Peut-on savoir si quelqu'un nous filme avec des lunettes Meta ?

Les lunettes connectées de Meta sont devenues le premier succès commercial d'une catégorie d'objets que l'industrie technologique n'avait jamais réussi à imposer. Leur fonction la plus discutée n'est pourtant pas l'assistant vocal ni la retransmission en direct, mais la caméra logée dans la monture. Une enquête menée auprès de personnes filmées sans leur accord, de prestataires spécialisés dans la neutralisation du voyant d'enregistrement et de juristes dessine un tableau que les campagnes publicitaires ne laissent pas deviner.
Sept millions de paires en un an
Le chiffre mesure l'ampleur du phénomène. Meta annonce avoir vendu environ sept millions de paires sur la seule année 2025, soit près du triple du cumul des deux années précédentes.
Ce succès marque un redressement pour une entreprise qui avait massivement investi dans les univers virtuels, sans retour, et accusé un retard dans la course à l'intelligence artificielle.
La promotion s'appuie sur des sportifs, des influenceurs et des célébrités. La collaboration la plus visible est celle de Kylie Jenner, qui a lancé en juin sa propre ligne de lunettes à intelligence artificielle, vendues 399 dollars, dont la publicité promet des réponses délivrées avec sa voix.
Pourquoi celles-ci ont réussi là où les autres ont échoué
L'histoire de cette catégorie d'objets est pourtant un cimetière. Google a lancé les Google Glass en 2013 avant de les abandonner en 2015, dans un climat d'hostilité tel qu'un journaliste a été agressé dans la rue pour en porter une paire. Snapchat a tenté pendant des années d'imposer ses Spectacles, sorties en 2016, sans succès. L'entreprise doit sortir un modèle à réalité augmentée au tarif de 2 195 dollars. Le casque Vision Pro d'Apple enregistre des ventes décevantes depuis son lancement début 2024. Amazon avait de son côté doté son bracelet Halo d'un micro en écoute permanente, retiré en 2021 devant le malaise provoqué, la gamme étant abandonnée en 2023.
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La différence tient largement à l'apparence. Les lunettes de Meta sont conçues avec EssilorLuxottica, propriétaire de Ray-Ban et d'Oakley, dont le chiffre d'affaires s'élevait à environ 33,8 milliards de dollars en 2025.
« Ray-Ban est à la mode de façon pérenne, pas de façon éphémère », analyse la journaliste de mode Amy Odell. Pour vendre ces objets, estime-t-elle, il faut d'abord qu'ils soient de bonnes lunettes, et s'adresser à la marque de lunettes de soleil la plus emblématique constituait une stratégie difficile à prendre en défaut.
La montée en gamme se poursuit : une édition limitée avec une marque française de prêt-à-porter en 2025, et un modèle conçu avec une grande maison italienne à venir.
Un voyant censé prévenir, et un marché pour l'éteindre
Chaque paire comporte une diode qui clignote lorsque le porteur prend une photo, filme ou enregistre du son. C'est le seul dispositif qui informe l'entourage. Or il existe des centaines de prestataires, faciles à trouver en ligne, dont l'activité consiste précisément à neutraliser ce voyant.
L'un d'eux, interrogé sous le couvert de l'anonymat, affirme avoir traité une centaine de paires, l'opération ne demandant qu'une quinzaine à une vingtaine de minutes. Une fois la diode désactivée, il devient impossible de savoir que l'on est filmé. Les méthodes employées ne seront pas détaillées ici.
Ce prestataire reconnaît que la très large majorité de sa clientèle est masculine, et rapporte des demandes explicites. L'un de ses clients lui a indiqué fréquenter des clubs de strip-tease et vouloir enregistrer les danseuses, les lunettes se révélant plus pratiques qu'un téléphone glissé dans une poche de poitrine.
Interrogé sur la légitimité de son activité, il répond qu'il n'existe plus de vie privée dans l'espace public, et que toute personne réellement soucieuse de la sienne n'a qu'à rester chez elle. Il assure toutefois que ses clients ne cherchent pas tous à espionner. Il cite des parents souhaitant filmer leurs enfants sans que le voyant n'attire leur attention, ainsi que des livreurs désireux de se prémunir contre des réclamations infondées ou des agressions. Cette activité enfreint les conditions d'utilisation du fabricant.
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Ce que les porteurs filment
Les usages documentés dépassent largement les scénarios publicitaires. Des créateurs de contenu, essentiellement des hommes, parcourent les promenades, les campus et les sorties de bars à la recherche de femmes à aborder, puis publient les interactions. Certains ont enregistré des vidéos ouvertement racistes, en se rendant dans des salons de massage tenus par des femmes asiatiques pour y formuler des demandes à connotation sexuelle. D'autres filment des femmes en maillot de bain sur les plages.
