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Saturday, October 31, 2026

Pourquoi Elon Musk a la frousse

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L’excentrique mille fois milliardaire Elon Musk est, ces jours-ci, plus angoissé que d’habitude. Sa pression sanguine grimpe au rythme des sondages, qui mesurent une hausse quotidienne des chances de victoires des démocrates mardi prochain à la Chambre des représentants et au Sénat.

Il fait ce qu’il peut pour éviter ce cauchemar. Personne n’a plus investi que lui dans les campagnes républicaines. Le compte n’est pas encore complet, mais on estime qu’il leur a versé près d’un demi-milliard de dollars américains (près de 700 millions de dollars canadiens). Musk est donc, de loin, le principal donateur au parti de Donald Trump — le second n’a déboursé que 150 millions — et il finance à lui seul 10 % de la totalité de l’effort républicain. Remarquez, cela ne lui fait pas un pli sur le magot, cette générosité ne soustrayant que 0,04 % à la valeur totale de son portefeuille.

Les convictions conservatrices du patron de X, Tesla et SpaceX ne suffisent pas à expliquer sa prodigalité. Elon Musk est parfaitement conscient qu’une prise de contrôle du Congrès par les démocrates lui vaudrait d’importants ennuis, sur lesquels je reviens sous peu.

Déjà, Musk a montré combien il était allergique à l’insupportable volonté des pouvoirs publics de réglementer ses entreprises. En 2021, il a déménagé le siège social de Tesla de la Californie vers le Texas, car il était outré que l’État, démocrate, ait voulu fermer son usine de voitures pendant la pandémie de COVID-19. Le gouvernement, républicain, du Texas était moins pointilleux. Il a procédé, en 2024, au même déménagement pour les sièges sociaux de SpaceX et de X, affirmant que la « goutte qui a fait déborder le vase » était une loi californienne interdisant aux écoles d’obliger les enseignants à informer les parents d’un changement d’identité de genre d’un élève. Il a aussi déplacé au Texas en 2024 l’immatriculation de Tesla, jusque-là logée au Delaware, paradis fiscal du pays, parce qu’un tribunal de l’État avait annulé le plan de rémunération de Musk, alors évalué à 56 milliards sur 10 ans. (Un nouveau plan, adopté en 2025, prévoit 1000 milliards sur 10 ans.)

Finalement, Musk a transféré sa résidence fiscale personnelle au Texas, qui ne perçoit aucun impôt sur le revenu des particuliers ni sur les gains en capital. L’État a des puits de pétrole. Les économies d’impôts pour Musk se comptent en milliards.

Mais comme Perrette au pot au lait, l’homme le plus riche du monde pourrait devoir dire adieu veau, vache, cochon, couvée, car il n’est pas certain que le Texas réélise, mardi, le gouverneur républicain sortant. Les sondages le donnent à égalité avec son rival démocrate. S’il fallait qu’un démocrate gouverne les Texans, l’environnement fiscal et réglementaire pourrait se gâter.

Pour les deux années à venir, tant que Trump est au pouvoir, Musk se sait à l’abri de poursuites fédérales quelles qu’elles soient. Mais des démocrates tenant les leviers des comités parlementaires à Washington vont lui empoisonner la vie de plusieurs façons.

Starshield et l’Ukraine. Musk devra s’expliquer sur le rôle qu’il a joué dans la réduction de l’efficacité de son système Starshield (version militaire du réseau satellitaire Starlink) en Ukraine entre les 12 et 24 octobre derniers. Opérée sans préavis, cette baisse a empêché les radars ukrainiens de voir venir et d’intercepter des frappes russes meurtrières et les troupes de lancer leurs propres drones contre des cibles russes. Musk et Donald Trump se sont renvoyé la balle sur la responsabilité de cette décision. Vladimir Poutine a, à ce moment, déclaré que Musk était « un vrai génie » !

Le rôle de Musk dans le DOGE (le département de l’Efficacité gouvernementale). Dans les premiers mois du présent gouvernement Trump, Elon Musk était chargé d’une massive opération de réduction de la fonction publique fédérale. Plusieurs irrégularités ont été notées, y compris des fuites possibles de données vers un groupe partisan républicain. Les démocrates voudront aussi démontrer que Musk a spécifiquement viré des fonctionnaires chargés d’enquêtes diverses portant sur ses entreprises.

Un rapport d’avril 2025 produit par un sénateur démocrate donne une idée des pistes d’investigation à venir. L’agence des relations de travail enquêtait sur des plaintes de congédiement illégal d’employés de SpaceX. La présidente par intérim de l’agence a été congédiée. L’office chargé d’un audit de Tesla concernant de la discrimination chez ses contractants a été démantelé. Le Bureau de protection des consommateurs en matière financière enquêtait sur les pratiques de prêt de Tesla. Presque tout son personnel a été viré. L’Administration fédérale de l’aviation enquêtait sur les licences de lancement des fusées de SpaceX. Son personnel a été réduit, des employés de SpaceX y ont été embauchés comme « conseillers ». Le bureau de l’inspectrice générale du département de l’Agriculture examinait les expériences sur les animaux de la compagnie d’implants numériques Neuralink, de Musk. Elle a été virée. Le département de la Justice avait ouvert une enquête criminelle sur des déclarations potentiellement fausses ou trompeuses de Tesla au sujet de son Autopilot et de sa conduite autonome, dont l’utilisation est impliquée dans plus d’une douzaine de décès. Engagée sous le gouvernement de Joe Biden, la poursuite a été abandonnée depuis l’élection de Trump et la nomination de Musk au DOGE.

Au total, selon ce rapport, Musk et ses entreprises faisaient l’objet d’au moins 65 poursuites actives ou potentielles venant de 11 agences fédérales, qui pouvaient mener à une responsabilité financière totale de 2,4 milliards.

Si la poursuite du département de la Justice était reprise et qu’un tribunal était convaincu que Musk avait personnellement joué un rôle dans l’information trompeuse sur Autopilot, il pourrait se retrouver en prison pour dix ans — comme Elizabeth Holmes, de Theranos. (Même peine potentielle pour une poursuite intentée par la justice française pour complicité de X dans la diffusion d’images pédopornographiques par un réseau en ligne.)

Cela n’arrivera pas tant que les républicains seront à la Maison-Blanche. Les comités parlementaires du Sénat et de la Chambre pourront enquêter et sommer Elon Musk de se présenter à la barre. S’il refuse, le Congrès pourra recommander au département de la Justice de poursuivre Musk pour outrage au Congrès. Mais le département ne le fera pas, c’est certain.

Bref, les deux années qui viennent seront pour Musk un cauchemar de relations publiques qui pourrait déboucher, lors de l’élection présidentielle de novembre 2028, sur l’élection d’un démocrate qui, lui, n’aura aucun scrupule à mettre les procureurs fédéraux sur son dos. Il aura un recours : l’asile politique dans un pays dont le président le trouve génial.

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