Les émissions de GES du Canada ont continué d’augmenter en 2025
Le secteur pétrolier et gazier canadien a enregistré une baisse de ses émissions en 2025, malgré une hausse de la production, tandis que les émissions globales du pays ont légèrement augmenté en raison d’un recours accru au gaz naturel pour le chauffage des logements.
Telles sont quelques-unes des conclusions du rapport annuel sur les émissions du pays publié jeudi par l’Institut climatique du Canada.
L’institut, qui reçoit les trois quarts de son financement du gouvernement fédéral, a publié des estimations préliminaires des émissions annuelles de gaz à effet de serre du Canada.
Les estimations d’Ottawa pour 2025 sont attendues en avril.
Les émissions totales du Canada ont augmenté d’environ 1 % en 2025 pour atteindre 691 millions de tonnes de dioxyde de carbone, ce qui équivaut aux émissions produites par 161 millions de véhicules particuliers à essence circulant pendant un an, selon le rapport.
« Ce n’est pas une augmentation considérable, mais cela signifie que le Canada s’éloigne encore davantage de ses objectifs en matière d’émissions », a souligné Ross Fraser-Minten, directeur par intérim de 440 Megatonnes, une division de l’institut climatique chargée d’analyser les émissions du Canada.
« L’écart par rapport aux objectifs que le Canada s’est fixés ne cesse de se creuser. Nous pourrions accuser un retard de pas moins de 20 ans dans la réalisation de notre objectif pour 2030. »
L’objectif actuel du Canada dans le cadre de l’accord de Paris sur le changement climatique est de réduire les émissions de 40 à 45 % par rapport au niveau de 2005 d’ici 2030, et d’atteindre la neutralité carbone — c’est-à-dire un bilan zéro, où toutes les émissions sont compensées par la nature ou la technologie — d’ici 2050.
Les chiffres du gouvernement lui-même montrent que le Canada n’a réduit ses émissions que de 10,3 % par rapport aux niveaux de 2005, avec une baisse totale de 78 millions de tonnes en 21 ans — ce qui en fait le pays le moins performant du G7.
Le récent rapport indique que les émissions du Canada ne sont inférieures que de 9,5 % au niveau de 2005.
Chauffage et pétrole
Les émissions du secteur pétrolier et gazier auraient baissé de 0,2 % l’année dernière par rapport aux niveaux de 2024 — et ce, bien que Statistique Canada ait indiqué en juin que le Canada avait produit des quantités record de pétrole brut en 2025, soit environ 4 % de plus qu’en 2024.
Alors que les émissions provenant des sables bitumineux ont augmenté de 844 000 tonnes en 2025 par rapport à l’année précédente, une réduction de 1,3 million de tonnes des émissions issues de l’extraction conventionnelle de pétrole et de gaz ainsi que des activités en aval a largement compensé les hausses enregistrées par les producteurs en amont.
« Une grande partie de ces progrès est liée à la réduction des émissions fugitives de méthane », a expliqué Seton Stiebert, chercheur senior à l’Institut. Il a ajouté que l’amélioration du rendement par unité produite dans ce secteur contribuait également à la baisse des émissions, ce qui signifie que le secteur pétrolier et gazier trouve des moyens de consommer moins d’énergie pour extraire, stocker et transporter le pétrole.
Le rapport indique que les bâtiments, y compris les logements et les structures commerciales, ont été les principaux facteurs de l’augmentation des émissions au Canada en 2025. M. Fraser-Minten a attribué cette hausse à un hiver plus rigoureux en 2025.
« Le fait que nos bâtiments soient si sensibles à la température reflète à quel point ce secteur utilise encore des combustibles fossiles », a-t-il dit.
« Si ce secteur était électrifié, il serait moins sensible à cet effet climatique. »
L’impact du gaz naturel
L’autre facteur majeur à l’origine de la hausse des émissions était la production d’électricité, qui a pourtant généralement constitué la principale source de réduction des émissions au cours des 20 dernières années.
« Cela s’explique principalement par une utilisation accrue du gaz naturel. Lorsque nous avons enregistré une nouvelle demande énergétique au cours des 20 dernières années, la majeure partie de cette demande s’est orientée vers le gaz naturel », a déclaré M. Fraser-Minten.
« Nous avons considérablement réduit notre consommation de charbon, nous utilisons moins d’autres produits pétroliers raffinés, et le gaz naturel est moins émetteur que ces combustibles fossiles. Mais il s’agit toujours d’un combustible fossile. Et l’augmentation de la consommation de gaz naturel limite les réductions d’émissions que nous pouvons réaliser. »
Le gouvernement fédéral a dévoilé en début d’année une stratégie nationale en matière d’électricité qui s’appuie largement sur le gaz naturel pour contribuer à doubler la taille du réseau électrique canadien d’ici 2050.
Le gouvernement avait alors expliqué que certaines administrations préféraient la production d’électricité à partir du gaz naturel, car elle est abordable et rapide, et permet d’augmenter ou de réduire la production en fonction de la demande.
Les hausses d’émissions prévues pour 2025 résultaient presque exclusivement des politiques fédérales menées sous Justin Trudeau, et M. Fraser-Minten a averti que les nouvelles politiques du gouvernement du premier ministre Mark Carney risquaient d’entraîner le Canada dans la mauvaise direction.
Dans une vidéo publiée en juin, M. Carney a déclaré que les politiques de l’ère Trudeau étaient « trop coûteuses et source de divisions » et a reconnu que les émissions du pays seraient plus élevées « au cours des prochaines années » que prévu.
M. Fraser-Minten a souligné que l’affaiblissement de la tarification du carbone dans le secteur industriel et le report de la mise en œuvre d’une réglementation plus stricte sur le méthane constituaient deux domaines dans lesquels Ottawa risquait de voir les émissions augmenter.
« Un troisième changement réside dans le fait qu’il semble que le gouvernement pourrait ne pas appliquer, voire supprimer, la réglementation sur l’électricité propre », a relevé M. Fraser-Minten. « Le secteur de l’électricité a réalisé d’importants progrès au cours des deux dernières décennies, mais ces progrès ralentissent, voire s’inversent.
« La réglementation sur l’électricité propre visait à envoyer un signal cohérent et à long terme pour nous permettre de poursuivre la décarbonisation du réseau et d’améliorer encore sa propreté. La suppression de cette réglementation pourrait réduire à néant ces progrès. »
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