Ces séquences sont diffusées sans le consentement des personnes concernées, souvent par des comptes dont l'objectif explicite est de les humilier. D'autres situations relèvent moins de la provocation que de l'intrusion ordinaire. Des porteurs ont publié des vidéos tournées dans des hôpitaux ou dans des cabinets dentaires pour enfants. Un avocat rapporte avoir été filmé à son insu par des clients potentiels lors d'une consultation gratuite.
Chez soi, devant ses enfants
Le cas le plus parlant s'est déroulé dans un domicile privé, dans l'Utah. Une mère de deux jeunes enfants avait mis en vente un tee-shirt sur une plateforme d'annonces. Le revendeur de vêtements vintage qui s'est déplacé chez elle portait des lunettes connectées et a enregistré l'échange, avant de le publier sur les réseaux sociaux pour promouvoir son activité.
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Elle n'a appris l'existence de la vidéo que lorsqu'un inconnu, à l'autre bout du pays, l'a contactée pour lui demander où trouver un tee-shirt aperçu dans la séquence.
Son visage et celui de ses deux enfants étaient visibles. Elle n'était pas identifiée nommément, mais le paiement avait été effectué par une application de transfert d'argent sur laquelle figurait son nom complet, ce qui avait permis à l'inconnu de la retrouver. Elle ne se souvient pas avoir remarqué de voyant allumé.
Il a fallu plusieurs demandes, puis la menace d'un signalement à la plateforme, pour que la vidéo soit retirée. Le revendeur a publié depuis plusieurs séquences comparables, en précisant dans ses légendes qu'elles ont été tournées avec des lunettes connectées. Son analyse tient en une phrase : si l'homme avait sorti un appareil photo, elle aurait pu refuser.
En festival
Un jeune couple d'habitués des soirées électroniques, qui a demandé à n'être identifié que par ses prénoms, décrit une rencontre survenue dans un grand festival de Las Vegas.
Sur la piste, ils surprennent un homme en train de fixer la poitrine de la jeune femme à travers ses lunettes. Assez proches pour distinguer le voyant clignotant, ils constatent qu'il filme. Prié de cesser, l'homme s'éloigne.
Ils le retrouvent plus tard, assis au sol sous deux jeunes femmes en bikini perchées sur de hauts tabourets pour regarder le concert, le regard tourné vers le haut. Ce n'est qu'en le voyant sortir son téléphone pour continuer à enregistrer que les personnes autour ont compris la situation et averti les intéressées.
L'idée que des enregistrements d'elle puissent circuler continue de la troubler, en raison de tout ce qui peut en être fait.
Les personnes concernées insistent toutes sur le même point : l'objet est anodin d'apparence, et beaucoup plus difficile à repérer qu'un appareil photo ou un téléphone. Plusieurs soulignent que, même lorsque le voyant fonctionne, il reste discret et difficile à distinguer de loin, en particulier pour qui ignore comment ces objets fonctionnent. Certains acheteurs reconnaissent d'ailleurs rechercher des images plus naturelles, précisément parce que les gens se comportent différemment lorsqu'ils savent qu'on les filme.
Le fabricant conteste que la discrétion de l'enregistrement constitue la finalité principale du produit. Son dirigeant présente ces lunettes comme un successeur du smartphone, dont la promesse serait de préserver la présence auprès des autres. L'argumentaire commercial, lui, invite à enregistrer la vie telle qu'on la vit, chaque détail et chaque angle.
Les enregistrements qui ne devaient pas quitter l'appareil
Le fabricant affirme que ses lunettes sont conçues pour la vie privée et qu'il n'a pas accès aux enregistrements réalisés.
Une enquête conjointe de deux quotidiens suédois a établi qu'il conservait néanmoins des enregistrements effectués par des porteurs. Les journalistes ont interrogé des lanceurs d'alerte kényans employés par une entreprise de modération sous-traitante, chargée de trier et d'annoter des contenus susceptibles d'alimenter les modèles d'intelligence artificielle du groupe.
L'un de ces sous-traitants décrit avoir vu des vidéos où une personne se rend aux toilettes ou se déshabille, en ajoutant qu'il ne pense pas que ces personnes le sachent, faute de quoi elles n'enregistreraient pas. D'autres salariés rapportent avoir examiné des contenus captés pendant des rapports sexuels, montrant des corps nus, ou faisant apparaître des documents sensibles contenant des informations personnelles identifiantes.
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Ces révélations ont donné lieu à une action collective devant un tribunal fédéral de San Francisco, qui reproche à l'entreprise une publicité mensongère sur ses engagements en matière de vie privée.
