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Saturday, October 3, 2026

« C’est une possibilité ... » : le PS va sans doute changer de nom… Paul Magnette en dévoile un peu plus !

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Le logement remonte au premier plan. Dans les débats du PS, ce sujet a pris une place bien plus forte que prévu, au point de bousculer les priorités du parti.

Paul Magnette, ça fait un an et demi que vous avez lancé la refondation du parti. Quel bilan en tirez-vous jusqu’ici ?

Il y a eu une grande implication : plus de 5.000 personnes ont participé à nos activités, on a eu plus de 140 ateliers, des débats, des rencontres un peu partout en Wallonie et à Bruxelles. On a récolté plus de 10.000 propositions. Les gens ont des idées et des attentes, des désirs et des espoirs. Tout le travail, c’est d’arriver à intégrer tout ça dans le nouveau projet des socialistes. Là, on entre dans la phase finale de la refondation.

Dès la semaine prochaine, vous repartez à leur rencontre pour leur montrer ce que vous en avez fait. Auprès de militants comme de citoyens non affiliés au PS. Sans tabou ?

On veut que chacun ait l’occasion de donner son avis. Que chacun puisse se dire : je peux choisir le projet que je veux faire porter par les socialistes. Il y aura des non-membres du PS, mais qui partagent quand même nos valeurs : il n’y a pas de gens d’extrême droite ou racistes. Une douzaine de grands sujets se dégagent. Les militants en ont choisi cinq absolument centraux : le travail, le pouvoir d’achat, le climat, l’école, ainsi que les services publics et la santé. On a travaillé de manière approfondie sur ces thèmes, avec des panels citoyens, 30 personnes qui y passaient tout un week-end. On en a rediscuté avec nos parlementaires, nos bourgmestres, etc. On renvoie donc le tout vers les militants et ces citoyens pour qu’ils puissent se l’approprier.

Vous avez eu des surprises parmi toutes ces propositions ?

Beaucoup confirmaient des choix qu’on avait faits. Ça montre qu’on n’était pas complètement à côté de la plaque. Mais il y a des différences au niveau des priorités. Le logement, par exemple, est absolument crucial. On savait que c’était un problème et on avait des propositions, mais elles étaient peut-être un peu trop loin dans le programme. Lorsqu’on a parlé de pouvoir d’achat, quasi la moitié du temps, ça tournait autour du logement. De plus en plus de gens nous disent qu’ils n’arrivent pas à acheter une maison et ont aussi plus de difficultés à louer. On va pouvoir replacer l’enjeu du logement au cœur d’enjeux de justice et de solidarité.

D’autres priorités qui ont été bousculées ?

Il y a des choses qui nous ont surpris. Dans tous les débats autour du travail, il y a une forte demande liée à la flexibilité…

Cela va faire plaisir aux libéraux de l’entendre…

Attention : de la flexibilité, oui, mais choisie. Les gens disent que les horaires 9h-17h, tous les jours, ce n’est pas facile pour combiner vie privée et vie professionnelle. Des tas de raisons font que les horaires fixes ne sont plus forcément ce qu’ils attendent. Il y a donc une très forte demande d’avoir plus de liberté dans l’organisation de son temps de travail. Il n’est pas question, comme au MR, d’une flexibilité décidée par le patron qui vous veut au travail 45 heures une semaine et 30 l’autre.

C’est vrai que ce n’était pas très haut dans nos priorités, car historiquement, dans le monde de gauche, on était attaché à des statuts, à des horaires, aux organisations standards. Là, on est dans une société plus individualiste, au sens noble du terme. On réfléchit à des propositions qui n’affaiblissent pas les droits des travailleurs, mais leur permettent d’avoir plus de souplesse dans leur organisation.

Même logique pour la réduction du temps de travail : on a traditionnellement défendu la réduction collective, la semaine des quatre jours. Là, on voit des attentes très variables, selon qu’on est jeune ou moins jeune, selon qu’on vit seul ou en couple.

Ce sera un énorme enjeu…

Oui, parce qu’avec l’intelligence artificielle, l’IA, on annonce des centaines de milliers d’emplois qui vont disparaître. Rien qu’ici en Belgique, Proximus et ING ont annoncé, chacune, 1.200 emplois qui passent à la trappe. L’IA va remplacer toute une série de métiers ou va accélérer des tâches encore faites à la main. On risque d’avoir moins de travail. Si on veut atteindre le plein-emploi, comment fait-on pour répartir le temps de travail disponible ? Il faut se préparer à ces enjeux.

Vous parliez de l’importance du logement pour les citoyens. Qu’est-ce que vous allez bien pouvoir leur proposer ?

Il y a des tas de choses déjà en débat, mais qu’on doit amplifier. Il faut continuer à construire du logement public qui n’est pas que social. On a besoin de logements sociaux pour les gens qui ont de très petits revenus, mais aussi des logements publics moyens, pour des gens qui ont un salaire correct, mais sont confrontés à une hausse des prix et à une vraie difficulté à trouver un logement. La ville de Vienne nous en offre un bon exemple et cela a pour conséquence que le niveau des loyers y est beaucoup plus bas que dans les autres capitales européennes.

Dans les propositions reçues, y a-t-il des choses auxquelles le PS ne prêtait pas attention ?

