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Monday, November 2, 2026

Numéro deux du gouvernement | L’ascension de Catherine Gentilcore

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(Québec) Le souffle de Catherine Gentilcore se coupe lorsqu’elle franchit les portes dorées de l’édifice Price. La grande tour qui surplombe le Vieux-Québec abrite l’appartement de fonction du premier ministre. C’est au 17e étage que Paul St-Pierre Plamondon fait monter ceux qui accéderont au Saint des Saints.

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Dans le secret absolu, un chauffeur vient de la déposer au pied de l’immeuble Art déco. Le moment est solennel. Son complice des six dernières années l’attend dans une pièce lumineuse, décorée avec soin. « On ne fera pas de blague, ce que j’ai à te dire, c’est très sérieux, lui lance-t-il. La vice-première ministre, ça va être toi. Puis, c’est toi que je veux à côté de moi. »

Le temps se fige un instant.

« C’est mon premier ministre qui est là. Mais c’est Paul pour moi qui est là […], c’est quasiment surréel », confie la principale intéressée en entrevue avec La Presse. « Surtout dans notre cas, on se dit : “Regarde où on était il y a quatre ans, puis regarde où on est rendus maintenant”. »

Catherine Gentilcore fait partie du petit groupe de députés avec qui Paul St-Pierre Plamondon a effectué la traversée du désert lors de la dernière législature. Le premier ministre leur a prouvé sa loyauté en les nommant à des postes-clés du gouvernement. Dans le cas de sa députée de Terrebonne, il en a fait carrément son bras droit.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

L’édifice Price (à gauche), dans le Vieux-Québec

Elle devient la « cheffe d’orchestre » chargée de réunir « les conditions gagnantes » pour préparer le référendum dont la tenue est promise après le départ de Donald Trump. L’ex-présidente du Parti québécois hérite aussi du rôle délicat et stratégique de leader parlementaire du gouvernement dans un contexte minoritaire. Au surplus, elle ajoute à ses mandats l’Immigration, un autre sujet où elle devra faire preuve de doigté.

La Presse s’est entretenue avec près d’une dizaine de proches et d’anciens collaborateurs de cette ex-gestionnaire du milieu culturel et des nouvelles technologies. La plupart l’ont décrite comme une joueuse d’équipe, une habile communicatrice animée par des « convictions profondes » et capable de « livrer » rapidement. En revanche, sa personnalité extravertie et son style franc peuvent parfois « froisser », nous a-t-on confié.

Lors de sa prestation de serment, Paul St-Pierre Plamondon a souligné sa capacité à « trouver des terrains d’entente » tout en demeurant « intraitable sur les principes fondamentaux et les valeurs qui guident [leur] action politique ».

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Cérémonie de prestation de serment du Conseil des ministres, le 21 octobre

Changement d’univers

« Catherine, elle a un tempérament des grandes indociles. Elle est trop vivante pour être tiède », illustre un ami proche, Isabeau Proulx Lemire, avec qui elle a étudié en chant classique à l’Université de Montréal.

« Elle peut porter une mission [avec vigueur]. C’est quelqu’un qui donne à une équipe l’esprit de corps essentiel pour les grands projets », affirme pour sa part son ancien patron de l’Opéra de Montréal, Patrick Corrigan.

Peu de gens le savent, mais la vice-première ministre a entrepris sa carrière sur les planches comme chanteuse d’opéra. Après un passage à la direction du Devoir, elle a été directrice des communications et du marketing à l’Opéra de Montréal.

La mezzo-soprano adore d’ailleurs profiter de l’acoustique de l’Assemblée nationale pour pousser la chansonnette… et parfois avec le premier ministre, lui-même pianiste.

Ses enseignements en musique ont façonné sa façon de travailler. « Moi, c’est vraiment “cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage” », précise-t-elle, citant la célèbre expression qui réfère à la persévérance et au perfectionnement.