Le fabricant répond que les contenus restent sur l'appareil de l'utilisateur sauf si celui-ci choisit de les partager, que des prestataires examinent parfois les données partagées avec son assistant conversationnel dans le but d'améliorer le service, et que des mesures de filtrage sont appliquées pour protéger la vie privée.
Les avocats à l'origine de la procédure contestent cette lecture. « Ces produits ne sont pas conçus pour le contrôle par l'utilisateur et pour la vie privée, estime Ryan Clarkson, associé gérant du cabinet qui a déposé la plainte. À mon avis, ils sont conçus pour maximiser les profits, et pour transformer chaque acheteur en cheval de Troie de la surveillance ».
La reconnaissance faciale, qui attend son heure
L'enregistrement discret pourrait n'être qu'une première étape. L'inquiétude des défenseurs des libertés porte sur son articulation avec la reconnaissance faciale.
En février, la presse américaine a révélé l'existence d'un document interne de la division matériel du groupe exposant son projet d'intégrer aux lunettes une fonction d'identification des visages. Le document, daté de mai 2025, indiquait qu'un lancement interviendrait dans un contexte politique où de nombreuses organisations de la société civile susceptibles d'attaquer l'entreprise auraient leurs ressources mobilisées sur d'autres sujets.
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L'entreprise a répondu qu'il s'agissait d'une piste encore à l'étude, en promettant une approche prudente avant tout déploiement éventuel.
Quelques mois plus tard, une organisation américaine de défense des libertés civiles a publié une lettre ouverte signée par 75 organisations, qualifiant l'intégration d'une telle fonction dans des lunettes de ligne rouge que la société ne doit pas franchir.
Le projet était en réalité plus avancé qu'annoncé. Une enquête technique parue en juin a révélé que du code correspondant à cette fonction avait été discrètement déployé sur les lunettes dès janvier 2026. Techniquement inactif et inaccessible aux utilisateurs, ce code contenait l'architecture d'un système enregistrant les visages aperçus à travers les lunettes sous forme d'empreintes biométriques stockées sur l'appareil.
« On ne met pas un code comme celui-là dans son application à moins de prévoir de publier cette fonction très prochainement », commente Cooper Quintin, chercheur en sécurité d'une organisation de défense des libertés numériques, qui a examiné ce code de façon indépendante. Le code a été supprimé sans annonce quelques jours après sa découverte.
Ce code annonce une transformation radicale du paysage de la vie privée, redoutée depuis vingt ans
La faisabilité technique n'est plus en cause. Fin 2024, deux étudiants ayant quitté Harvard ont intégré un logiciel de recherche faciale accessible publiquement à une paire de ces lunettes et, avec l'appui d'un modèle de langage, sont parvenus à relier des visages d'inconnus à leur nom, leur emploi, leurs comptes sociaux, leur adresse, leurs coordonnées et des informations sur leur famille. L'entreprise a souligné que ces étudiants avaient utilisé un logiciel du commerce fonctionnant avec des photos prises par n'importe quel appareil, et que ses lunettes ne comportent pas de reconnaissance faciale.
Un dépôt de brevet, révélé récemment, décrit néanmoins une fonction identifiant les personnes dans le champ de la caméra pour produire automatiquement des montages vidéo à leur sujet. L'exemple retenu dans le document est celui des invités d'un dîner.
Pour Kade Crockford, qui dirige les programmes consacrés aux technologies et à la justice dans une antenne de cette même organisation de défense des libertés civiles, ce code annonce une transformation radicale du paysage de la vie privée, redoutée depuis vingt ans.
Les arguments en présence
Le fabricant met en avant un bénéfice réel et documenté : l'utilité de ces lunettes pour les personnes aveugles et malvoyantes, dont beaucoup décrivent un gain considérable d'autonomie et de sécurité au quotidien. Son directeur technique a souligné qu'une fonction de reconnaissance faciale pourrait également aider les personnes vivant avec des troubles de la vision ou de la mémoire.
Les objections des défenseurs de la vie privée portent sur les usages prévisibles d'une telle fonction laissée sans encadrement. Des manifestants verraient leurs noms et visages intégrés à des bases de données ; des agents de l'immigration américaine ont d'ailleurs déjà été repérés utilisant ces lunettes pour surveiller des rassemblements, et le ministère de la Sécurité intérieure a demandé des financements pour intégrer la reconnaissance faciale à des lunettes connectées.
Une femme déclinant l'approche d'un inconnu dans un bar, un bus ou au travail pourrait avoir affaire à quelqu'un connaissant déjà son nom, et donc en mesure de retrouver son adresse. Les personnes LGBTQ, les immigrés et les minorités visibles figurent parmi les populations les plus exposées au harcèlement ciblé que permettrait cette technologie.
