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Saturday, October 31, 2026

Le loup dans la bergerie

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Paul St-Pierre Plamondon était simplement 24 heures en avance en évoquant Le temps des bouffons. La séance du comité des affaires étrangères et du développement international de la Chambre des communes, mercredi soir, aurait fait les délices de Pierre Falardeau.

Il arrive que l’ignorance ressemble davantage à du mépris. Plus de 60 ans après l’énoncé de la doctrine Gérin-Lajoie, sur le prolongement international des compétences constitutionnelles du Québec, il était renversant de constater qu’au plus haut niveau d’Affaires mondiales Canada, on n’avait pas la moindre idée de ce dont il s’agissait.

Il est vrai que, dans ce sérail déjà peu accueillant pour le français que constitue la fonction publique fédérale, Affaires mondiales Canada y est historiquement réfractaire et fait le désespoir du commissaire aux langues officielles. S’il ne vaut pas la peine d’apprendre sa langue, pourquoi faudrait-il s’attarder aux ridicules prétentions du Québec de faire entendre sa voix sur la scène internationale ?

Ses quatre années passées aux Affaires étrangères ont appris à Mélanie Joly que la géopolitique est une chose trop importante pour qu’on laisse les provinces s’en mêler. Elle aurait quand même pu en profiter pour déniaiser un peu ses fonctionnaires. Ne pas reconnaître la validité de la doctrine Gérin-Lajoie est une chose, en ignorer totalement l’existence est un sérieux manque de professionnalisme.

Le premier ministre Carney a déclaré qu’il reconnaissait seulement « des doctrines ou des approches qui fonctionnent ». On ose espérer que, sans nécessairement y adhérer, il est au fait d’une position qui est unanime dans la classe politique québécoise depuis 1965.

À l’époque, le fédéral n’avait ménagé aucun effort pour l’empêcher de « fonctionner ». Seul l’appui actif de la France dirigée par de Gaulle avait permis au Québec de court-circuiter Ottawa et d’obtenir le statut de « gouvernement participant » dans les instances de la Francophonie. Les choses n’ont pas vraiment changé depuis.

Malgré le « Vive le Québec libre ! » du général, ni Jean Lesage ni Daniel Johnson père ne voyaient cette ouverture sur le monde comme le prélude à l’indépendance, mais la menace séparatiste est rapidement devenue une obsession à Ottawa. Le Parti québécois n’a pas tardé à être placé sous la surveillance de la Gendarmerie royale du Canada.

S’il est vrai que les gouvernements péquistes misaient sur l’appui de la France pour imposer la reconnaissance d’un Québec souverain, ce que Jacques Parizeau appelait « le grand jeu », l’intérêt de leurs successeurs libéraux pour les relations internationales était avant tout d’ordre économique. Ceux-ci n’ont pas renié la doctrine Gérin-Lajoie pour autant, bien au contraire. Jean Charest l’a clairement réaffirmée en 2004 : « Les compétences du Québec chez nous sont les compétences du Québec partout. »

L’intelligentsia du Canada anglais n’a jamais accepté ce principe. Quand M. Charest a demandé que le Québec ait une place au sein de la délégation canadienne à certains forums internationaux, comme l’Organisation mondiale du commerce, le Globe and Mail est monté sur ses grands chevaux. Accorder un rôle aux provinces en matière de relations internationales était « la recette pour un désastre », estimait le quotidien torontois. « Une idée ridicule », a renchéri l’Ottawa Citizen. Plusieurs ont reproché à Stephen Harper d’avoir accordé seulement un « strapontin » au Québec à l’UNESCO, mais c’était déjà trop pour le reste du pays.

Le refus de Mark Carney de laisser Paul St-Pierre Plamondon prendre la parole au sommet Canada-Union européenne tenu cette semaine à Montréal donnait l’impression d’un retour aux années 1960. Le premier serait sans doute d’accord avec l’éditorial du Globe and Mail selon lequel « une nation doit parler d’une seule voix » en matière d’affaires étrangères. Si le Québec avait élu un premier ministre fédéraliste le 5 octobre, il n’aurait pas été davantage le bienvenu. La différence est qu’il n’en aurait pas fait tout un plat.

M. Carney a parfaitement raison de penser que le nouveau gouvernement du Québec voudra profiter de toutes les occasions pour faire la promotion du projet indépendantiste auprès de la communauté internationale. Cela constitue une condition essentielle à sa réussite.

Le livre bleu du Parti québécois expose clairement ce qu’il entend faire au cours du présent mandat. « Lorsqu’on aspire à devenir un état indépendant, nous avons collectivement intérêt à ce que davantage de gouvernements et de personnes connaissent le Québec », y explique-t-on. Conséquemment, avant même la tenue d’un référendum, l’objectif est de « doubler le nombre de pays où le Québec a une présence, en sélectionnant les endroits les plus stratégiques ».

L’Union européenne constitue assurément une tribune de choix. Quand il a lancé l’idée d’un accord de libre-échange nécessitant la participation des provinces, Jean Charest n’avait pas en tête de faire entrer un loup dans la bergerie. Dans le contexte actuel, on peut toutefois comprendre la méfiance de M. Carney.

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