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Friday, September 18, 2026

Bambin retrouvé au campement Notre-Dame | « Sa mère a besoin d’aide »

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Un bébé d’un an a été retrouvé vendredi dernier dans le campement Notre-Dame, à Montréal. Le bambin était en compagnie de sa mère, enceinte d’un autre enfant, a appris La Presse.

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Au cours des derniers mois, la mère*, dans la mi-trentaine, le petit et son père vivaient dans leur logement de Rosemont, raconte en entrevue avec La Presse le père, qui affirme que le Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) lui a remis l’enfant mardi dernier.

La femme serait enceinte depuis environ quatre mois.

« On s’amusait encore la semaine dernière : on est allés aux pommes, au Parc Safari, tout allait bien. On avait hâte d’avoir un autre enfant », confie-t-il.

Le couple se serait querellé le 11 septembre dernier. C’est à ce moment que la mère, après avoir consommé de l’alcool et du cannabis, aurait quitté le logement avec son enfant.

« Elle est partie avec le bébé parce qu’elle avait peur que je me sauve avec lui, explique le père. Ça faisait des mois qu’elle n’avait pas consommé, mais à ce moment, on dirait qu’elle avait perdu espoir. »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Une poussette devant la porte de l’appartement de la mère

En 2019, la mère a été accusée de possession et de trafic de substances, ce qui a conduit à une peine de deux ans de probation. En 2016 et 2018, elle a été arrêtée pour conduite sous l’effet de drogue ou d’alcool, de conduite dangereuse et de conduite avec un taux d’alcool élevé.

À deux reprises, elle a été condamnée pour des infractions liées au commerce du sexe, la première fois en 2009. Elle venait d’avoir 18 ans.

Lorsque sa conjointe a quitté leur domicile avec son enfant, vendredi dernier, le père dit s’être assoupi. Ce n’est que le lendemain matin que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est parvenu pour la première fois à le joindre au téléphone après plusieurs tentatives infructueuses. Vers midi, le DPJ l’a avisé que son bébé avait été retrouvé dans un campement.

Je ne savais pas comment réagir : je trouve ça dégueulasse, je trouve ça horrible.

Le père du bébé

Le père dit avoir pu récupérer son enfant chez les parents de sa conjointe mardi. Au bout du fil, on distingue les exclamations de joie d’un bébé. « Il joue avec son grand-père », a expliqué le père.

« Notre petit gars, c’est le plus beau du monde. S’il avait fallu qu’il lui arrive quelque chose… », laisse tomber son père.

« Sa mère a besoin d’aide. J’espère qu’elle va se réveiller, se prendre en main le plus rapidement possible », souhaite-t-il.

« Elle l’aime, son petit gars »

Le fait qu’un bambin ait été retrouvé par la police de Montréal dans le campement de sans-abri Notre-Dame sème la consternation parmi ses occupants. La présence d’un enfant dans ces lieux est hautement inhabituelle, ont-ils témoigné.

L’une des occupantes du campement, Corinne Lechasseur, a été témoin de l’intervention du 11 septembre, lorsque la police a pris en charge l’enfant à la suite d’un signalement au 911.

« Avoir su qu’elle était là avec son enfant, on serait tous allés la voir pour lui parler. »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Corinne Lechasseur a été témoin de l’intervention du 11 septembre.

« L’avoir vue, je lui aurais parlé dans le casque », a renchéri son conjoint, Zacharie-Joël Bouffard.

Le couple estime connaître la femme depuis environ 10 ans, mais ne l’avait pas croisée depuis longtemps.

« Ce n’était pas méchant de sa part, elle ne se rendait juste pas compte de ce qu’elle faisait », estime Corinne Lechasseur.

« Les vieux de la vieille la connaissent tous », a indiqué Robert R.**, qui vit dans une tente sur la friche Notre-Dame.

Je la connais, la fille. Elle l’aime, son petit gars.

Robert R.

Il affirme l’avoir croisée mercredi, après les faits. « Elle ne savait même pas qu’elle faisait de quoi de mal [en ayant l’enfant avec elle]. Elle ne comprend pas pourquoi ils sont venus chercher son fils. »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Robert R.

