Une onde océanique menace-t-elle les côtes de la Colombie-Britannique?
Une vague d’eau chaude sous-marine presque imperceptible remonte vers le nord, en direction de la Colombie-Britannique, où elle pourrait arriver dès la mi-octobre.
Connue sous le nom d’« onde de Kelvin », cette masse d’eau qui se déplace lentement ne déferlera pas sur les côtes comme un tsunami et ne provoquera pas non plus de marée exceptionnellement haute submergeant les plages. Les scientifiques surveillent plutôt son arrivée en observant des changements moins visibles dans l’océan : une élévation du niveau de la mer le long des côtes, une hausse des températures ainsi que des modifications des courants et de la structure des eaux océaniques.
Pour Jordan Watson, directeur scientifique par intérim d’Ocean Networks Canada, l’arrivée de cette onde constitue une occasion de mettre à l’épreuve un programme de surveillance des océans, le Système intégré d’observation des océans du Canada. Celui-ci combine les données recueillies par des instruments immergés et celles provenant de satellites afin de dresser un portrait global des températures et des mouvements des masses d’eau à l’échelle planétaire. Or, ce que M. Watson observe cette année l’inquiète.
« Un épisode El Niño particulièrement intense peut entraîner une cascade de conséquences qui persistent pendant plusieurs années », explique-t-il. Parmi celles-ci figurent des modifications des régimes de précipitations et des tempêtes, des sécheresses et des inondations, ainsi qu’un réchauffement des eaux océaniques, comme celui associé à une onde de Kelvin, susceptible de perturber les réseaux alimentaires marins et de toucher les communautés côtières.
À elle seule, l’onde de Kelvin présente probablement relativement peu de dangers. Mais cette année, elle survient alors que les températures océaniques sont déjà élevées sous l’effet des changements climatiques. Cette combinaison multiplie les risques pour les pêcheries, les écosystèmes marins et les communautés du littoral.
Qu’est-ce qu’un super El Niño et quel est son lien avec les ondes de Kelvin ?
En temps normal, les alizés qui soufflent sur le Pacifique tropical poussent les eaux chaudes de surface vers l’ouest, en direction de l’Asie et de l’Australie. Parallèlement, des eaux froides et riches en nutriments remontent des profondeurs le long des côtes de l’Amérique du Sud.
Lors d’un épisode El Niño, ces vents faiblissent, permettant aux eaux chaudes de surface de se propager vers l’est, à travers le Pacifique, en direction des Amériques.
Lorsque cette masse d’eau chaude atteint les côtes, une partie de son énergie se propage vers le nord et vers le sud, le long des littoraux nord-américain et sud-américain, sous la forme d’ondes de Kelvin piégées contre les côtes.
Plutôt que de produire une vague déferlante, une onde de Kelvin réchauffe les eaux côtières, perturbe la remontée des eaux froides riches en nutriments et provoque une élévation temporaire du niveau de la mer le long du littoral.
Des risques qui se multiplient
Le réchauffement des eaux océaniques représente une menace évidente pour la faune et la flore, mais ses répercussions peuvent aussi se propager en cascade, touchant les pêcheries, les économies et les communautés du littoral, voire celles de l’intérieur des terres.
Le saumon, par exemple, souffre du réchauffement des eaux côtières lorsque celui-ci perturbe les réseaux alimentaires riches en nutriments dont il dépend pour grandir et survivre en mer. En Colombie-Britannique, où les populations de saumons sont déjà en déclin, ces menaces supplémentaires suscitent des inquiétudes en raison de l’importance économique et culturelle de cette espèce.
« Il faut tenir compte des répercussions possibles sur les populations de saumons, mais aussi sur les modes de vie traditionnels et les activités de subsistance », souligne M. Watson.
Autre source d’inquiétude : l’onde de Kelvin arrive au moment même où la Colombie-Britannique entre dans la saison des tempêtes hivernales. En se conjuguant à un niveau de la mer déjà rehaussé par les changements climatiques, aux grandes marées, aux ondes de tempête et aux fortes vagues, elle pourrait accroître les risques d’inondations côtières provoquées par la combinaison de plusieurs phénomènes, ainsi que d’érosion du littoral.
Autrement dit, si le passage de l’onde de Kelvin coïncide avec d’autres phénomènes météorologiques hivernaux, comme une rivière atmosphérique, les communautés côtières pourraient subir de graves inondations.
Résidences et entreprises aux aguets
Cette perspective est particulièrement préoccupante pour les propriétaires résidentiels et les entreprises puisque, selon le Bureau d’assurance du Canada, la plupart des polices d’assurance habitation et entreprise « ne couvrent pas les dommages causés par les inondations côtières ou les ondes de tempête ».
Les conséquences exactes de l’onde de Kelvin en Colombie-Britannique dépendront des conditions qui prévaudront au moment de son arrivée. C’est précisément cette incertitude qui pousse les scientifiques à mettre leurs nouveaux outils à l’épreuve et à surveiller la progression des eaux chaudes.
« Ce qui m’inquiète, c’est que les effets d’El Niño viennent s’ajouter au réchauffement des eaux et aux pressions que subissent déjà les écosystèmes », explique M. Watson.
« La population doit se préparer. »
Cet article a été traduit par la rédaction du Devoir à l’aide d’un outil d’intelligence artificielle après avoir d’abord été publié en anglais dans le Canada’s National Observer.
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