Un parc d’attractions Dragon Ball en France? Pourquoi c’est très loin d’être gagné
Trois nouveaux parcs d’attractions au sein d’une même région, dont un dédié à Dragon Ball: un projet véritablement pharaonique, pour lequel s’est enthousiasmé le président français Emmanuel Macron. Sauf qu’au Japon, on ne l’entendra pas forcément de cette oreille. Et d’autres nuages s’accumulent sur ce futur grand chantier, qui doit être lancé grâce à l’argent saoudien, via une filiale du fonds souverain du pays qui n’est pas réputée pour mener ses projets à bien.
Matthias Bertrand
Source: Le Monde, TV5, Huffington Post
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L’annonce a largement été relayée, en début de semaine. Le 24 août dernier, l’Élysée a présenté un projet d’investissement saoudien de six milliards d’euros destiné à créer trois nouveaux parcs d’attractions près de Cergy-Pontoise, en Île-de-France, dont au moins un sur le thème du manga.
Un projet présenté comme “sans précédent” par le président français Emmanuel Macron, “du jamais vu depuis Disneyland Paris”, a-t-il insisté sur les réseaux sociaux, qui serait né d’une discussion entre le président de la République et le prince héritier en décembre 2024 à Ryad, lorsqu’ils ont découvert leur “passion commune” pour les mangas “et notamment Dragon Ball Z”, a par la suite ajouté une conseillère de l’Élysée. Le chantier doit être porté par Qiddiya Investment Company, filiale du fonds souverain saoudien Public Investment Fund (PIF) dédiée au divertissement, au sport et à la culture.
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Des droits bien gardés
Les rumeurs d’un tel projet dédié à Dragon Ball et aux personnages de ce manga emblématique des années 1980 et 1990 couraient déjà depuis le début du mois. Dès le 10 août, l’AFP évoquait des discussions entre les autorités françaises et une société d’investissement saoudienne. L’effet d’annonce du président français, à l’occasion de la visite en France du prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, a donc fait l’effet d’une bombe. Mais un obstacle demeure, et non des moindres, selon le journal Le Monde: le projet n’a pas encore obtenu l’accord des ayants droit japonais.
Or, les obtenir ne va pas de soi : les sociétés japonaises sont ordinairement très sensibles aux questions de droit d’auteur et surveillent de près ce qui est fait à l’étranger avec leurs personnages emblématiques. Le Monde rappelle au passage qu’un seul parc a pu obtenir une licence pour des personnages de manga en dehors du Japon: le parc Spirou, dans le Vaucluse, qui dispose d’un espace dédié à Naruto. Mais ce développement a été facilité par le fait que le détenteur du parc, Média-Participations, distribue aussi la licence Naruto en Europe.
Dans le cas de Dragon Ball, l’écheveau légal est d’autant plus difficile à démêler que le créateur du manga, Akira Toriyama, est décédé en 2024. Les droits sont pour l’instant partagés entre la maison d’édition Shueisha et les studios Toei Animation qui ont réalisé l’adaptation en dessin animé, ainsi que Bird Studio, fondé par Toriyama.
“Il faut un effet d’annonce très fort pour ancrer le projet. Ensuite, dans dix ans, il peut être tout à fait différent”, a commenté auprès de l’AFP Vincent Philippe, fondateur de Funfair City, un observatoire dédié aux loisirs et au divertissement en ville. Ce qui souligne que, sur papier, rien n’est encore écrit, et que ces grands projets peuvent encore prendre une orientation toute différente.
Les travaux inachevés des Saoudiens
Si des négociations difficiles s’annoncent avec les ayants droit, une issue positive n’est toutefois pas impossible. En mars 2024, un communiqué de Qiddiya Investment Company annonçait un accord pour un premier parc Dragon Ball en Arabie saoudite, ce que Toei Animation avait confirmé en reprenant le texte. Ce parc d’attractions doit faire partie du mégaprojet de ville nouvelle Qiddiya City.
Si cela ouvre un précédent intéressant pour un tel parc en France, cela fait aussi apparaître un nouveau mauvais présage: l’état réel des nombreux projets pharaoniques saoudiens soutenus par le fonds souverain de la monarchie. Le chantier du gratte-ciel Mukaab, un cube de métal qui devait trôner au milieu d’un tout nouveau quartier de la capitale saoudienne, est à l’arrêt. Le projet The Line semble, lui aussi, battre de l’aile, et ses architectes eux-mêmes doutaient l’année dernière de la viabilité de l’ensemble, selon le Financial Times. Quant à Qiddiya City, dont la construction a commencé en 2019 et qui doit aussi accueillir un circuit de course pour la Formule 1 ou le MotoGP, son inauguration était prévue en 2023.
Lancer de nouveaux projets pharaoniques quand les précédents n’ont pas été menés à bien ne renvoie pas un message rassurant, ni d’ailleurs les 21.000 ouvriers morts sur le chantier de The Line, selon un documentaire britannique.
Mirapolis, premier désastre
Le choix du site aussi pose question, car le triple projet évoqué par Macron doit occuper le site de l’ancien parc Mirapolis, fermé il y a 35 ans. Voulu précurseur, mais victime d’une certaine démesure avec plus de 700 millions de francs (environ 200 millions d’euros) investis.
Le parc avait très vite viré au désastre financier : avec 800.000 visiteurs, contre plus de 2 millions attendus la première année, 85 millions de francs de pertes cumulées dès 1988, année du deuxième exercice, le premier complet, puis 140 millions de francs de pertes l’année suivante ; des pertes cumulées qui avaient déjà atteint environ 300 millions de francs, soit plus de la moitié des 500 millions de francs, ou 132 millions d’euros, de la mise de fonds initiale.
Le site, dédié aux contes et légendes de France dans une ambiance de fête foraine, a définitivement fermé ses portes en 1991, après seulement cinq années d’activité, et malgré le soutien financier d’un autre milliardaire saoudien, Ghaith Pharaon, souligne TV5.
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