Réchauffement climatique : santé, assurances, énergie… Comment le Fédéral peut-il adapter notre pays ?

L’été 2026 l’a encore démontré, face au réchauffement climatique, la Belgique souffre à de multiples niveaux. Avec des conséquences mortelles comme l’a souligné début septembre l’Institut de Santé publique Sciensano. Le stress thermique constitue le principal danger pour lequel une série d’adaptations peut être réalisée, parfois à peu de frais.
A l’automne 2025, le Centre d’analyse du changement climatique (CERAC) avait déjà publié la première évaluation belge des risques climatiques, qui recensait 28 risques prioritaires. Cette étude-ci en retient dix relevant des compétences fédérales, dont six sont élevés au rang d’urgence : la possibilité d’assurer les habitations situées dans des zones exposées aux inondations, le stress thermique et les risques liés à la santé, les infrastructures énergétiques, la santé mentale, la cohésion sociale et les inégalités et enfin la continuité des services hospitaliers.
Le secteur le plus exposé est celui de la santé. A la fois la santé des citoyens dans leur routine quotidienne mais aussi la capacité des hôpitaux à absorber les chocs et à maintenir une activité continue. Un véritable défi pour les autorités fédérales qui bénéficient néanmoins d’une série de leviers activables et dont l’action serait transversale.
Samuel Lietaer travaille sur ces questions d’adaptation pour le SPF Santé et Environnement. Il avance quatre éléments pour réduire l’impact du stress thermique pour la santé publique : "On pense notamment à encourager l’intégration de la chaleur et de l’ozone dans les analyses de risques professionnels. Mais aussi mettre en place des systèmes d’alerte précoce et de réponses ciblées pour la protection de la population active ; réorganiser les professions les plus vulnérables et enfin utiliser aussi des scénarios climatiques futurs dans les cahiers de charge des bâtiments fédéraux notamment. Tout ça, ce sont vraiment des mesures concrètes à prendre assez rapidement".
Par professions plus vulnérables, il faut ici comprendre aux travailleurs et travailleuses les plus exposées : les personnes qui travaillent sur les toitures, les jardiniers, le secteur de la construction en général, etc. Reste qu’au niveau fédéral, une série d’aménagements peut être mise en place pour les fonctionnaires fédéraux via l’adaptation des bâtiments fédéraux (ils sont au nombre de 9000). Les exigences pour atteindre des bâtiments publics plus résilients et plus confortables devront donc intégrer les projections climatiques futures.
Dans les hôpitaux, formation et prévention en maîtres-mots
Cet été, les vagues de chaleur ont provoqué un afflux de patients dans certains hôpitaux. Déshydratation, surchauffe, les salles d’attente et les urgences n’avaient semble-t-il plus connu cela depuis les premiers mois de la pandémie de Covid. Dans les couloirs, le personnel s’est démené. Fatigué par le travail, essoré par des températures suffocantes et des infrastructures peu adaptées. Mais plus largement – et le journal Le Soir le rappelait récemment – cet été a suscité un certain nombre de questions sur l’impréparation des structures hospitalières et sur l’organisation des services.
Face à des inondations ou des canicules prolongées, les hôpitaux feraient face à des perturbations telles que des pannes d’électricité, de climatisation, d’approvisionnement en eau et de transport, tout en entraînant une augmentation de la demande de chacun de ces services.
Dans son étude, le SPF a justement analysé les adaptations possibles et avance une réponse en trois temps : alerter, former et stocker. Samuel Lietaer évoque ainsi "le développement de systèmes d’alerte ciblés pour les hôpitaux, avec comme objectif d’examiner comment des avertissements relatifs aux vagues de chaleur et aux inondations peuvent être traduits en informations opérationnelles concrètes, afin de permettre aux hôpitaux de se préparer à temps aux éventuelles perturbations".
Autre élément clé : préparer le personnel. Déjà habitués à travailler dans l’urgence et le stress, les praticiens et praticiennes devraient être plus souvent confrontés à des situations de rush avec parfois peu de temps de récupération entre elles. "L’élaboration de lignes directrices pour la formation et la préparation du personnel hospitalier aux situations d’urgence, notamment liées aux vagues de chaleur et aux inondations est une priorité" plaide Samuel Lietaer, "regarder comment mieux préparer les professionnels de santé aux situations compliquées, quand ils sont mis sous pression, par exemple en raison de phénomènes météorologiques extrêmes ou quand elles ont affaire à une réduction des effectifs disponibles".
La continuité des services passera également par les réserves de matériel et de médicaments. Les pannes d’électricités ou les problèmes d’accessibilité en cas d’inondations pourraient priver les patients du nécessaire médical. Il faut être attentif "à mieux sécuriser les ressources critiques telles que les médicaments, les gaz médicaux, les réserves d’eau, les installations de stockage. Et puis, Il y a donc surtout des lignes directrices qui doivent être cohérentes avec les plans d’urgence et de continuité déjà en place dans le secteur hospitalier".
L'adaptation n'échappe pas à la lasagne institutionnelle
Paradoxalement, cette étude a pour avantage et pour inconvénient de concentrer sa réflexion sur le niveau fédéral. Exit donc les adaptations liées à l'eau, l'air ou encore l'aménagement du territoire. Autant de compétences relevant du niveau régional. L'idée n'est donc pas ici d'avoir une vue globale sur l'ensemble des adaptations nécessaires pour notre pays pour un climat à +3°C d'ici 2050.
L’étude souligne également que l’adaptation au changement climatique constitue un défi transversal qui nécessite une coopération entre les différents niveaux de pouvoir et secteurs. Les soins de santé, la protection sociale, l’approvisionnement énergétique, la gestion de crise et les politiques d’infrastructures jouent à cet égard un rôle important.
Ces propositions seront évaluées par les administrations fédérales au regard de leur efficacité, de leur faisabilité et de leur coût.
L'étude formule également des propositions pour limiter les conséquences des catastrophes climatiques sur le marché des assurances. Les inondations répétitives mettent notamment le marché des assurances immobilières sous pression étant donné que l'augmentation du nombre de sinistres pourrait mener à des primes impayables et au risque que les habitations ne puissent plus être assurées, à terme. Pour remédier à ce problème, le rapport propose d'instaurer une mesure pour certifier les habitations. Une série d'habitations pourront donc bien être assurées et d'autres pourraient bénéficier d'une prime moins importante.
Une adaptation certes, mais à quel prix ?
Ces propositions d’adaptation au niveau fédéral constitueraient bien évidemment un certain coût pour l’Etat belge. Les experts consultés par le SPF pour cette étude n’ont malheureusement pas établi de comptes très précis. Samuel Lietaer explique ainsi que "nous avons des indications de budget de coûts directs et indirects et des bénéfices mais on ne peut pas vraiment actuellement chiffrer de manière précise le budget de chaque mesure puisqu’il y a toujours une marge de manœuvre en fonction des décisions qui seront prises, avec parfois de grandes différences. Au niveau de la méthode de calcul aussi, il y a de grandes différences".
Si le coût de l’inaction a déjà été évalué par rapport à des événements passés (quelque 5 milliards pour l’été 2021 et les inondations dans la vallée de la Vesdre ou environ 6 milliards pour les vagues de chaleur à l’été 2026), celui de l’adaptation reste incertain. Le Cerac, dans son rapport de 2025, insistait sur le coût moins élevé de l’adaptation par rapport à celui de l’inaction.
Le plan actuel prend fin en 2026 et fera l'objet d'une évaluation d'ici là.
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