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Interrogé sur ses intentions, le fabricant indique explorer ce type de fonctions parce que des utilisateurs en expriment régulièrement la demande, précise que rien n'a été livré aux consommateurs, qu'aucune décision finale n'a été prise, et affirme avec certitude ne pas construire de base de données centralisée de visages.
Une opposition qui s'organise
La résistance prend des formes variées. Des militants ont recouvert des abribus londoniens d'affiches détournées hostiles à ces objets, dont l'une associait le visage d'un délinquant sexuel notoire au produit, avec un slogan ironique sur le consentement. Des propriétaires expliquent avoir renoncé à les porter pour ne pas être assimilés à des voyeurs. Un universitaire allemand a développé une application libre et gratuite qui détecte la présence de lunettes connectées à proximité et alerte l'utilisateur. Lors d'un festival madrilène sponsorisé par la marque, en juillet, la chanteuse Lorde a interrompu son concert pour dire au public, sans ménagement, de ne pas acheter ces lunettes.
Du côté du fabricant, une mise à jour annoncée début juillet doit détecter les voyants volontairement altérés ou détruits et bloquer alors la possibilité de filmer. Le prestataire interrogé a cessé son activité deux mois après l'entretien, estimant le risque trop élevé, l'un de ses clients lui ayant signalé que ses lunettes ne fonctionnaient plus.
L'entreprise affirme que chaque paire comporte un voyant de capture impossible à désactiver, et que la caméra est neutralisée si ce voyant est recouvert ou endommagé.
Plusieurs autres prestataires soutiennent cependant que la mise à jour ne change rien à leur activité, y compris sur les modèles les plus récents.
Le réseau social du groupe avertit par ailleurs publiquement que ces lunettes servent à harceler. Son responsable a annoncé le retrait des contenus exploitant et harcelant des personnes, en citant les vidéos de dragueurs. Plusieurs comptes suivis par un large public ont été désactivés, mais des dizaines de vidéos de ce type restaient facilement accessibles à la publication de l'enquête, repérables par leurs légendes. D'autres comptes ont été désactivés après signalement par les journalistes.
Ce que dit le droit français
Le cadre applicable en France diffère sensiblement de la situation américaine, où la prise d'images dans l'espace public est globalement licite et où la protection repose sur une mosaïque de lois d'États.
La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a publié un appel à la vigilance sur ces objets. Elle relève la discrétion de la captation, la portée limitée des voyants lumineux, et surtout un risque de surveillance mobile quasi invisible pouvant conduire à l'autocensure et menacer les libertés d'expression, de réunion et de manifestation. Elle cite également les usages dans les cabinets médicaux, les vestiaires et les toilettes, et les détournements possibles par l'intelligence artificielle, hypertrucages compris. Dans un sondage portant sur 2 128 personnes, 67 % y voyaient un risque pour la vie privée.
Les obligations pesant sur le porteur sont explicites. L'usage de ces lunettes relève en principe du règlement général sur la protection des données et de la loi Informatique et Libertés. L'article 9 du Code civil garantit le droit au respect de la vie privée, dans les lieux publics comme privés. Et l'article 226-1 du Code pénal punit d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende le fait de fixer, d'enregistrer ou de transmettre l'image d'une personne se trouvant dans un lieu privé, sans son consentement.
Les recommandations formulées aux utilisateurs sont au nombre de six : informer les personnes présentes, désactiver les fonctions de captation dès qu'elles ne sont plus nécessaires, éteindre les lunettes partout où l'on doit éteindre son téléphone, éviter les lieux où personne ne s'attend à être filmé, obtenir le consentement avant de publier des images d'autrui, et réfléchir avant de partager. La commission a engagé des travaux sur la conformité de ces appareils, en lien avec ses homologues européens.
Un marché qui s'élargit
Le succès commercial a ouvert la voie. Google s'est associé à Samsung et à une marque de lunettes de créateur, et travaille avec un fabricant de lunettes à bas prix. Apple développe ses propres lunettes et, selon la presse spécialisée, étudierait l'intégration de caméras à ses écouteurs sans fil pour alimenter un système d'intelligence artificielle en informations sur l'environnement du porteur.
« Nous sommes des grenouilles dans une casserole qui chauffe, et la température monte », résume Ryan Clarkson. Il y voit un bond dans l'érosion du droit à la vie privée, par une technologie séduisante présentée comme devant enrichir nos vies, nous rendre plus connectés, plus intelligents et plus efficaces, alors qu'elle nous déplace d'un ordre de grandeur vers une existence bien davantage surveillée.
Si le smartphone a rendu le fait de filmer plus acceptable, ces lunettes rendent la pratique plus silencieuse : omniprésente, et de moins en moins visible. Lorsqu'on a le sentiment que n'importe qui peut être en train de filmer, on se comporte comme si l'on était filmé en permanence.
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