Paul St-Pierre Plamondon a promis en campagne de réintroduire le chant et l’enseignement de la musique à l’école, « un puissant levier pour la réussite scolaire », selon lui. L’amour de la musique n’est pas la seule passion qu’elle partage avec le premier ministre. Il y a aussi le sport – elle a pratiqué le tennis comme lui – et l’œuvre de François Pérusse !

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Étreinte entre Paul St-Pierre Plamondon et Catherine Gentilcore

« On a du plaisir à travailler ensemble, puis on est complémentaires dans le travail et dans la personnalité », résume la femme de 41 ans. Elle le voit comme « un intellectuel » et « un sensible », alors qu’elle se décrit comme étant « plus exubérante » et comme « un liant social ».

Or, ce « lien de confiance inébranlable » entre elle et M. St-Pierre Plamondon s’est tissé un fil à la fois.

Un simple courriel…

Hiver 2021. Catherine Gentilcore sort d’une longue relation amoureuse au moment où le monde des spectacles tourne au ralenti avec la crise sanitaire. Celle qui était belle-maman de trois enfants se retrouve tout à coup avec beaucoup de temps libre. Se qualifiant d’« indépendantiste convaincue », elle décide d’envoyer un courriel au Parti québécois pour s’impliquer. Elle trouve le nouveau chef – qu’elle ne connaît pas du tout – plutôt « inspirant ».

Un premier café s’organise avec Paul St-Pierre Plamondon.

J’avais vraiment, devant moi, cet “entrepreneur en pays”. Il m’expliquait sa vision des choses, comment on allait mobiliser les forces indépendantistes, comment on allait remonter ce parti-là. […] J’ai dit : “moi, j’embarque”.

Catherine Gentilcore

À ce moment, les appuis au Parti québécois tournent autour des 10 %, selon les sondages. Le défi devant eux est immense.

Un poste est vacant à l’exécutif à l’heure où les volontaires ne se bousculent pas au portillon. Celle qui n’a aucun état de service au Parti québécois ni même de carte de membre à l’époque devient conseillère en 2021. La même année, elle est nommée vice-présidente et accède à la présidence en 2023.

PHOTO ÉDOUARD DESROCHES, ARCHIVES LA PRESSE

Paul St-Pierre Plamondon et Catherine Gentilcore prenant la pose lors du défilé de la Fête nationale, en 2025

Elle s’implique dans l’élection partielle de Jean-Talon, à Québec, qui a consacré le Parti québécois comme la solution de rechange à la Coalition avenir Québec. Puis, coup de tonnerre en septembre 2024 : le superministre Pierre Fitzgibbon, député de Terrebonne, démissionne. « J’ai dit à Paul : je vais te trouver la meilleure candidature », relate-t-elle.

À ce moment, La Presse l’interroge sur ses visées. Celle-ci répond qu’elle est « très heureuse » dans ses fonctions de présidente. « J’étais 150 % honnête », jure-t-elle à nouveau. Or, dans les jours qui suivent, c’est Paul St-Pierre Plamondon qui lui tend une perche : « ça pourrait être toi [la candidate] », lui dit-il. Son atterrissage dans Terrebonne se confirme non sans heurts, alors que la candidate de 2022, Geneviève Couture, voulait être sur les rangs. Cette dernière a d’ailleurs été élue dans Mirabel le 5 octobre dernier.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Catherine Gentilcore et Paul St-Pierre Plamondon, le 17 mars 2025, lors de la victoire péquiste dans la partielle à Terrebonne

Catherine Gentilcore devient en mars 2025 la quatrième députée et seule femme du caucus péquiste.

J’ai progressé, j’ai fait ce qu’il fallait pour bien m’acquitter de mes tâches […], j’ai fait mes preuves.

Catherine Gentilcore

Elle surprend le maire de Terrebonne et ex-péquiste Mathieu Traversy lorsqu’elle lui annonce qu’elle déménage dans sa nouvelle circonscription de la couronne nord. « L’appartenance au district n’est pas autant valorisée […] quand on s’approche des grands centres. Elle a choisi de venir vivre avec nous et de gagner la confiance des gens », souligne-t-il.

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