Deux fractures en trois jours | Le chantier de la ligne bleue « ne va pas bien », selon les syndicats

Des accidents de machinerie ont causé des fractures à deux travailleurs du prolongement de la ligne bleue, la semaine dernière, alors que les problèmes de sécurité se multiplient sur le chantier.
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Les travaux ont dû être stoppés à six reprises depuis la mi-septembre, le plus souvent sur décision d’un inspecteur du travail, en raison d’incidents ou de risques importants. Le maître d’œuvre du projet se fait rassurant, estimant avoir la situation bien en main.
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Le train sur roues qui a cassé la cheville d’un travailleur, la semaine dernière
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La benne dont l’arceau a fracturé la jambe d’un travailleur, la semaine dernière
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Le fendeur de roc (rocksplitter) tombé pendant qu’il était levé par une pelle mécanique, en mai 2026
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Lundi dernier, un travailleur s’est fait casser la cheville par un véhicule spécialisé qui lui a roulé dessus, dans un tunnel du chantier. Mercredi, une pièce d’une benne basculante a fracturé le fémur d’un ouvrier en tombant sur lui, avant qu’il se casse le nez en étant projeté au sol. La semaine précédente, une autre benne levée par une grue avait frappé la cabine d’une pelle mécanique, sans faire de blessé.
« On aurait pu avoir deux décès en même pas une semaine », a souligné Philippe-Michel Lang, responsable en prévention du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction–International (CPQMC–I). C’est le syndicat qui représente les deux travailleurs accidentés.
Ce sont deux évènements à très haut potentiel de gravité. Il y a une possibilité de catastrophe.
Au même moment, une inspectrice de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) ordonnait la suspension des travaux dans certains espaces souterrains du chantier. « Je demande à voir le registre de qualité de l’air, on me confirme qu’il n’y a pas de registre. Je demande à voir le plan de ventilation, on me confirme qu’il n’y a pas de plan de ventilation », s’étonne l’inspectrice dans son rapport, avant d’interdire l’accès des travailleurs aux lieux.
D’autres interventions
Dans les 12 derniers mois, la CNESST est aussi intervenue pour :
- La chute d’une foreuse de 24 tonnes levée par une grue en septembre 2025 ;
- Un contact entre une grue et un fil de moyenne tension en novembre 2025 ;
- Une collision entre les flèches de deux grues en février 2026 ;
- Un travailleur qui a eu le pouce partiellement amputé par une foreuse en avril 2026 ;
- La chute d’un fendeur de roc (rocksplitter) levé par une pelle mécanique en mai 2026 ;
- Des travaux dans des bâtiments contenant de l’amiante, malgré des interdictions claires de la CNESST.
Des problèmes de gestion dénoncés
Les trois syndicats les plus représentatifs de l’industrie de la construction estiment que le chantier du prolongement de la ligne bleue pose de sérieux problèmes sur le plan de la sécurité.
« C’est un chantier qui ne va pas bien présentement », évalue Steve Prescott, coordonnateur, santé et sécurité, au Syndicat québécois de la construction (SQC).
Les problématiques qui sont soulevées dans les comités prennent énormément de temps à se régler. On parle parfois de six, huit, dix semaines et même plus pour régler des problématiques qui sont importantes.
« On voit clairement que le maître d’œuvre n’est pas en contrôle de la situation », déplore Philippe-Michel Lang, du CPQMC–I. Comme le chantier du prolongement de la ligne bleue compte plusieurs sites, les changements exigés par la CNESST devraient être appliqués partout, ce qui ne serait souvent pas le cas. « Il y a un problème fondamental au niveau de la gestion. »
« Avec toute l’expertise qu’il y a présentement [sur le chantier], ça ne devrait aucunement arriver », a renchéri Dany Lacasse, coordonnateur de la santé et sécurité du travail à la FTQ-Construction. « On met toujours de l’énergie pour contourner les problèmes plutôt que de régler les problèmes. On est toujours en réaction au lieu d’être en prévention sur le chantier. »
« On est exigeants », dit le maître d’œuvre
En entrevue téléphonique, le directeur de la santé et de la sécurité du travail pour le projet de prolongement de la ligne bleue a fait valoir que son organisation mettait toute l’énergie nécessaire pour offrir un environnement de travail sécuritaire aux quelque 400 travailleurs qui s’y activent. Relativement aux accidents de la semaine dernière, « la première pensée qu’on a, c’est envers les travailleurs », a assuré Éric Vézina.
L’ampleur titanesque de ce chantier de 17 sites et le fait qu’il évolue rapidement dans le temps doivent être pris en compte quand on analyse des incidents rapportés, a-t-il souligné.
« Je ne veux pas prétendre que tout est parfait, a dit M. Vézina. Par contre, on affirme qu’on est exigeants avec nous-mêmes. Les évènements récents puis les constats qui nous sont faits, en fait ils nous servent également à corriger une situation. Ça devient même parfois des leviers face à nos entrepreneurs. »
On sait qu’il y a beaucoup de pression sur un chantier qui est serré, mais il n’y a aucune tâche qui doit être faite en mettant de côté les exigences en matière de santé et sécurité. C’est la priorité numéro un de l’équipe de direction et de la mienne, bien entendu.
De l’avis des syndicalistes, c’est justement cette pression qui est dangereuse. « C’est l’enjeu principal que l’on retrouve sur les chantiers au Québec », a dit M. Lang, qui voudrait que les politiciens en campagne se saisissent de l’enjeu.
« On a de belles procédures, mais quand vient le temps de les appliquer, la production prend le dessus sur l’application des procédures. »
Mobilité Bleu Horizon, le consortium d’entreprises qui domine le chantier, n’a pas diffusé de réaction.
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