Cancer du sein : cet outil pourrait révéler les récidives que les tests actuels ne parviennent pas à prévoir

On ne le sait pas toujours, mais il n'existe pas qu'un seul type de cancer du sein. Derrière un même diagnostic, la maladie peut prendre des formes diverses, avec pour chacune des traitements et un pronostic différents.
Le cancer peut être pris à un stade précoce ou avancé (cancer in situ ou infiltrant), avoir touché les ganglions (atteintes ganglionnaires) ou d'autres organes (métastases). Les cellules cancéreuses peuvent aussi présenter ou non à leur surface des récepteurs qui définissent leur agressivité et les traitements qui devront être mis en place.
Quels sont les différents types de cancer du sein ?
Le cancer du sein est le plus fréquent et le plus meurtrier pour la femme. Il n'existe pas qu'une seule forme de cancer du sein et derrière un même nom, se cachent des réalités très différentes : cancer canalaire, lobulaire, hormonodépendant, HER2 ou triple négatif… Comment s’y retrouver pour mieux comprendre la maladie et ses traitements ?... Lire la suite
Si l'on retrouve des récepteurs aux hormones (œstrogène et progestérone), on parle de cancer « hormonodépendant » ou HR+ (Hormone Receptor positive) ; ce sont les plus fréquents. Si l'on retrouve des récepteurs HER2, une protéine qui contrôle la multiplication cellulaire, on parle de cancer « HER2 positif » ou HER2+. Si aucun de ces récepteurs n'est présent, c'est un cancer « triple négatif ».
Des récidives encore difficiles à prévoir
Dans tous ces cas, le risque de récidive fait partie des préoccupations centrales des oncologues pour décider du traitement, notamment la pertinence d'un traitement de chimiothérapie en plus de la chirurgie, de la radiothérapie ou de l'hormonothérapie. Mais comment l'évaluer et, ainsi, mieux le réduire ?
Des tests, notamment génétiques, existent bien. C'est le cas du test « Recurrence Score » appelé aussi Oncotype DX. Basé sur 21 gènes, il est utilisé par les professionnels de santé pour prédire la probabilité de rechute et évaluer si une patiente pourrait tirer un bénéfice d'une chimiothérapie adjuvante (visant à détruire les cellules cancéreuses restantes après une chirurgie). Malheureusement, il n'est pas ultra précis.
Par exemple, il n'est pas rare que des patientes atteintes d'un cancer du sein HR+/HER2 sans atteinte ganglionnaire, dont le résultat à l'Oncotype DX est suffisamment rassurant pour que l'on puisse envisager d'éviter une chimiothérapie adjuvante, finissent par développer une récidive cinq ans, dix ans ou même davantage après la chirurgie. En effet, les cellules cancéreuses peuvent rester dormantes pendant des années avant de devenir cliniquement apparentes.
Une IA entraînée sur des milliers de patientes
Une équipe de chercheurs américains a décidé d'utiliser des outils d'intelligence artificielle pour essayer de savoir s'il était possible de calculer plus précisément le risque de récidive. Ils ont entraîné un modèle IA - appelé IICM+ - avec les données de 2 808 patientes issues de l'essai clinique TAILORx sur le cancer du sein (analyses histopathologiques de biopsies, traitements reçus, récidives, etc.).
Toutes souffraient d'un cancer du sein HR+/HER2 détecté à un stade précoce et sans atteinte ganglionnaire. Si c'est ce type de cancer qui a été étudié, c'est parce qu'il regroupe 60 % de tous les décès par cancer du sein en raison de sa forte prévalence et du risque persistant de récidive au-delà de cinq ans.
Les scientifiques ont ensuite testé ce modèle sur les données d'un groupe distinct de 1 621 patientes également touchées par un cancer du sein.
Parmi les données utilisées pour entraîner les modèles d’IA, des images de coupes de tissus mammaires observées au microscope. © luchschenF, Adobe Stock
L’IA surpasse largement le test de référence
Leurs résultats, publiés dans la revue npj Breast Cancer, montrent que les performances du modèle IICM+ étaient particulièrement remarquables pour prédire une récidive du cancer du sein survenant plus de cinq ans après le diagnostic. Le modèle d'IA a affiché un indice C de 0,735 pour la prédiction de la récidive globale, contre seulement 0,578 pour l'Oncotype DX, soit une différence très significative.
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Certes, ce modèle doit encore être testé dans des populations de patientes plus vastes et indépendantes avant d'être utilisé en routine dans les centres de cancérologie. Mais ce premier résultat est très enthousiasmant. En effet, la récidive tardive est l'un des défis importants du cancer du sein hormonodépendant.
Vers de traitements plus personnalisés
En France, à l'institut Gustave Roussy, la Dr Ingrid Garberis travaille également au développement d'outils IA pour prédire la récidive de cancer du sein et adapter les traitements. Sur la base d'analyse de coupes de tissus mammaires scannées numériquement et de données cliniques, moléculaires ou d'imagerie obtenues lors du suivi de patientes, elle travaille avec son équipe à la constitution d'un énorme dataset qui sera utilisé pour entraîner un modèle d'IA destiné à mieux prédire le risque de rechute sur la base d'une analyse de biopsie.
« Actuellement, si une patiente a une maladie très agressive, on sait qu'on doit faire un traitement plus intense et si c'est une maladie plus indolente, on sait qu'on peut être plus conservateur dans le traitement, explique-t-elle. Mais il y a beaucoup de patientes qui sont dans un état intermédiaire et pour lesquelles il est très utile d'avoir justement des éléments qui vont nous permettre de mieux stratifier pour pouvoir adapter les traitements et aussi pour mieux suivre les patientes avec une fréquence adaptée. Ce sont de véritables outils d'aide à la décision. »
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