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Friday, October 9, 2026

Le plat de bonbons

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Cette campagne électorale fut longue comme un jour sans pain, mais la soirée électorale nous a offert des perles de sagesse. PSPP a mentionné dans son discours de victoire que « la vie est trop courte » et a ajouté à notre intention : « soyez vous-même ». Le « rêve », l’« espoir » et l’« avenir » sont les trois mots que je retiens de ce discours, alors que ce sont les mots « immigration », « bureaucratie » et « déclin » que le chef du Parti québécois a le plus utilisés durant sa campagne (selon le Prof. Datagotchi, robot conversationnel conçu par l’Université Laval).

Comme j’ai l’impression que nous avons mangé notre pain blanc en premier depuis belle lurette, reste des pains artisanaux au levain, comme ceux de la boulangerie Jolifeu, à Saint-Sauveur. Ça goûte le pays d’en haut et ça fait honneur à mes confitures de prunes. La vie est trop courte, il a raison.

Panier de chatons

Luc, un lecteur avisé, me trouve trop négative et Gilles ne veut plus lire les « mauvaises nouvelles ». Mise au point. D’abord, confondre les médias avec le prochain show de Louis-José Houde (Et jusqu’à la fin la beauté) semble devenu chose courante. Cette page s’intitule « Zeitgeist » — l’air du temps —, et pas « Panier de chatons » (une gang d’inconnus qui s’agglutinent dans des câlins asexués remplis de bienveillance) ou « Val-d’Espoir » (un village gaspésien).

Faque Luc, je ne fais que témoigner. J’ai étudié en journalisme, pas en art circassien, ni en soins préhospitaliers d’urgence, ni même en assistance pastorale. Souffre que je poursuive ma modeste mission dans cette page selon la saveur de la semaine et l’humeur disponible, entre mes hormones qui swignent (le lindy hop), mon identité toujours incertaine après un vol en bonne et due forme début 2025 (coucou, Revenu Canada, c’est moi ici !), et en toile de fond, une crise climatique qui déboule de partout et qu’aucun parti politique n’a attaquée de front, ni de biais.

Après ça, tu me demandes de te divertir en ces temps incertains que seule une intelligence artificielle (IA) près de chez toi peut t’expliquer « positivement » parce qu’elle a compris comment te flatter dans le sens du poil sans te parler de l’affaire de l’Université Cornell ?

Personne ne te sauvera, mon Luc. Ça gosse, je sais.

Câlin de chaton ?

Bengio et l’ego

J’ai écouté l’entrevue exceptionnelle qu’a menée Patrice Roy avec le chercheur en IA Yoshua Bengio dans son balado, Hors des ondes (OHdio). C’est le balado à écouter cette semaine, car il parle du présent, du déni politique généralisé, de notre sécurité et des craintes pour la démocratie. Bengio a le temps de déployer sa pensée en 1 h 15 min et Patrice le relance avec incrédulité, une certaine candeur et un respect évident.

Va faire une marche pis ouvre tes oreilles entre sidération et paranoïa. En gros, selon le célèbre chercheur, les IA ne sont plus « compétentes » depuis un an, ne répondent plus aux consignes, et choisissent leur meute invisible contre celle des humains.

« Il faut qu’on se réveille tous ! » lance Bengio, qui pense que nous n’avons pas dix ans devant nous pour agir. Avec clarté, il fait des liens avec la crise climatique et notre incapacité à sortir du déni. Il parle aussi de l’ego de façon plutôt rare pour quelqu’un avec sa notoriété : « L’ego nous fait dévier de la réalité objective, cohérente. »

Bref, une entrevue qui aide à comprendre dans quel pétrin nous nous sommes fourrés à l’échelle planétaire avec énormément de variables inconnues devant un adversaire incontrôlable qui va pomper l’électricité comme jamais. Slow clap.

Et si la consommation en électricité des centres de données au Québec vous intéresse (Bengio en parle à la fin de son entrevue), voici une carte mise à jour avec les chiffres et huit parties sur « les enjeux des centres de données ».

Pour un regard humoristique et lucide sur tous ces enjeux mondiaux qui allient le capitalisme à l’IA, je laisse l’animateur et satiriste John Stewart clore le chapitre. Tout est dit.

Angles morts et HPI

Tu me demandes ce qui me permet de décrocher de cette époque improbable de l’histoire de l’humanité où chaque jour est un épisode de Black Mirror ? En ce moment, je nourris un intérêt aussi balsamique qu’inexplicable pour les comédies policières.

Cela a commencé avec HPI. Haut potentiel intellectuel, série française qui m’a complètement charmée grâce à Morgane, une neurodivergente jouée avec brio par Audrey Fleurot. Succès canon pour ce personnage à sa sortie en 2021 jusqu’en 2025, en France.

