Avenir de Santé Québec | L’ex-ministre Dubé veut un groupe d’experts indépendants

Pour la deuxième fois en un mois et demi, l’ex-ministre de la Santé Christian Dubé défend l’existence de Santé Québec, la société d’État qu’il a créée et que le nouveau gouvernement veut démanteler. Il propose de confier à un petit groupe d’experts indépendants le mandat d’examiner, en quelques mois, ce qui doit être changé dans l’organisation.
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Christian Dubé publie une lettre dans notre section Dialogue ce vendredi à l’occasion d’un forum sur l’innovation de l’Institut pour la transformation des soins de santé de l’Université McGill, lors duquel il prononcera une allocution. Il y présente Santé Québec comme une innovation.
Lisez la lettre de Christian Dubé
« Santé Québec n’a pas deux ans, et ses premiers résultats sont mesurables. Le réseau est passé d’un déficit de près de 1,9 milliard de dollars à l’équilibre budgétaire », écrit-il, entre autres, dans sa lettre.
Christian Dubé dit partager plusieurs des objectifs de la nouvelle ministre de la Santé, Marie-Karlynn Laflamme : « décentraliser les décisions, les régionaliser et mettre fin au mur-à-mur ».
« Oui, il faut viser la décentralisation, mais il ne faut pas pour autant enlever la coordination qui a fait la force de Santé Québec », précise l’ex-ministre caquiste, en entrevue avec La Presse.
On ne peut pas laisser une décentralisation à l’extrême où chacun des PDG relevait de son conseil d’administration, mais qui n’avait pas une imputabilité par rapport à l’ensemble du ministère.
Christian Dubé se défend d’avoir « centralisé » le réseau public de santé en plaçant une trentaine d’établissements sous la gouverne de Santé Québec en 2024. « On a mieux coordonné », dit-il.
Moins de bureaucratie
Comme le gouvernement péquiste, Christian Dubé croit qu’il faut réduire la bureaucratie au sein du réseau public de santé. Il fait valoir que selon un rapport de la firme Deloitte, les coûts administratifs ont diminué depuis l’arrivée de Santé Québec1.
« Il faut continuer à [diminuer ces coûts], dit-il. Mais il faut le faire du côté du ministère aussi. Est-ce qu’il est normal qu’on ait encore 900 employés au ministère après avoir fait cette séparation des fonctions ? »
Santé Québec gère les opérations du réseau, tandis que le ministère dicte les orientations. La création de la société d’État visait à « dépolitiser le réseau », affirme Christian Dubé.
C’était justement pour que chaque fois qu’il y a un changement politique, on ne se requestionne pas encore sur le réseau, on ne reparte pas d’une page blanche, on ne fasse pas une nouvelle structure.
Selon lui, les suggestions d’un petit groupe d’experts indépendants, « sans intérêt personnel ou politique dans la décision », pourraient faire davantage consensus que « de dire c’est tel aspect de la structure qui ne fonctionne pas ».
Négociations avec les médecins
Un gouvernement minoritaire devrait se concentrer sur les problèmes du réseau plutôt que de s’attaquer à une structure, un « long » processus, pense Christian Dubé.
Les ententes avec les médecins et le personnel de la santé viendront à échéance en 2028. L’ex-ministre de la Santé martèle que le gouvernement a accès à des données cruciales pour les négociations depuis l’adoption de lois sous son règne.
« Cela prend quelqu’un qui a le courage politique de dire : “Je vais aller les chercher maintenant parce que je peux y avoir accès” », dit-il, en entrevue.
Il rappelle que lors des négociations avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, les parties ne s’entendaient pas sur le nombre de médecins de famille faisant de la recherche ou de l’enseignement. Selon lui, le gouvernement peut désormais demander aux universités « la liste » des professeurs faisant de la recherche et de l’enseignement.
Christian Dubé offre son « entière collaboration » au gouvernement s’il juge que son « expérience peut être utile ».
Innovation
Dans sa lettre, Christian Dubé déplore que les solutions innovantes en santé demeurent « trop souvent » au stade du projet pilote ou « ne se rendent pas jusqu’au patient ».
Santé Québec a tout intérêt à répertorier l’ensemble des projets pilotes en cours. « On ne peut pas coordonner ce qu’on ne connaît pas, dit l’ancien ministre. On ne peut pas non plus financer ce qu’on ne sait pas qu’on peut financer. »
Mais de l’argent est-il disponible ? La Presse a rapporté dimanche dernier que trois établissements de santé avaient mis sur pause leur projet d’hospitalisation à domicile, notamment pour des raisons financières2.
Christian Dubé estime qu’il faut savoir combien d’argent est dépensé pour les initiatives de 3, 4 ou 5 millions de dollars.
« Vous en avez 10 projets comme ça dans un CIUSSS et vous multipliez ça par 30 établissements, bien, ce n’est pas long que vous avez quelques centaines de millions », dit-il en entrevue.
De l’argent qui pourrait servir à mettre en place des projets ciblés et « vraiment porteurs » dans l’ensemble du réseau, selon lui. « Êtes-vous capables de vous concentrer sur 10 projets au lieu de 100 et de les faire avancer rapidement pour avoir les bénéfices de l’innovation ? », demande-t-il.
1. Lisez la chronique « Santé Québec a économisé 1,9 milliard en un an » 2. Lisez l’article « Hospitalisation à domicile : “Je libère un lit” »
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