Droits de douane | Québec prépare sa riposte et son aide aux entreprises

(Montréal et Québec) La première ministre du Québec Christine Fréchette « n’exclut rien » comme réponse aux droits de douane américains et s’est engagée, samedi, à garder l’alcool américain loin des tablettes de la SAQ. Son gouvernement a aussi mis en place deux programmes pour venir en aide aux entreprises touchées par les tarifs de Donald Trump.
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Mme Fréchette a réuni la presse samedi à Montréal pour détailler les actions prises par Québec pour éponger une nouvelle salve de droits de douane imposés par les États-Unis, ceux-là très dommageables pour le Québec, selon elle. Cette rencontre s’est déroulée avant qu’elle ne puisse parler à son homologue canadien Mark Carney.
Afin d’aider les entreprises à poursuivre leurs activités et maintenir le plus grand nombre d’emplois possible, le gouvernement a créé deux programmes d’aide.
Le premier, nommé FORCE, est destiné aux manufacturiers au chiffre d’affaires de plus de 2 millions de dollars qui sont touchés par des droits de douane de 25 % et plus. Elles pourront obtenir des liquidités pour maintenir leurs activités et bénéficieront d’un moratoire allant jusqu’à 24 mois pour le remboursement et d’un congé d’intérêts pendant 12 mois.
Le second programme s’adresse aux PME avec un chiffre d’affaires d’entre 1 et 2 millions. Les PME touchées par les droits de douane ainsi que leurs fournisseurs seront admissibles.
Elles pourront contracter un prêt d’un maximum de 150 000 $ auprès de leur municipalité régionale de comté (MRC). Ces prêts seront sans intérêts et auront un moratoire d’un an sur le remboursement.
Les deux programmes seront mis en branle la semaine prochaine. Ni la première ministre ni son ministre des Finances, Eric Girard, n’ont été en mesure de chiffrer le coût de ces initiatives. M. Girard a néanmoins ouvert la porte à « amener des crédits additionnels » pour les financer si la demande devenait trop forte.
PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE
La première ministre Christine Fréchette était accompagnée du ministre des Finances, Eric Girard (à gauche) et du ministre de l’Économie du Québec, Bernard Drainville
Malgré ces programmes, Mme Fréchette n’a pas caché que des « travailleurs vont peut-être voir leurs heures être réduites. D’autres risquent de perdre leur emploi ». Elle n’a, par contre, pas pu chiffrer combien d’emploi sont à risque.
Défendre les intérêts du Québec
La première ministre a salué la décision de M. Carney de mettre fin aux négociations. Selon elle, les États-Unis ont choisi « la confrontation ».
De ce fait, « le Québec va devoir se défendre », affirme-t-elle. Comment ?
D’abord, en ne remettant pas l’alcool américain sur les tablettes de la SAQ, puis en continuant de « pénaliser les entreprises américaines dans les appels d’offres publics ».
Mais Mme Fréchette ne ferme pas la porte à aller plus loin. En avant-midi, Mark Carney avait lancé un avertissement à peine voilé aux Américains concernant l’énergie canadienne qu’ils importent en grande quantité.
« Le Canada alimente la croissance américaine. […] Je ne pense pas qu’ils veulent que l’on arrête d’envoyer notre énergie », avait dit le premier ministre canadien.
Considérant qu’Hydro-Québec envoie une partie de son électricité aux États-Unis, est-ce qu’une intervention à ce chapitre pourrait être faite par le gouvernement du Québec en riposte aux tarifs ?
« Pour l’instant, ce n’est pas une action que nous avons envisagée. À voir comment va évaluer la situation. Pour l’instant, je n’exclus rien », a répondu Christine Fréchette.
Si la première ministre est si encline à agir contre les Américains, c’est que la nouvelle salve de droits de douane vient frapper durement plusieurs pans de l’économie québécoise — plus de sept milliards d’exportations québécoises, soit 9 % des exportations du Québec — et que le fait français était un irritant pour les États-Unis dans les négociations.
« La présence du français sur des appareils électroniques, sur des électroménagers ou encore la disponibilité de mode d’emploi en français : il semblerait que ce soit des éléments qui ont été amenés aux négociations par la partie américaine », a-t-elle mentionné, ajoutant que certains aspects de la loi québécoise sur la découvrabilité, qui permet au gouvernement d’adopter des obligations de représentation de contenu francophone sur les plateformes numériques.
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La première ministre du Québec, Christine Fréchette
Néanmoins, Christine Fréchette ne voit toujours pas un monde où les États-Unis ne seront pas et qu’il faut ainsi « trouver des voies de passage » avec ceux-ci.
Fréchette convoque ses ministres et les chefs de parti
La première ministre a convié les autres chefs de parti du Québec à une rencontre virtuelle en après-midi. Ils ont tous accepté l’invitation.
L’échec des négociations survient à moins d’une semaine du déclenchement des élections au Québec, prévu le 27 août.
Cette campagne risque ainsi de se dérouler dans l’ombre de Donald Trump. Pour le moment, Christine Fréchette n’a pas voulu dire si elle pensait qu’elle devrait suspendre sa campagne par moment pour gérer la crise.
Toutefois, au gouvernement, on se demande déjà depuis quelques jours comment manœuvrer durant cette campagne, alors que Mme Fréchette devra vraisemblablement porter à l’occasion son chapeau de première ministre, plutôt que seulement celui de cheffe caquiste, pour faire face à la crise. Il faudra agir avec doigté pour éviter que ses adversaires l’accusent de vouloir profiter de la situation pour s’éloigner de l’arène électorale et tenter d’attirer avec elle toute l’attention médiatique.
La situation actuelle est loin d’être incompatible avec la stratégie de Mme Fréchette de se poser en rempart contre l’instabilité face au meneur dans les sondages, Paul St-Pierre Plamondon. Le contexte géopolitique a d’ailleurs poussé le chef péquiste à promettre cette semaine qu’il ne tiendrait pas de référendum sur la souveraineté tant que Donald Trump sera président. S’il est élu, cette consultation populaire se ferait donc après le 30 janvier 2029. Il maintient ainsi son engagement de tenir un référendum durant un premier mandat.
L’opposition réagit
Avant de se rendre à leur rencontre avec Christine Fréchette, différents partis d’opposition ont réagi, sur les réseaux sociaux, à la situation tarifaire au Québec.
« Dans le contexte où le Canada imposera des contre-tarifs qui généreront des revenus pour compenser nos pertes et sachant que ces sommes devraient être exclusivement consacrées aux entreprises touchées, il est clair que la prochaine mission du gouvernement du Québec est de s’assurer que les sommes recueillies par le fédéral soient réallouées aux entreprises québécoises d’ici de sorte que nous obtenions notre juste part. Un gouvernement du Parti québécois (PQ) se tiendra debout pour obtenir ces sommes compensatoires », a écrit le chef, Paul St-Pierre Plamondon.
Il a aussi critiqué Mme Fréchette et son parti, les accusant d’être des « spectateurs » dans cette affaire.
De son côté, le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, a commenté que la CAQ « a été incapable d’avoir du leadership pour bâtir une économie plus résiliente et qui est incapable d’obtenir les informations nécessaires auprès de nos partenaires canadiens dans le cadre des négociations actuelles ».
« L’instabilité péquiste et la confusion caquiste offrent des perspectives dommageables pour le Québec », a-t-il ajouté.
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