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Tuesday, October 27, 2026

Établissement de détention de Montréal | Une livraison par drone mène à un soulèvement

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Les agents correctionnels dénoncent les compressions dont ils font les frais

Publié à

La prison de Bordeaux a été le théâtre d’un soulèvement après une livraison par drone qu’ont tenté d’intercepter les gardiens. Dans le milieu carcéral, les livraisons de la sorte se multiplient. « On trouve de la drogue, du tabac et des téléphones, mais aussi des couteaux », s’inquiète le président du syndicat des agents correctionnels.

Cet épisode récent est survenu en plein milieu de l’après-midi, le 12 octobre dernier, à l’Établissement de détention de Montréal, communément appelé Bordeaux. Selon nos informations, le drone duquel pendait un sac s’est arrêté devant la fenêtre d’une cellule du secteur B3 et un détenu a récupéré le colis avec l’aide d’un crochet juste avant qu’un gardien tente de le saisir.

Les agents correctionnels ont ensuite fait clignoter les lumières dans le B3, pour que les détenus qui se trouvaient dans l’espace commun entrent dans leur cellule. Mais ceux-ci n’ont pas obtempéré, vraisemblablement pour que les gardiens ne puissent pas saisir la marchandise de contrebande. Les agents ont alors pulvérisé du poivre de cayenne et les détenus ont répliqué en leur lançant des objets : bouteilles d’eau, pièces de vadrouilles et autres.

Il a fallu plus de 20 minutes avant que les membres de l’Équipe correctionnelle d’intervention d’urgence (ECIU, l’anti-émeute de la prison) arrivent sur les lieux et que les détenus regagnent finalement leur cellule.

Faire autant avec moins

« Quarante millions devaient être coupés par le gouvernement précédent. Ces compressions font en sorte que certains établissements diminuent leurs effectifs ou ne remplacent pas les absences dans certains postes, ce qui crée des délais d’intervention et de capacité d’intervention dans des secteurs lorsqu’il y a des soulèvements comme celui du 12 octobre », dit Mathieu Lavoie, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Mathieu Lavoie (à droite) discutant en octobre 2023 avec l’ex-ministre de la Sécurité publique François Bonnardel et un agent correctionnel

« À Bordeaux, une tâche qui devrait être effectuée par cinq agents, on nous demande de la faire à trois ou quatre agents. On nous dit toujours : “Continuez à faire vos tâches même si vous n’avez pas les effectifs”, alors ça crée ainsi des brèches de sécurité », accuse le chef syndical.

Selon M. Lavoie, on enregistre environ une dizaine de livraisons par drone par jour à Bordeaux. Il y a deux semaines, un samedi, il y en aurait eu 12 de jour et huit de soir ou de nuit.

« On saisit des colis livrés par des drones et bien souvent, dans la journée ou le lendemain, il en rentre autant sinon plus que ce qu’on saisit dans la journée », déplore Mathieu Lavoie, selon qui il n’est pas rare qu’à Bordeaux, les agents mettent la main sur 200 000 $ ou 250 000 $ (en valeur institutionnelle) de marchandises illicites mensuellement.

Dans un contexte où les livraisons par drones sont de plus en plus fréquentes et payantes pour les détenus, ils trouvent des moyens de nous empêcher d’intervenir pour saisir la marchandise. On remarque aussi une recrudescence de la violence dans les comportements des personnes incarcérées.

Mathieu Lavoie, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) avait mis sur pied un projet pilote pour contrer l’utilisation des cellulaires entrés clandestinement en prison. Questionné à ce sujet, Mathieu Lavoie ne sait pas où le dossier en est rendu.

« On en a entendu parler au début, mais on n’en a jamais réentendu parler par la suite. Ce qu’on entend lorsqu’on parle à des gens proches du Ministère, c’est qu’il y a des enjeux budgétaires, d’acceptation ou de possibilité relativement au voisinage des centres de détention », conclut M. Lavoie.

« Sans commenter un cas précis, je suis sensible aux enjeux liés au nombre d’agents correctionnels sur le terrain, et aux problématiques qui en résultent. Je suis présentement à prendre connaissance de mes différents dossiers comme celui-ci, et j’évaluerai la situation afin de mettre en place des solutions pour les résorber », a réagi le nouveau ministre de la Sécurité intérieure du Québec, Guy Lapointe.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

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