Et quel personnage ! Un mélange de Colombo et de Dolly Parton qui parle l’argot et ressemble à une cagole (Marseillaise un peu vulgaire et extravertie). Bref, cette femme de ménage à HPI arrive à résoudre des enquêtes grâce à son QI de 160. Morgane est allergique à l’autorité (très HPI, ça), est hypersensible aussi et finit par devenir consultante du bureau d’enquêtes judiciaires de Lille, dans un milieu où les rebelles ne sont pas les bienvenus. Comme elle est aussi mère de famille monoparentale de trois enfants, c’est du croustillant. Je me suis abonnée à Illico+ juste pour visionner les deux dernières saisons ; les trois premières sont aussi sur ICI Tou.tv Extra.

Ordonnance du Dr Blanchette.

Et sur ICI Tou.tv aussi, j’en suis à la moitié de la nouvelle comédie noire (aussi policière) Angles morts écrite par Jacques Davidts (Les mecs, Les Parent) et Normand Daneau. Le trio de comédiens Pier-Luc Funk, Mani Soleymanlou et Guillaume Cyr est délicieux. « L’intelligent, le peureux et le trou de c** », a résumé Pier-Luc Funk au sujet de leurs rôles respectifs. Pascale Montpetit brille en inspectrice aux remarques profondes et drolatiques.

Ils sont croches, mais pas trop, surtout maladroits et terriblement… humains. La série est bien écrite et je m’esclaffe souvent. Du caramel salé avant le dodo.

Six portraits en noir et blanc, par Robert Morin

Si vous avez besoin d’une bouffée de réel ou vous avez voté solidaire, si vous avez aimé le livre de Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir (mon libraire me dit qu’il se vend encore très bien ; parlez-en en bien, parlez-en en mal…), que vous vous intéressez au parcours des réfugiés et migrants, le dernier film de Robert Morin est un bijou, entre documentaire expérimental et récit humain.

À Rome, on suit, tour à tour, trois femmes et trois hommes venus d’Afrique : Patience (et sa famille) et Joan (seule avec ses trois jeunes enfants) dans des squats ; Destiny, Steve et Souleymane dans des appartements ; Mamadou dans un parc. « Marcher, comme si c’était toi seul qui marchais. Quand tu vois la vie comme ça, elle est très belle, elle est très très belle », affirme Mamadou, qui se lave dans la fontaine du parc.

Ce film plutôt silencieux suit le quotidien de chaque personne, la survie quotidienne brutale, sans thèse sociologique, sur fond d’extrême droite italienne anti-immigration, avec le film Le voleur de bicyclette en arrière-plan durant l’après-guerre à Rome. Une réussite, ces 6 portraits néoréalistes ! À voir rapido !

Le pied-de-roi

Cette semaine, mon B a hérité du pied-de-roi ayant appartenu à son arrière-arrière-grand-père François-Xavier Mercier, menuisier. Ma mère lui a offert cette règle pliante en bois pour ses 23 ans.

FX et sa femme, « Mam’ », tenaient aussi la « Salle à manger Mercier » durant l’été dans les années 1930, pour accueillir les Américains et les noces à Cap-des-Rosiers, dans ce qui deviendra le parc Forillon en 1970.

J’ai envoyé à mon B une photo d’un rabot de FX que j’ai conservé et celle du menu à 35 cennes (homard et morue du jour) de sa femme, la mère de ma grand-mère Alvine.

Mon père conservait tout du passé, les antiquités, les objets qui parlent et racontent une histoire. Aujourd’hui, à mon tour, je transmets cette histoire à mon fils.

Dans cette époque formidable où l’on nous annonce la fin du monde à toutes les trois stories, ces objets qui ont traversé un siècle rassurent et nous rappellent plusieurs choses : batèche que l’obsolescence est bel et bien programmée ! (Vous vous attendiez à une chute plus philosophique, je sais.)

L’époque des paparmanes et des lunes de miel

Mais oui, j’ai lu et aimé le livre hybride de Ti-Von, Yvon avant Deschamps, d’Annie Deschamps, dessiné par Sampar et chapeauté par Tristan Demers. L’humoriste Yvon Deschamps a l’âge qu’aurait eu mon père, né à Montréal au milieu des années 1930. Et il n’y a rien que j’aimais tant que d’écouter les souvenirs de collège et d’enfance de mon père, un conteur.

J’aurais souhaité plus de réalité ; le Jell-O qui fige la nuit dans la chambre frisquette des garçons, c’est aussi le temps de la guerre, de la misère, de la crise, et pas seulement des bonbons à la cenne.

Le résultat plaira à Luc… juste du positif et une facture populaire.

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