Personne ne s'y attendait : une nouvelle espèce d'anaconda de 7,5 mètres découverte en pleine Amazonie

L'anaconda vert, le plus lourd serpent du monde, est largement répandu dans une grande partie de l'Amérique du Sud tropicale. Des travaux publiés dans la revue Diversity ont proposé de scinder cette espèce en deux, résultat issu d'une campagne de prélèvements menée en Amazonie dans le cadre d'un tournage documentaire.
Ce que l'étude avançait
L'équipe, dirigée par Jesús Rivas et associant notamment Bryan Fry, de l'université du Queensland, a analysé des données génétiques provenant de neuf pays. Sa conclusion : la population du nord du continent, présente dans le bassin de l'Orénoque ainsi qu'en Équateur, en Colombie, au Venezuela, à Trinité et dans les Guyanes, constituerait une espèce distincte de celle du bassin amazonien.
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Les deux lignées auraient divergé il y a environ dix millions d'années, avec un écart génétique de 5,5 %. Le nom proposé pour la population septentrionale, akayima, signifie grand serpent dans une langue caribe. Les mêmes travaux proposaient par ailleurs de regrouper deux espèces d'anacondas jaunes en une seule.
Une contestation immédiate
C'est le volet que la plupart des reprises omettent. Trois groupes de chercheurs ont publié dans les mois suivants des critiques de cette description. L'une d'elles, parue dans le Zoological Journal of the Linnean Society, considère que le nom proposé ne satisfait pas aux exigences du code international de nomenclature zoologique et se trouve de ce fait dépourvu de validité.
Les auteurs initiaux ont reconnu que leur première description n'était pas pleinement conforme à ces règles et ont publié en juillet 2024 une version corrigée, assortie d'arguments morphologiques complémentaires.
Un point soulevé par leurs contradicteurs mérite d'être signalé pour sa portée. Si deux espèces existent effectivement, l'analyse des descriptions historiques conduirait à attribuer le nom établi au XVIIIe siècle à la population du nord, et non à celle du sud. L'attribution retenue par l'étude serait donc inversée.
En explorant la forêt amazonienne, l'équipe du herpétologue Bryan Fry a révélé en 2024 que ce grand serpent n'était pas une, mais deux espèces, dont l'une pourrait déjà être menacée. © StockSeller_ukr, iStock
L'état actuel
La base de données de référence en herpétologie, utilisée notamment par l'Union internationale pour la conservation de la nature, ne reconnaît pas cette séparation. Elle traite le nom proposé comme un synonyme de l'espèce établie, en relevant qu'aucun critère morphologique ne permet de distinguer les deux. La distinction génétique n'est pas contestée en elle-même. Ce sont la procédure de description et le statut taxonomique qui le sont.
Les erreurs qui circulent
Plusieurs affirmations accompagnant cette annonce méritent d'être rectifiées. La taille. Le spécimen le plus imposant mesuré lors de cette campagne atteignait 6,3 mètres. Le chiffre de 7,5 mètres, abondamment repris, ne correspond à aucune mesure documentée. La longueur maximale attestée pour cette espèce avoisine 6,3 mètres.
Le dimorphisme sexuel. Ce sont les femelles qui sont nettement plus grandes que les mâles, et non l'inverse. L'anaconda constitue même l'un des cas les plus marqués de ce phénomène chez les vertébrés, une femelle pouvant peser plusieurs fois le poids d'un mâle.
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Le statut de conservation. L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe l'ensemble des anacondas en préoccupation mineure. Aucune population n'est à ce jour considérée comme menacée d'extinction.
La géographie. La séparation proposée n'oppose pas le Brésil à l'Équateur mais le bassin amazonien aux bassins septentrionaux du continent.
Le volet pollution, plus solide
Un autre résultat issu de cette campagne retient l'attention, et il repose sur des mesures directes. L'équipe étudiait l'effet à long terme des forages pétroliers sur la faune amazonienne, en collaboration avec les Waorani, peuple autochtone de la région.
Les chercheurs ont comparé les concentrations de métaux lourds dans l'organisme des serpents selon leur sexe. Les mâles présentaient des teneurs en plomb et en cadmium très supérieures à celles des femelles.
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L'explication tient au régime alimentaire. Les femelles, plus grandes, consomment surtout de grands mammifères herbivores. Les mâles, plus petits, se nourrissent davantage d'oiseaux liés aux milieux aquatiques, ces derniers accumulant les polluants présents dans les chaînes alimentaires de l'eau.
Ce constat illustre la remontée des hydrocarbures le long de la chaîne trophique jusqu'aux grands prédateurs. Bryan Fry signale par ailleurs un effet de cette pollution sur la fertilité des mâles.
En tant que prédateurs au sommet, ces serpents sont particulièrement exposés à la dégradation de leur habitat et à l'accumulation de substances toxiques, indépendamment de toute question taxonomique.
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