Midterms 2026: quels sont les scrutins qui attendent les Américains ce 3 novembre?

Le 3 novembre prochain, les Américains ne voteront pas seulement pour renouveler une partie du Congrès. Gouverneurs, élus locaux, référendums… Les élections de mi-mandat se jouent aussi à l’échelle des États. Tour d’horizon de ce que les électeurs trouveront sur leur bulletin de vote.
Un bulletin très différent selon l’État, pouvant aller d’une seule case à cocher, comme dans le Wyoming, à 86, comme dans l’Illinois : c’est ce qu'auront - où ont déjà eu - entre les mains des millions d'Américains, le premier mardi du mois de novembre.
La bataille la plus suivie se déroulera, évidemment, au Capitole, où l'aile sud devrait être le témoin des plus grands changements.
Tous les deux ans, les 435 représentants du Congrès américain remettent leur siège en jeu. « Les élus à la Chambre sont répartis selon la densité de population » et la quantité de districts par État, précise Jérôme Viala-Gaudefroy, spécialiste de la rhétorique présidentielle et docteur en civilisations américaines. Ce qui explique qu’à la frontière du Québec, avec environ 1,41 million d’habitants, le Maine n’ait que deux représentants, tandis que la Californie, où vivent 12 % de la population des États-Unis, en ait 52. Depuis le recensement de l’année 1970, le Golden State est l’État qui comptabilise le plus de circonscriptions, donc le plus de représentants au Congrès.
Comme les députés français, les représentants votent les lois et contrôlent l'action du pouvoir exécutif. Mais ils évoluent dans un système présidentiel où le gouvernement n’est pas politiquement responsable devant le Congrès. Si les démocrates y obtiennent la majorité lors des élections de mi-mandat, sans gagner le Sénat, le mandat de Donald Trump ne sera pas menacé. Ils pourront toutefois freiner ses projets de loi, peser sur le budget fédéral et multiplier les enquêtes parlementaires sur son administration.
Avec ses 218 sièges, le Parti républicain n’y a qu’une courte majorité. Les démocrates ont finalement besoin d’un gain de trois sièges pour en reprendre le contrôle. « Ils sont quand même très susceptibles de reconquérir cette Chambre », analyse Jérôme Viala-Gaudefroy. À l’heure actuelle, le cœur de la bataille se concentre sur 17 sièges qui n’ont pas encore de favori clair.
L'enjeu déterminant du Sénat
La Chambre haute du Congrès connaîtra aussi des changements lors de ces midterms, mais pas dans les mêmes proportions. Parmi les cent sénateurs, seul un tiers sera remplacé.
Chacun des cinquante États élit deux sénateurs pour siéger au Sénat des États-Unis, mais pour des mandats plus longs qu'à la Chambre des représentants : six ans avec un renouvellement par tiers tous les deux ans. Au sein du 119ᵉ congrès actuel, le Sénat est composé de 53 républicains, 45 démocrates et deux indépendants.
Pourquoi seulement un tiers d’entre eux sont remplacés au mitan du mandat présidentiel ? Les « Pères fondateurs » voulaient que la Chambre haute, qui représente les États fédérés, soit une institution stable contrairement à celle des représentants. « Le Sénat est très puissant aux États-Unis », le mandat de six ans leur permet d’être « moins dépendants des soubresauts politiques », étaye le spécialiste de la rhétorique présidentielle. Le renouvellement de 35 sénateurs tous les deux ans permet une recomposition moins brutale.
Si, comme la Chambre des représentants, le Sénat vote les lois et participe aux décisions budgétaires, il dispose aussi de prérogatives propres : il doit notamment confirmer les nominations présidentielles, qu'il s'agisse des ministres ou des juges de la Cour suprême. Si les démocrates en prenaient le contrôle, ils pourraient ainsi bloquer certaines nominations de Donald Trump. En cas de contrôle des deux chambres, ils pourraient aussi initier et mener une procédure de destitution, même si le chef des démocrates à la Chambre, Hakeem Jeffries, a affirmé en septembre dernier qu’aucun plan de ce type n'était en discussion au sein du parti.
La bataille, souvent « ouverte », pour le poste de gouverneur
Les bulletins de vote des midterms ne se limitent pas au Capitole. Dans 36 États, les Américains devront aussi choisir un nouveau gouverneur, chef de l’exécutif local, pour les quatre prochaines années, en plus du renouvellement des assemblées et Sénats locaux.
