On le voit partout au Québec, les tuyaux ont été construits dans les mêmes années. Excusez-moi l’expression québécoise, mais ça pète de partout », lance Guillaume Tremblay, maire de Mascouche et président de l’UMQ.

Il rappelle que les villes ont sous leur responsabilité 60 % de toutes les infrastructures publiques du Québec. Les équipements municipaux représentent à peine 4,4 % des investissements prévus dans le Plan québécois des infrastructures (PQI) — une diminution de près de moitié depuis 10 ans (la part des villes était alors de 7,9 %).

Le déficit de maintien des infrastructures d’eau et de la chaussée dans les villes s’élève à lui seul à 50 milliards de dollars, rappelle l’UMQ. Une somme colossale, que les municipalités n’ont pas les moyens de financer à 100 %. Les maires sont prêts à faire leur part pour remettre à niveau ces équipements, « mais il va falloir que le gouvernement du Québec soit présent aussi ».

L’UMQ calcule que 36 000 logements ne peuvent être construits en raison du manque de capacité des infrastructures de l’eau — l’équivalent de la ville de Drummondville ; 20 municipalités doivent aussi refuser des projets commerciaux ou industriels pour les mêmes raisons.

Parmi les municipalités qui n’ont pas actuellement à refuser des projets de construction, 20 % anticipent qu’elles devront freiner la construction d’habitations au cours des cinq prochaines années en raison des problèmes d’accès anticipés à l’eau potable liés à la vétusté de leurs infrastructures.

Une bureaucratie paralysante

Les villes réclament un financement prévisible de l’État québécois. Elles ont aussi besoin d’un assouplissement de la bureaucratie, qui donne des maux de tête aux gestionnaires municipaux. Guillaume Tremblay cite en exemple le simple aménagement d’une bretelle de sortie dans le secteur des autoroutes 25 et 640 à Mascouche : la Ville a eu besoin de neuf ans pour répondre aux exigences gouvernementales.

La facture du projet a plus que doublé, de 2,5 millions à 6,5 millions de dollars, entre la demande du certificat d’autorisation du ministère des Transports et de la Mobilité durable, en 2017, et la réalisation de ce bout d’asphalte payé par la Ville, en 2026.

« Tout ça pour une bretelle qui permet à nos citoyens qui sont pris tous les jours dans le trafic d’entrer plus rapidement dans notre ville. Il y a beaucoup de bureaucratie, ça paralyse les choses. On nous demande toujours des documents pour les fameuses grenouilles et les couleuvres », laisse tomber le président de l’UMQ.

Le niveau municipal a « coupé dans le gras dans les 10 dernières années », assure Guillaume Tremblay. Il se réjouit de la candidature pour le Parti québécois de Nicolas Marceau, ex-ministre des Finances dans le gouvernement de Pauline Marois. Il a coécrit avec Monique Jérôme-Forget, qui a été ministre des Finances dans le gouvernement Charest, un rapport sur la fiscalité municipale, publié en mai dernier.

L’UMQ se réjouit que les auteurs recommandent la création par Québec d’un fonds de 15,75 milliards de dollars sur 10 ans destinés aux infrastructures municipales. L’installation de compteurs d’eau fait aussi partie des mesures proposées par les deux anciens ministres. Tout comme l’assouplissement des normes gouvernementales.

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