Non, pas à ce point-là. On avait quand même bien identifié tous les problèmes. Notre programme de 2024 comptait 1.200 pages. Mais c’était si détaillé et riche en propositions que parfois on ne s’y retrouvait plus. Le travail à faire aujourd’hui, c’est d’identifier ce qui est prioritaire à court terme et ce qui est très important, mais peut venir après, parce qu’on se donne une vision à 20-25 ans. Là, c’est le monde tel qu’on veut le construire, pour nos enfants et nos petits-enfants.

Un autre exemple : on évoquait la qualité de l’alimentation dans notre programme, mais on s’est rendu compte que c’est encore beaucoup plus important pour les citoyens que ce qu’on imaginait. Ils veulent une alimentation de qualité et en ont marre de la malbouffe, des produits bourrés d’additifs, trop sucrés, trop gras qui nuisent à la santé. Ils veulent pouvoir manger bio, de bons produits sains qui viennent de producteurs locaux, mais c’est souvent trop cher ou on ne les trouve pas en magasin. C’est un enjeu majeur, en matière de santé aussi.

Le pouvoir d’achat reste quand même en tête des priorités des Belges ?

Oui, ça reste un problème fondamental qui s’aggrave de manière incroyable. Il y a une crise majeure du pouvoir d’achat en Europe, on le voit en France, mais aussi chez nous. Tous les prix augmentent, avec cette inflation à quasi 5 %. Les gouvernements MR-Engagés imposent d’augmenter les précomptes immobiliers, ça fait des taxes en plus. Ils ajoutent une série de nouvelles taxes, sur les nuits d’hôtel, par exemple ; ce qui détruit aussi l’activité économique. Un hôtelier m’en parlait encore récemment. Je suis très inquiet pour les mois qui viennent quand je vois les projections d’augmentation des prix des carburants, du mazout, du gaz, etc. Je ne sais pas comment certaines familles vont pouvoir se chauffer l’hiver prochain si le gouvernement continue à ne rien faire.

Je reste sur le pouvoir d’achat : tout était dans votre programme ou les militants et les citoyens l’ont réactualisé ?

Tout s’y trouvait d’une manière ou d’une autre. Ce qui est intéressant, c’est qu’on nous a dit que le pouvoir d’achat, c’était le salaire, mais aussi le contrôle des prix. Si l’école est totalement gratuite, cantine et garderie comprises, avec le même salaire, les gens vivent mieux. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas augmenter les salaires, mais il n’y a pas que ça. Si on augmente les salaires mais que tous les prix explosent, ça ne règle rien du tout. On nous a donc demandé de faire en sorte que la santé soit accessible pour tout le monde, l’école aussi. Ce n’est pas ce que font le MR et Les Engagés quand ils augmentent le minerval dans les hautes écoles et les universités. Un papa me disait qu’il a dû faire un emprunt pour payer les droits d’inscription de ses enfants dans l’enseignement supérieur.

Vous êtes dans la dernière ligne droite de cette refondation. Vous allez donc demander aux militants et aux citoyens de vous aider à peaufiner votre futur programme ?

D’abord le projet, le programme viendra ensuite. Il y a trois grandes transformations déjà en cours. Les changements climatiques ; on a vu les canicules cet été, des gens qui ont vraiment souffert de la chaleur parce qu’ils vivent dans des petites maisons ou appartements mal isolés. Là, il faut aider les gens à s’adapter. Autre exemple : si vous n’avez pas les moyens d’acheter une voiture électrique, pourquoi ne pas en louer une à un tarif modéré et l’acheter au bout de quelques années si vous le souhaitez, en déduisant ce que vous avez payé ? Une sorte de leasing. On pourrait avoir un parc social de voitures électriques, comme on a un parc de logements publics. Voilà une réponse très concrète.

Vous parliez de trois transformations ?

Il y a l’évolution démographique, on vit de plus en plus longtemps et tant mieux ! C’est grâce à toutes les politiques que nous, les socialistes, avons mises en place (éducation, santé, meilleures conditions de travail…). Mais ça implique de payer les pensions plus longtemps, de payer les soins de santé. Cela nécessite une vraie réforme, carrément une révolution fiscale. Le système fiscal actuel fait quasiment porter tout le poids des dépenses publiques sur les travailleurs et les consommateurs. Il faut qu’un euro égale un euro, que vous le gagnez en travaillant ou parce que vous avez hérité et que cet héritage prospère.

Puis, il y a l’IA, on en a parlé, révolution technologique majeure qui s’accélère. Si on ne commence pas à réfléchir à la manière dont on va créer de l’emploi dans cette société de l’IA, on va se retrouver à nouveau avec du chômage de masse catastrophique.

Votre révolution fiscale, c’est la globalisation des revenus ?

Oui. C’était comme ça en Belgique jusque dans les années 60. Ça fonctionnait très bien. On n’avait pas de déficit et on avait une dette sous contrôle. Puis, on a dit qu’il fallait moins taxer les revenus du capital et les travailleurs ont porté l’essentiel de la charge. Là, on voit que les recettes de l’État diminuent d’année en année et ça va s’aggraver avec l’IA. Sans réaction, la dette sera totalement ingérable.

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