À leur arrivée sur les lieux, le 11 septembre, les policiers auraient constaté « plusieurs éléments inquiétants », a indiqué Florence Stafford, porte-parole du SPVM, ce qui les a poussés à contacter le Directeur de la protection de la jeunesse. Une enquête est actuellement menée par le module « Abus physiques et décès d’enfants » de la police de Montréal, en collaboration avec la DPJ.

La santé et la vie de l’enfant n’étaient toutefois pas compromises. La femme a été prise en charge par les services sociaux.

Le lien entre la femme et l’enfant n’a pas été officiellement confirmé par le SPVM.

Robert R. dit n’avoir jamais vu d’enfant dans un campement, où la toxicomanie est un enjeu important.

Dès qu’un enfant se trouve dans les rues qui bordent la friche, les habitants s’avertissent entre eux pour ne pas l’exposer à la consommation, dit-il. « C’est comme une règle non dite de ne pas faire ça dans la face d’un enfant. »

Rick Doz affirme lui aussi n’avoir « jamais, jamais, jamais » vu un enfant dans le campement Notre-Dame, mais il pense que ce n’est qu’une question de temps en raison de la crise du logement et de la hausse du coût de la vie.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Rick Doz

« Je n’arrête pas de souhaiter de ne pas en voir. Mais bientôt, il va y avoir des familles avec des enfants, dit-il. Je te garantis que ça s’en vient à 200 %. »

« Échec social »

Un enfant qui se retrouve dans un campement, « c’est inacceptable », tranche la directrice générale de l’organisme La Rue des femmes, Alia Hassan-Cournol.

« Je ne peux pas croire qu’en 2026, au Québec, on voit des choses comme ça. Ça devrait nous révolter toutes et tous, qu’on soit d’un organisme en itinérance, ministre, candidat à une élection, citoyen ou du milieu des affaires, peu importe, c’est inacceptable. On est un pays du G7 », dit Mme Hassan-Cournol.

Elle rappelle qu’en octobre 2025, un nouveau-né est mort après avoir été retrouvé dans un abribus, à Longueuil. La mère de 33 ans vivait en situation d’itinérance.

Le directeur général de L’Anonyme, un organisme qui intervient notamment en réduction des risques, dit lui aussi être choqué qu’on ait retrouvé un enfant dans le campement, mais pas étonné.

« On voit la crise s’amplifier et se complexifier. On voit le tissu social qui, bon an mal an, s’effrite. C’est l’illustration parfaite du fait que comme société, on échoue. Un enfant d’un an et demi se retrouve dans le plus gros campement au Québec : il y a quelque chose qui ne fonctionne pas », dit Julien Montreuil.

« On a des questions à se poser », ajoute-t-il.

L’anthropologue Myriam Daigneault, qui a consacré son mémoire de maîtrise aux femmes enceintes en situation d’itinérance, « s’étonne de l’étonnement des gens ».

« Il y a énormément de choses qu’on a sous-estimées pendant très longtemps par rapport à l’itinérance, la périnatalité, les mères, les femmes. On n’en parle pas beaucoup. L’itinérance vécue par les femmes a été dans l’angle mort pendant très longtemps », dit Mme Daigneault, qui a travaillé trois ans comme intervenante auprès de femmes itinérantes.

Le père de l’enfant, lui, en veut à la Ville de Montréal, à laquelle il demande le démantèlement de tous les campements. Avec le bébé, il s’est installé chez son propre père, à Québec. Il compte rester dans cette ville.

« Pour le bien de mon fils, je pense que c’est préférable qu’on quitte Montréal. J’ai l’impression que les élus ne font rien, qu’ils ne prennent pas les campements au sérieux », déplore-t-il.

* Identité non dévoilée puisque le dossier est pris en charge par le Directeur de la protection de la jeunesse.

** Il a préféré taire son nom de famille pour ne pas être reconnu par sa famille.

Avec la collaboration de Chloé Bourquin, Daniel Renaud et Vincent Poirier, La Presse

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