Budget, sécurité, santé, éducation : l’enjeu est grand et les décisions prises entraînent parfois des conséquences plus directes sur la vie quotidienne des Américains. Ses pouvoirs varient aussi d'un État à l'autre. « Le gouverneur est le représentant de l’État et peut, par exemple, déclarer une situation d’urgence », explique Jérôme Viala-Gaudefroy. Mais il a aussi la possibilité de gracier un prisonnier condamné par la justice à la peine de mort, celle-ci valable dans 27 États américains sur 50. Ça a été le cas pour Charles Burton, condamné à la peine de mort en 1992 dans l’Alabama, pour un braquage mortel commis en 1991. La gouverneure Kay Ivey a commué sa peine en prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle, à quelques heures de l’exécution prévue en mars 2026.
Les gouverneurs prennent aussi parfois une envergure nationale, qui les pousse, en temps voulu, à briguer la présidence du pays. Cela est vrai pour la Californie, où l'on prête à l'actuel gouverneur Gavin Newsom des vues sur la Maison Blanche pour 2028, suivant la voie ouverte par un certain Ronald Reagan près d'un demi-siècle avant lui.
Cette fois, les électeurs californiens auront à choisir entre l’ex-présentateur républicain de Fox News Steve Hilton, et Xavier Becerra, ancien ministre de Joe Biden. Dans ce bastion démocrate, cette affiche a été rendue possible par un éparpillement des candidatures à gauche, ouvrant la voie à une percée du représentant trumpiste.
En effet, les primaires du Golden State, qui se sont déroulées en juin dernier, étaient dites « ouvertes », permettant aux candidats républicains et démocrates de se présenter dans un même scrutin. Sortes de premier « tamis électoral », ces primaires inclusives concernent au total une vingtaine d'États, et se sont terminées, le 15 septembre dernier, dans le Delaware.
Du maire au référendum local
Mais le système électoral américain des midterms ne s'arrête pas à cet échelon. Car selon le comté ou la ville, les scrutins peuvent se multiplier et virer, parfois, au casse-tête pour l'électeur.
C’est ce dont se plaint l'entrepreneur Michael David Gerrish qui, sur le réseau social Instagram, ne cache pas son étonnement. Son bulletin de vote pour Chicago, dans l’État de l’Illinois, par correspondance depuis la France, ne comptabilise pas moins de 86 scrutins et questions. Au-delà du Congrès et du gouverneur, il découvre, avec stupéfaction, qu’il devra aussi voter pour un contrôleur financier de l’État, un shérif, un responsable des comptes publics, et même pour un contrôleur des eaux usées de la ville. De quoi perdre le fil.
S’ajoutent à la longue liste des midterms les élections municipales. Mais là encore, impossible de parler de modèle unique. Certaines villes élisent leur maire en même temps que les autres scrutins, d'autres non. Autre particularité, les maires n’incarnent pas tous les mêmes pouvoirs. De nombreuses villes fonctionnent sous un système de maire-conseil. Les habitants votent pour un maire, chef de l’exécutif, et pour un conseil municipal, organe législatif. Ce fonctionnement laisse place aux termes « maires forts » et « maires faibles ».
Le maire « faible » compte sur son charisme pour peser dans les discussions. Le maire « fort », quant à lui, s’appuie sur la loi. Armé de plus de pouvoir, il négocie avec le conseil municipal en position de force, d’où son nom.
Et c’est justement de leur côté qu’une élection suscite particulièrement l’attention : celle à la mairie de Los Angeles où deux femmes sont en lice, la candidate de gauche Nithya Raman et la démocrate Karen Bass. Les deux se battent pour que la Cité des Anges reste l’un des plus solides bastions de gauche dans le pays. Mais l'élection de la première marquerait un tournant, comparable à celle de Zohran Mamdani à la mairie de New York, en novembre 2025.
Enfin, en plus du choix de ses représentants, il arrive souvent que l'électeur américain doive s'exprimer directement via des référendums. C’est le cas, là encore, des Californiens, qui devront se prononcer sur la création d’un impôt de 5% sur la fortune des milliardaires. Une taxe, inédite et soutenue notamment par l’économiste Gabriel Zucman, qui provoque un vif débat, notamment dans la toute-puissante Silicon Valley.
Les Américains plongeront donc, le 3 novembre prochain, dans la spirale des Midterms. Mais reste à savoir combien d’entre eux feront le déplacement. Lors des dernières élections de mi-mandat, l’abstention de la population s’élevait à 53,8 %. Il sera aussi temps d’observer si oui ou non la malédiction du mi-mandat aura lieu cette année. Celle selon laquelle les présidents américains baissent drastiquement en popularité. « C’est la règle », confirme Jérôme Viala-Gaudefroy.
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