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Monday, November 2, 2026

De nouvelles turbines pourraient sauver la vie de milliers d’anguilles

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Chaque année, les turbines des centrales hydroélectriques tuent des milliers, voire des dizaines de milliers d’anguilles qui dévalent le fleuve Saint-Laurent. Une solution vient d’être proposée pour mettre un terme à ce carnage.

L’anguille d’Amérique est un poisson migrateur qui peut atteindre un mètre de longueur. Son abondance a beaucoup diminué au Québec et en Ontario par rapport à son niveau historique. De nos jours, le turbinage hydroélectrique est l’une des plus graves pressions qui s’exercent sur l’espèce. Selon une étude de 2003, les turbines des complexes hydroélectriques de Beauharnois-Les Cèdres, au Québec, et de Moses-Saunders, à cheval entre l’Ontario et l’État de New York, tuent cumulativement 40 % des anguilles qui dévalent le fleuve Saint-Laurent à partir du lac Ontario.

« Imaginez si c’étaient des oies blanches tuées par des éoliennes. On ne tolérerait pas de voir le sang rouge sur les pales… », a fait valoir Pierre Lizotte, un pêcheur d’anguilles récemment rencontré par Le Devoir à Rivière-Ouelle, au Bas-Saint-Laurent.

Or, l’entreprise californienne Natel Energy développe depuis des années une turbine hydraulique plus sécuritaire pour les poissons. Le 29 septembre, elle a publié un rapport qui illustre le potentiel transformateur de sa technologie pour les anguilles du Saint-Laurent. Son étude de modélisation numérique, financée grâce à un fonds administré par le gouvernement américain, conclut que la nouvelle turbine pourrait réduire à moins de 2 % la mortalité des anguilles qui la traversent. Et cela, sans réduire la production d’électricité.

« On veut éliminer le compromis qui survient, lors de la modernisation des centrales hydroélectriques, entre la génération d’électricité et la protection des poissons », explique au Devoir Gia Schneider, qui a fondé Natel Energy en 2009 avec son frère Abe Schneider.

L’entreprise compte aujourd’hui quatre petites turbines en service : au Maine, en Oregon, en Autriche et en France. Elle a décroché des contrats de conception de turbines auprès de 16 entreprises de production d’électricité dans le monde, selon Mme Schneider.

Défi de taille

Le nouveau rapport porte spécifiquement sur la centrale électrique St. Lawrence-Franklin D. Roosevelt, une grosse installation de 940 mégawatts située du côté américain du barrage Moses-Saunders. Son propriétaire, la New York Power Authority (NYPA), a collaboré à l’étude.

Les turbines hydrauliques conventionnelles tuent des poissons pour des raisons assez évidentes : le bord d’attaque de leurs pales est mince et l’extrémité de ces pales tourne à plus de 100 km/h. Les longs poissons, comme les anguilles, sont les plus à risque.

Pour rendre sa turbine plus sécuritaire, Natel propose une conception aux bords d’attaque arrondis, épais d’environ 50 centimètres. Leur angle de 35° réduit par ailleurs la sévérité des collisions, selon l’entreprise. Cette turbine tourne à la même vitesse que celles qu’elle vise à remplacer, et sa masse est similaire. Au chapitre de la performance, les simulations réalisées par ordinateur prévoient une efficacité hydraulique atteignant 95 %, ce qui place la turbine dans les premières de classe malgré sa géométrie radicalement hors conventions.

La centrale St. Lawrence-Franklin D. Roosevelt et ses 16 turbines de 6 mètres de diamètre représentent un défi de taille pour Natel, qui doit adapter son concept aux particularités de cette grande installation. L’entreprise espère réaliser bientôt des tests à échelle réduite dans un bassin. Pour l’instant, la NYPA ne s’est pas engagée à acheter ses turbines.

En 2025, une étude menée par Natel et révisée par la communauté scientifique montrait que la turbine installée en Oregon n’avait provoqué aucune blessure grave chez des truites arc-en-ciel. Et selon Abe Schneider, un taux de survie de 99 % pour l’anguille européenne a été mesuré à sa turbine mise en service en France en avril.

Opération séduction

Maintenant que le développement de son produit est bien avancé, Natel veut vendre ses turbines. Ses deux fondateurs se rendent à Ottawa cette semaine pour la Semaine de l’hydroélectricité canadienne, un rendez-vous de l’industrie. Et Mme Schneider affirme que son entreprise a déjà eu « des conversations » avec Hydro-Québec.

Questionnée par Le Devoir, Hydro-Québec dit surveiller l’évolution des technologies de turbines, telles que celle proposée par Natel. Les résultats publiés par l’entreprise californienne sont « intéressants », reconnaît la porte-parole Lynn St-Laurent, mais demeurent des « résultats préliminaires issus de simulations numériques ». « Les taux de survie des poissons et la performance énergétique des centrales hydroélectriques doivent encore être confirmés par des essais et, ultimement, démontrés en conditions réelles d’exploitation », poursuit Mme St-Laurent.

Depuis quelques années, Hydro-Québec investit des milliards de dollars pour moderniser et rendre plus puissantes certaines de ses centrales hydroélectriques. Mme Schneider ne veut pas révéler le prix de ses turbines, mais elle assure que ses clients « ne payent pas de suppléments pour protéger les poissons ».

Le gouvernement du Québec estime que, dans la dernière décennie, quelque 150 000 anguilles dévalent chaque année l’estuaire du Saint-Laurent, en route vers la mer des Sargasses pour se reproduire. Des spécialistes ont estimé qu’en 1996, près de 70 000 anguilles ont été tuées par les turbines du complexe hydroélectrique de Beauharnois–Les Cèdres.

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