L’OSM à San Francisco, avec poigne et courage
L’Orchestre symphonique de Montréal débutait, dimanche, sa tournée californienne avec un concert au Louise M. Davies Symphony Hall de San Francisco. Reprenant la 10e Symphonie de Chostakovitch, œuvre phare de la tournée européenne, l’orchestre montréalais s’est distingué par son abnégation, la fatigue du voyage n’entamant pas le brio de sa prestation.
« La dernière fois que nous étions dans cette salle de San Francisco, c’était en 1989. Il venait d’y avoir un tremblement de terre [le 17 octobre 1989]. Nous sommes encore trois, je crois, dans l’orchestre à avoir fait ce concert », me raconte dans l’avion Timothy Hutchins, le célèbre flûtiste de l’Orchestre symphonique de Montréal.
Les tournées ont beau être rares (ici) et prestigieuses, elles ne sont pas de tout repos. En pratique, il y a la cadence, les correspondances, les transferts et le décalage horaire.
Le coup d’envoi sur la côte ouest en est une parfaite illustration. Les villes font rêver : San Francisco, Los Angeles, San Diego. Mais quand on prend l’avion vers 18 heures un samedi à Montréal pour aboutir à l’hôtel à 22 h 30, heure locale (1 h 30 du matin à Montréal) à San Francisco, et qu’on doit se trouver sur scène dès 14 heures le lendemain pour briller de ses plus beaux feux dans un programme comprenant notamment la 10e Symphonie de Chostakovitch, on peut décemment appeler cela un sérieux défi.
Énergie
Car il faut mobiliser une énergie colossale pour véhiculer la violence et la terreur qui traversent cette partition. Une fois de plus, nous nous disions qu’aucun créateur, même actuel, ne dépeignait avec autant d’acuité la barbarie subie par le peuple ukrainien ces dernières années et, plus encore, ces dernières semaines. Pour restituer une telle oppression, il ne faut rien lâcher. À aucun moment.
Afin de vivre de l’intérieur cette 10e de Chostakovitch, nous sommes allés nous installer à la corbeille, juste derrière les contrebasses. Nous avons vu comment, par ses gestes, Rafael Payare ne laissait aucun répit aux musiciens tout en stimulant la motivation collective en indiquant clairement ses priorités expressives et de balance.
De facto, en dépit du contexte, on retrouvait, grâce au professionnalisme et à l’engagement sans faille d’un orchestre ardent — qui ne laissait rien paraître d’une fatigue bien légitime —, toutes les lignes de force et la vision fouillée du chef, offerte à une salle conquise.
En première partie, le violoniste Leonidas Kavakos a repris le Concerto pour violon de Tchaïkovski tel qu’il l’avait défendu à Montréal, avec les nuances infinitésimales du deuxième mouvement et le tempo mordant du Finale. Il s’est offert une petite frousse au début de l’œuvre, mais ce fut un incident isolé, bien vite oublié.
La suite du périple se déroulera de manière plus classique. L’OSM, qui a rallié Los Angeles dès dimanche soir, y jouera mardi avant de gagner San Diego mercredi pour deux représentations, jeudi et vendredi, la dernière étant partagée avec l’autre orchestre de notre directeur musical.
Christophe Huss est l’invité de l’Orchestre symphonique de Montréal.
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