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Saturday, October 10, 2026

Canicule, sécheresse, incendies : après un été hors-norme, est-ce encore nécessaire de marcher pour le climat ?

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Rarement le décor aura autant donné corps aux revendications. L’été 2026 a été le plus chaud jamais enregistré en Belgique depuis le début des relevés en 1833, avec une température moyenne de 20,3 °C et trois vagues de chaleur. Du 1er juillet au 15 août, les précipitations ont également été particulièrement faibles. Partout en Belgique, les effets de la sécheresse se font toujours sentir. Et dans les Hautes Fagnes, les incendies ont offert une image spectaculaire mais ô combien tragique de cette Belgique qui se réchauffe.

Pour le climatologue Jean-Pascal van Ypersele, professeur émérite à l’UCLouvain et à l’Université de Liège, rien de tout cela ne constitue pourtant une surprise. "On est très largement dans le cadre des projections qui avaient été faites." Depuis des décennies, rappelle-t-il, les scientifiques annoncent des étés plus chauds, plus secs et des épisodes de précipitations plus intenses. "C’est tout ce qu’on est en train de voir."

Ce qui change, c’est que les projections deviennent de plus en plus tangibles sur notre territoire. "On est arrivé davantage dans le concret", souligne le climatologue. Et si les conséquences sont aujourd’hui plus lourdes qu’il y a vingt ans, c’est aussi parce que deux décennies se sont écoulées "au cours desquelles on n’a pas suffisamment agi pour protéger le climat. Ce n’est que le résultat de l’insouciance et du manque d’action." Pour lui, l’été 2026 rappelle une évidence : chaque fraction de degré de réchauffement évitée compte, tout comme chaque tonne de gaz à effet de serre qui n’est pas émise.

« Parce qu’on oublie »

Alors pourquoi faut-il encore descendre dans la rue si les constats scientifiques sont connus depuis si longtemps ? Pour Adélaïde Charlier, figure du mouvement climatique belge, la réponse tient en trois raisons : "Parce qu’on oublie très vite, parce que ce n’est pas à l’agenda politique et parce que ce genre de rassemblement massif, ça fonctionne."

L’oubli, d’abord. Les inondations meurtrières de 2021, qui ont touché plus durement les personnes déjà précarisées, avaient provoqué un électrochoc. Cinq ans plus tard, l’urgence climatique doit toujours se frayer une place parmi les crises économiques, sociales et géopolitiques. L’été 2026 pourrait-il changer la donne ? Les incendies dans les Hautes Fagnes ont marqué les esprits, reconnaît Adélaïde Charlier, mais elle refuse de prédire une mobilisation record : "Peu importe s’il y aura du monde ou pas, les Belges sont inquiets. Et il va falloir de l’action."

Jean-Pascal van Ypersele partage cette crainte de l’oubli. Il rappelle que la Belgique avait déjà été durement frappée par une canicule meurtrière en 2003. Plus de vingt ans plus tard, les mesures d’adaptation restent selon lui insuffisantes, notamment dans les maisons de repos, les hôpitaux ou d’autres lieux collectifs. "C’est absolument scandaleux." Selon les données publiées par l’institut de santé publique Sciensano, au total, la Belgique a compté 2935 décès de plus qu’attendu cet été.

Faire pression sur le politique

"Les décisions ne se prennent pas dans la rue", reconnaît Jean-Pascal van Ypersele. Mais manifester reste, selon lui, "un des moyens dont les citoyens disposent pour se faire entendre et rappeler aux responsables politiques qu’une partie de la population attend des décisions."

C’est aussi ce que défend Adélaïde Charlier. "Malheureusement, on est encore obligés de descendre dans la rue. Je dis malheureusement, parce que c’est irresponsable de devoir attendre que la population belge s’empare de la rue pour répondre à une urgence qui touche absolument tous les citoyens. C’est la responsabilité du gouvernement normalement."

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Le lendemain de la marche, des représentants de la Coalition Climat doivent par ailleurs rencontrer plusieurs ministres. Quelques semaines plus tard viendront les négociations internationales sur le climat dans le cadre de la COP31 qui se tiendra à Antalya, en Turquie. Dans ces discussions, explique-t-elle, la mobilisation populaire devient un levier : "Je peux démontrer par les chiffres que les conséquences du réchauffement climatique causé par les activités humaines nous coûteront très cher, financièrement et humainement. Mais ce que je dois surtout pouvoir démontrer, c’est que je ne suis pas la seule inquiète. Le levier le plus efficace, c’est la masse."

Cette année, la marche place particulièrement en avant la sortie des énergies fossiles. Une formule qui implique des transformations très concrètes : réduire puis abandonner pétrole, gaz et charbon, rénover les bâtiments, développer les pompes à chaleur, les transports publics et la mobilité douce, électrifier davantage les usages et accélérer le développement des énergies renouvelables. Mais aussi, insiste Jean-Pascal van Ypersele, "agir sur notre demande d’énergie, en combinant efficacité et sobriété."

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« Un succès extraordinaire et tout à fait insuffisant »

Reste une question : après des décennies de sommets internationaux et des années de marches pour le climat, la mobilisation a-t-elle réellement servi ?

Jean-Pascal van Ypersele refuse de conclure à l’échec. Il y a plusieurs décennies, certaines trajectoires conduisaient vers un réchauffement de 6 à 7 °C à la fin du siècle. La mise en œuvre des engagements actuels nous placerait plutôt autour de 3 °C, rappelle-t-il. Une trajectoire toujours extrêmement dangereuse, mais qui montre que l’action politique et citoyenne n’a pas été vaine. "C’est à la fois un succès extraordinaire et tout à fait insuffisant. Il faut aller beaucoup plus loin."

C’est peut-être là tout le paradoxe de cette Marche pour le climat édition 2026. Si des milliers de personnes doivent encore descendre dans les rues de Bruxelles après un été de canicules, de sécheresse et d’incendies, ce n’est plus seulement pour alerter sur un risque futur. C’est pour demander d’agir face à une réalité qui est déjà là, sous nos yeux.

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