Sting et le Québec : près de 50 ans d’histoire, de Morin-Heights au théâtre Saint-Denis

L’icône du rock britannique Sting est de passage à Montréal de lundi à vendredi, pour quatre concerts à guichets fermés au théâtre Saint-Denis. Le chanteur et bassiste n’a pas foulé la scène de cette salle depuis 1979, il y a 47 ans, alors qu’il s’y produisait avec The Police à l’occasion du premier concert du groupe en sol québécois.
Le trio a fait ses débuts montréalais au Saint-Denis le 17 novembre 1979 lors de sa tournée pour l’album Reggatta de Blanc, paru la même année.
Sting sera de retour au Québec deux ans plus tard pour un voyage de ski. Ce séjour le mènera à sa rencontre avec André Perry, ancien ingénieur du son de John Lennon qui dirigeait alors Le Studio.
Ce célèbre studio résidentiel de Morin-Heights a accueilli des artistes comme Cat Stevens, David Bowie, les Bee Gees, Rush, Bryan Adams ou encore Jean-Pierre Ferland.
Mis sur la piste du réalisateur et producteur québécois par l’étiquette A&M, qui représentait The Police, Sting et sa petite famille ont été accueillis dans la maison d’invités attenante au studio, qui était fermé pendant le temps des Fêtes.
Il ne s’attendait vraiment pas à ce qu’il y ait un studio, c’était une coïncidence. Après une journée de ski, finalement il m’appelle et il me dit : le studio, est-ce qu’il est libre? J’aurais envie de m’amuser
, se souvient André Perry.
J’ai dit "oui, absolument", et je lui ai proposé les services de notre ingénieur de son Nick Blagonas, qui n'est malheureusement plus avec nous aujourd'hui.

David Bowie en séance d'enregistrement à Morin-Heights dans le studio d'André Perry
Photo : AndréPerryStudio.com
Des sessions de studio tendues
C’est dans ce studio, plus tard rebaptisé Studio Morin-Heights, que Sting enregistrera une première démo du succès Every Little Thing She Does is Magic avec Jean Alain Roussel, pianiste mauricien qu’André Perry a connu par l’entremise de Cat Stevens.
The Police finira par y enregistrer, en alternance avec le studio AIR de Montserrat, plusieurs titres de son album Ghost in the Machine, ainsi que les pistes additionnelles de Synchronicity. Le groupe tournera d’ailleurs le vidéoclip de De Do Do Do, De Da Da Da à la station de ski Gray Rocks, à Mont-Tremblant, dans les Laurentides.
André Perry se souvient des vives tensions qui régnaient en studio, notamment autour de la place trop grande accordée au piano sur Every Little Thing She Does is Magic, selon Andy Summers et Stewart Copeland.
Ils avaient beaucoup de conflits entre eux à ce moment-là, ce qui n'exclut pas qu’ils faisaient de la bonne musique
, se souvient André Perry. Je me tenais un peu éloigné pendant les sessions d’enregistrement. C’est d’ailleurs pourquoi on n’a pas beaucoup de photos de cette époque-là.
Les tensions atteindront leur paroxysme pendant l'enregistrement de Every Breath You Take, qui a donné lieu à de vigoureux affrontements entre Sting et le batteur Stewart Copeland. La chanson deviendra toutefois l’un des plus grands succès de The Police et une source de revenus durable pour ses membres.
Sting et le caractère intime du Québec
La collaboration entre André Perry et Sting s’étendra de 1981 à 1988, année où le producteur a vendu son studio. C’est notamment là que le musicien a fait mixer son premier album solo enregistré à la Barbade, The Dream of the Blue Turtles.
Au-delà de la qualité des artistes et des artisans du Québec, André Perry croit que Sting aimait y venir parce qu’il s’y sentait bien, plus éloigné des projecteurs.
En général, dans les studios, il y avait toujours des fans partout, il y avait des gardes. On n’a jamais eu ce genre d’ennuis. Sting se promenait dans le village, il allait prendre un burger au coin de la rue, il allait faire du ski
, explique le producteur.
Ce penchant pour la tranquillité se cache peut-être derrière la décision de Sting de faire son retour au théâtre Saint-Denis, selon André Perry. Qui fait le Saint-Denis maintenant? Sting aurait très bien pu faire le Centre Bell, mais il fait ça parce qu’il veut retourner à cette intimité.
Avec les informations de Louis-Philippe Ouimet
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