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Thursday, October 15, 2026

Pour un Programme d’assainissement des eaux du Québec 2.0

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Il est impératif pour le nouveau gouvernement québécois d’ajouter la relance du Programme d’assainissement des eaux du Québec, soit un véritable PAEQ 2.0, à la liste des priorités qu’il va inéluctablement peaufiner au cours des prochains jours. Ce programme, lancé il y a 48 ans, en 1978, par le premier gouvernement du Parti québécois (PQ), a été mis sur pause à plusieurs reprises par ses successeurs.

Et il a aussi été dénaturé de sa nature environnementale originelle en passant du ministère de l’Environnement de l’époque à celui des Affaires municipales en 1994, sous prétexte que les stations d’épuration étaient des infrastructures locales parmi d’autres. Le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) analyse pourtant la fragilité des milieux récepteurs, les débits et charges rejetées, les objectifs et normes de rejet et la vulnérabilité des installations en place, mais le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH) s’en inspire exceptionnellement, car ces deux ministères travaillent en vase clos.

Et les projets d’assainissement dont le financement est accepté ne correspondent ni à une véritable approche par bassin versant, ni à une approche d’optimisation environnementale des investissements consentis, ni à une approche intégrée des pollutions agricole, industrielle et municipale, ni à une logique d’amont vers l’aval, comme cela se faisait dans les années 1980. Globalement, l’approche gouvernementale n’intègre pas non plus l’assainissement des eaux usées avec la gestion des approvisionnements en eau potable ni l’aménagement du territoire.

La restauration et la mise aux normes des ouvrages d’assainissement d’ici 2030 pour 14 des plus importants systèmes, les remplacements en raison de l’âge ou de l’augmentation des populations, voire la construction de nouveaux équipements, tout cela était évalué en 2014 à près de 10 milliards de dollars, une somme qui a certainement gonflé d’au moins 50 % depuis en raison de l’inflation et des besoins nouveaux.

Mais quelle est maintenant la somme estimée par le MELCCFP ? Ce chiffre est caché et le gouvernement n’ose pas l’inclure à son Plan québécois d’infrastructures déjà largement insuffisant. L’atteinte de ces objectifs placerait le Québec encore loin en 2040 de la performance de provinces comme l’Ontario et l’Alberta. Et à ces exigences, il faudra ajouter inévitablement un jour des traitements pour l’azote ammoniacal, les PFAS (substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées), les microplastiques, les pesticides, etc., qui, présentement, déjouent toutes les techniques de traitement de notre eau potable. Et aussi réduire radicalement les débordements d’eaux usées, dont plusieurs se produisent même en temps sec.

Or, même si une mise aux normes des systèmes d’épuration a été imposée par le fédéral au début des années 2010, le fédéral ne met pas un sou pour matérialiser sa réforme, néanmoins bienvenue. S’il prévoit investir entre 35 et 44 milliards de dollars dans la construction du nouveau pipeline « assassino-climatique » Alberta–Colombie-Britannique, Ottawa pourrait à tout le moins investir 15 milliards dans la dépollution des eaux québécoises pour financer en contrepartie un grand chantier en environnement ! Et cela, d’autant plus qu’un PAEQ 2.0 de 20 à 25 milliards de dollars serait un projet très bénéfique pour l’économie québécoise.

En effet, le PAEQ de 1978 avait obtenu l’aval du ministre des Finances de l’époque, Jacques Parizeau, parce que ses investissements de 6 milliards de dollars allaient stimuler l’économie de tout le Québec plutôt que de les concentrer sur un seul mégaprojet.

Et c’est sans compter que l’assainissement en milieu agricole en est encore à ses balbutiements. À preuve, tous les cours d’eau agricoles du Québec demeurent dans un état lamentable, étouffés par les sédiments et les engrais, puis contaminés par les pesticides. Quant au secteur industriel, toujours bénéficiaire d’une politique d’autocontrôle dépassée, il est géré par des normes des années 1980, sans compter que le Programme de réduction des rejets industriels (PRRI, 1988) n’inclut toujours pas des secteurs importants, comme l’agroalimentaire. Et tous ces programmes oublient de multiples sources importantes de pollution, comme les lieux d’enfouissement de nos déchets organiques et inorganiques, les dépôts à neige situés près des cours d’eau, les terrains de golf, etc.

Aucun parti politique n’a pensé récemment à s’engager publiquement à l’élaboration d’une politique musclée contre la pollution récurrente de nos eaux et pour la protection des eaux encore en santé, pour à la fois protéger la santé publique et la biodiversité.

Nous avons eu droit plutôt à des propositions sur des enjeux de moindre importance, beaucoup moins critiques pour la protection de l’écosystème québécois, hormis les propositions avancées contre la lutte aux changements climatiques. Une attaque frontale et intégrée contre la pollution de l’eau et la sécurisation des approvisionnements en eau potable avec un PAEQ 2.0 est essentielle. Maintenant.

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