Ce que le tsunami bleu peut apprendre aux progressistes d’ici
La coalition qui avait ramené Donald Trump au pouvoir en 2024 vient de fondre. Les démocrates ont repris la Chambre des représentants et le Sénat, en l’emportant jusqu’au Texas, en Caroline du Sud et même au Kansas.
Ce rejet massif de Trump ouvre la porte à une nouvelle génération de démocrates. Les forces progressistes au Canada et au Québec auraient intérêt à les surveiller.
Je suis un militant progressiste de longue date aux États-Unis. J’ai grandi sur un chemin de terre, dans un comté républicain. En 2024, en faisant du porte-à-porte pour Kamala Harris dans mon État natal, le Michigan, j’avais ressenti la frustration des électeurs épuisés par le coût de la vie, qui réclamaient une rupture.
À l’époque, Trump incarnait cette rupture. En 2026, dans les rues où je voyais des pancartes de Trump, j’ai vu cette semaine celles d’Abdul El-Sayed, élu mardi au Sénat. En soi, c’est simple à comprendre. Trump a alourdi la facture des familles avec ses tarifs et le prix de l’essence, tout en priorisant des rénovations à la Maison-Blanche.
Mardi, les Américains l’ont puni, mais il faut rester lucide. Trump a été rejeté, mais les électeurs ne se sont pas ralliés pour autant à la marque démocrate : moins de la moitié d’entre eux en ont une opinion favorable, selon l’AP Voter Poll.
En 2028, le rejet de Trump ne suffira pas. Les démocrates devront incarner une nouvelle offre et tourner la page sur les logiques d’austérité qui dominent le parti depuis quatre décennies et délaisser une politique centrée sur les identités, qui a elle aussi échoué.
Ce qui me donne espoir, c’est l’émergence d’une génération de démocrates qui maîtrise les communications numériques et la mobilisation sur le terrain. Deux nouveaux sénateurs l’incarnent.
Au Texas, James Talarico, ancien enseignant et séminariste, a remporté la course sénatoriale la plus chère de l’histoire des États-Unis, malgré plus de 200 millions de dollars américains d’Elon Musk pour faire élire son adversaire. Il a mis fin à plus de trente ans de domination républicaine avec un discours qui dépasse les lignes partisanes.
Au Michigan, mon État natal, on se demandait si les gens étaient prêts à élire un musulman au Sénat. La réponse est oui : Abdul El-Sayed, médecin progressiste et fils d’immigrants égyptiens, deviendra le premier musulman à y siéger. À la primaire, des groupes extérieurs ont dépensé plus de 60 millions de dollars américains pour lui barrer la route. À l’élection générale, il a été dépassé en dépenses dans la course la plus chère de l’histoire du Michigan et visé par une campagne ouvertement raciste.
Talarico et El-Sayed ont tenu bon. Ils ont misé sur une offre en phase avec les besoins des gens, des centaines d’événements publics, une présence constante sur les réseaux sociaux et des milliers de bénévoles qui ont frappé à des centaines de milliers de portes.
Pour les progressistes canadiens et québécois, la leçon de ce tsunami bleu aux États-Unis est surtout politique.
Les forces progressistes d’ici sont en panne. Le Nouveau Parti démocratique a perdu son statut de parti reconnu en 2025, Québec solidaire peine à sortir de ses bastions et l’aile progressiste libérale s’est effacée derrière un Mark Carney que plusieurs voient comme l’héritier de Stephen Harper.
Trop souvent, les progressistes cherchent leurs réponses dans les groupes de réflexion, les organisations de la société civile et les débats entre convaincus. L’offre politique doit s’adapter aux besoins des gens autant que la méthode. Il faut faire autrement : aller chercher les gens à leur porte comme sur leurs écrans.
Les démocrates de cette nouvelle génération ont su trouver leurs réponses auprès des gens. Ils parlent de loyer, d’épicerie et de soins de santé. Ils adaptent leur langage et se servent des réseaux sociaux pour mobiliser, puis envoient des milliers de bénévoles frapper aux portes.
La nouvelle ère qui s’ouvre chez nos voisins invite les forces progressistes du Québec et du Canada à revenir à l’essentiel : parler des vrais problèmes des gens, avec une offre concrète pour améliorer leur quotidien et notre société.
L’écart de richesse se creuse au Canada. Les détenteurs d’actifs s’enrichissent, alors que près de la moitié des Canadiens disent vivre d’une paie à l’autre. Ce fossé témoigne de l’échec des politiques des partis au pouvoir, et il ouvre un espace aux progressistes.
Apprenons de ce qui vient de se passer aux États-Unis. Il est plus que temps que les progressistes renouent avec la base, partout au Québec et au Canada, surtout là où ils se sentent moins à l’aise.
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