Exposés à la fumée de feux de forêt, des papillons développent des malformations
La fumée des feux de forêt aurait des effets sur les insectes qui la respirent, selon une étude menée presque par hasard sur des papillons de nuit en Abitibi par deux chercheuses de l’Université Concordia. Cette première étude du genre pourrait inspirer les chercheurs à étudier plus largement les effets des feux de forêt sur la biodiversité, croit l’une d’elles.
C’est en juin 2023, alors que les feux de forêt ravagent une partie du Québec, que les chercheuses Emma Despland et Rosa Alicia Castillo Salazar tentent de se rendre en Abitibi pour effectuer une étude sur les populations de chenilles et sont arrêtées par la Sûreté du Québec. Impossible de poursuivre leur route. Rosa Alicia Castillo Salazar se souvient alors d’un drôle de phénomène rencontré lors d’un voyage en Malaisie. La mauvaise qualité d’air avait nui au développement des papillons d’un refuge qu’elle avait visité. L’idée lui vient alors de récolter des chenilles près des incendies, et de comparer leur croissance à celui de chenilles récoltées avant le début des feux.
Résultat ? Les chercheuses remarquent que les chenilles (des tordeuses des bourgeons de l’épinette) exposées aux feux ont deux fois plus de risques de présenter des malformations au cours de leur croissance que les autres. On parle entre autres d’ailes repliées ou complètement absentes après leur transformation en papillon de nuit.
« On sait que la fumée des feux de forêt, ça a une incidence sur la santé. Mais il ne faut pas supposer que la qualité de l’air a une incidence seulement sur l’être humain. On peut s’imaginer qu’il y a des effets sur la respiration et la santé de tous les animaux qui la respirent », explique Emma Despland. « Nous, on l’a mesuré chez les insectes. »
Leur étude n’apporte pas encore d’explication du phénomène, mais pousse à la réflexion, croit-elle.
« Rien de naturel »
Les feux de forêt font naturellement partie du cycle de renouvellement de la forêt boréale. Mais leur fréquence dans les dernières années n’a rien de naturel, rappelle Mme Despland. « Récemment, ce qu’on a vu aux États-Unis, l’an dernier, par exemple, ça dépasse largement les circonstances classiques. »
Transportée sur des centaines de kilomètres, la fumée de ces feux nuit à la qualité d’air des villes avoisinantes. « Les répercussions de la fumée sur la santé humaine, c’est un gros enjeu. » Mais ses effets sur les animaux demeurent moins étudiés, affirme la chercheuse. « Je ne pense pas que l’effet de la fumée sur les insectes soit une question aussi importante. Mais je pense que ça nous ouvre l’esprit, ça nous fait réfléchir et ça nous fait nous rendre compte que la diminution de la qualité de l’air a, oui, une incidence sur la santé humaine, mais aussi globalement sur la biodiversité. »
S’il est prématuré de conclure que la fumée menace les populations d’insectes, l’étude menée par l’équipe de Concordia et publiée dans la revue Environmental Science and Pollution Research, pousse tout de même à la réflexion sur ses effets sur le développement des populations d’insectes. « On continue les travaux en laboratoire pour essayer de voir un peu mieux les mécanismes et tester ça dans un environnement plus contrôlé. »
Ce contenu est réalisé en collaboration avec l’Université Concordia.
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