Rivière des Mille Îles | Mauvaise surprise sous un nouveau pont

(Rosemère) La rivière des Mille Îles ne s’écoule plus entre Rosemère et l’île Bélair depuis que le pont de la route 117 a été refait, mais le ministère des Transports nie toute intervention dans le cours d’eau et le ministère de l’Environnement reconnaît n’avoir fait aucun suivi du chantier.
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« C’est du remblai, à 100 % », assure Martin Vidal, qui se tient debout sur un amas de gravier bloquant complètement l’écoulement de la rivière, sous le pont tout neuf rouvert à la circulation en juin 2025, après un an de travaux.
« Tu vois bien que ce n’est pas naturel », lance le résidant du coin, qui navigue depuis plus de 35 ans sur la rivière des Mille Îles, en pointant les barrières de sédiments laissées sur place et des sacs de sable çà et là.
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PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE
L’amas de gravier bloquant l’écoulement de la rivière se trouve sous un pont de la route 117, à Rosemère.
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PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE
En plus de gravier et de cailloux, des débris en tous genres jonchent les berges de la rivière, sous le pont.
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PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE
Ce passage de la rivière était emprunté par la clientèle du parc de la Rivière-des-Mille-Îles pour éviter le courant et les vents du chenal de navigation principal et limiter les interactions avec les embarcations à moteur, avant les travaux.
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PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE
Des résidus s’accumulent de part et d’autre de la barrière de remblai.
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« J’ai l’impression qu’ils ont jeté ce qui leur restait en dessous du pont, en pensant que personne ne s’en rendrait compte », s’étonne M. Vidal, alors qu’une aigrette fait le guet, non loin, dans l’eau devenue stagnante.
Manifestement une intervention humaine
Une intervention humaine est manifestement en cause, juge le biologiste Alexandre Choquet, directeur de la conservation et de l’éducation du parc de la Rivière-des-Mille-Îles, pointant la présence de sédiments grossiers et l’aspect du haut fond, qui concorde avec l’emplacement du pont.
Ce passage de la rivière était emprunté par la clientèle du parc pour éviter le courant et les vents du chenal de navigation principal et limiter les interactions avec les embarcations à moteur, avant les travaux.
PHOTO FOURNIE PAR MARTIN VIDAL
Martin Vidal empruntait le passage de la rivière des Mille-Îles sous le pont de l’île Bélair avant sa réfection, notamment en kayak, avec sa femme.
« On a toujours pu passer sous ce pont-là », même quand le niveau était bas, indique M. Choquet.
Il y a eu un changement dans l’environnement.
Martin Vidal empruntait aussi ce passage avant les travaux, notamment en kayak, avec sa femme, mais aussi avec son bateau hydropropulsé (communément appelé jetboat), qui a un tirant d’eau de 20 centimètres (8 pouces).
Lui-même a signalé le problème au ministère de l’Environnement, en juillet 2025, quelques semaines après la fin du chantier de 10,6 millions de dollars, mais son signalement est resté sans suite.
Au moins trois accidents d’embarcations à moteur ont aussi été rapportés aux autorités depuis la réouverture du pont, notamment de motomarines.
Pas lié aux travaux, dit le ministère des Transports
Le ministère des Transports et de la Mobilité durable nie toute responsabilité quant à l’état actuel de la rivière des Mille Îles sous le pont de l’île Bélair.
« L’ensemble des ouvrages temporaires installés pour la réalisation de ces travaux a été retiré [et] aucune anomalie liée à l’écoulement de l’eau sous le pont n’a été observée », a déclaré sa porte-parole, Sophie Paquet.
« Le lit de la rivière n’a fait l’objet d’aucune modification », ajoute Mme Paquet, pointant que le niveau d’eau actuel est attribuable à la régulation de la rivière par le barrage du Grand-Moulin et par les faibles précipitations reçues récemment.
« Le niveau de l’eau est bas, mais pas anormalement bas non plus », rétorque Alexandre Choquet, rappelant que l’eau s’est toujours écoulée toute l’année dans ce secteur, même en période d’étiage.
Le Ministère dit avoir dépêché une de ses biologistes pour vérifier l’état des lieux et ajoute que ses « analyses se poursuivent afin d’éclaircir la situation ».
Pas de suivi du chantier
« Aucun suivi de conformité n’a été effectué sur le site pendant l’exécution des travaux » par le ministère de l’Environnement du Québec, a indiqué son porte-parole Frédéric Fournier.
Le Ministère ajoute n’avoir reçu « aucun signalement recevable » concernant les travaux et n’a donc pas mené de vérifications après le signalement fait par Martin Vidal, en juillet.
Le ministère de l’Environnement a refusé de transmettre l’autorisation délivrée au ministère des Transports pour la réfection du pont, invitant La Presse à recourir à la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels pour l’obtenir.
Une autorisation fédérale n’était par ailleurs pas requise pour ces travaux, Pêches et Océans Canada ayant estimé que « les impacts sur l’habitat [du poisson] seraient minimes, à condition de mettre en œuvre les mesures d’atténuation prévues », a expliqué à La Presse sa porte-parole, Ariane Charette.
Le chevalier cuivré, un poisson menacé qui ne vit que dans le sud du Québec, occupe notamment le secteur.
Pêches et Océans Canada n’a pas non plus réalisé de suivi pendant ou après les travaux, a indiqué Mme Charette.
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