Procès de Nicolas Ullens pour le meurtre de la baronne : « Je souhaite présenter mes excuses à la famille de Myriam » (direct)

Plus de trois ans après la mort de Myriam Lechien, abattue devant sa villa d’Ohain, Nicolas Ullens de Schooten comparaît ce jeudi devant la cour d’assises du Brabant wallon. L’ancien agent de la Sûreté de l’État, âgé de 61 ans, devra répondre de l’assassinat de sa belle-mère. Deux semaines d’audience sont prévues à Nivelles.
Le direct
> « Je souhaite présenter mes excuses à la famille de Myriam. Je sais qu’ils n’accepteront probablement jamais mes excuses mais je tenais à les faire »
> Le président de la Cour rappelle à l’ordre le prévenu. A plusieurs reprises, Nicolas Ullens faisait allusion à une autre affaire : le Kazakhgate. De quoi exaspérer le questionneur...
> « J’ai travaillé dans la section nucléaire puis dans la protection économique. Je suis resté 11 ans à la Sûreté. J’ai démissionné à la suite du Kazakhgate. J’ai rencontré Monsieur Didier Reynders à la suite de cette affaire. Il n’était pas celui que je pensais. J’en ai parlé à ma hiérarchie. On m'a expliqué que c’est une fraude. Ça a créé un tremblement de terre. »
> « J’ai postulé à la Sûreté de l’État en tombant sur une annonce dans le journal. À ma grande surprise, j’ai été pris. J’étais fier d’avoir réussi l’examen d’entrée. Quand je l’ai annoncé à mon père, il a dit : ‘c’est la pire nouvelle de ma vie. tu vas nous espionner Myriam et moi’ ».
> « Financièrement, on dépendait tous de lui. Dans aucun cas de figure, nous aurions pu être indépendants de nous-mêmes. »
> « J’étais le seul absent du remariage de mon père. Je m’étais cassé la colonne vertébrale. D’où le physique que j’ai actuellement. J’ai été invité militairement. Soit on venait, soit on était déshérités. Mon père s’intéressait peu aux enfants »
> « Myriam rencontre un ami de mon frère aîné. C’était à l’époque où elle souhaitait trouver un acquéreur pour son entreprise de pâtisserie. Cela nous avait surpris, Philippe aussi. Elle a préféré mon père à son compagnon, certainement. Ma mère se faisait harceler la nuit par téléphone. Par un homme. Cet homme, c’était mon père. Il cherchait à dégoûter ma mère de leur relation. Ma mère passe au second rôle quand mon père lui propose de faire de Myriam sa maîtresse officielle. Au vu et au su de tout le monde. Excédée, elle décide alors de partir dans un chalet en Suisse. Mon père trouve un arrangement financier dans le cadre d’un divorce. C’était la décision de mon père. »
> « J’ai arrêté mes études car j’avais compris que les dés étaient pipés. J’étais marié et je voulais bosser. Alors, j’ai rejoint plusieurs entreprises et mes expériences deviennent fructueuses. Le service militaire m’a beaucoup aidé »
> « Je fais ma première licence à Louvain. Cela se passe mal. Je me suis bagarré avec un prof de droit social. J’arrive en deuxième session. Il n’aimait pas les noms à rallonge comme le mien. J’ai réussi mon année et l’examen, malgré l’incident. Je suis ensuite alors parti à l’ULB, puis à l’Université de Liège. Le professeur de droit pénal nous demandait de faire des stages auprès de cabinets d’avocats. Cela m’a dégoûté car j’avais un problème avec la justice, de par le passif de mon grand-père »
> « La famille Ullens était actionnaire majoritaire des raffineries Tirlemont. Quand il a revendu ça à des investisseurs allemands, il a pris un gros chèque et, de là, il a pris la grosse tête. On parlait souvent de ses affaires. Les montants abordés ne m’intéressaient pas tant. Ce que j’appréciais, c’était sa présence. »
> « J’ai rencontré ma femme à Lourdes. On aidait les personnes handicapées. J’étais en couple avec une Liégeoise. Elle me lâche pour un autre et cela m’arrange bien car j’avais le cœur ailleurs. J’ai 19 ans à ce moment-là. J’ai un souvenir de mon père qui vient nous chercher à la Gare Centrale. Il était comme mon meilleur ami. Et ce genre de gestes, ce n’était pas un problème. »
> « J’ai toujours adoré la nature. Quand j’ai été à l’armée, j’étais artilleur. J’ai tout de même passé mon brevet de parachutiste. »
> « Ma personnalité d’adolescent m’a causé des ennuis avec mon père. Cependant, on faisait tout ensemble. C’était un paradoxe : d’un côté, je ratais à l’école et, de l’autre, je partageais tout avec lui. À Maredsous, les Bénédictins ont une approche différente de celle des Jésuites. Je suis rapidement nommé patron des élèves. J’étais le capitaine. J’en garde de très bons souvenirs. »
> « J’ai fait trois ans à l’école Don Bosco. Pour mon père, on devait faire Latin-Math ou Latin-Grec, sinon c’était l’échec. J’ai raté ma troisième année secondaire. J’ai fait l’internat. À Godinne, notamment, cette expérience m’a formé à la prison. Il y avait beaucoup de châtiments physiques. »
> « Mon père a menacé d’envoyer ma mère dans un appartement si elle n’arrêtait pas de lui reprocher ses infidélités. »
> « Mon frère Yves avait des problèmes similaires aux miens. On était dans la même tranche d’âge. Mon frère Philippe avait une figure tutélaire à mes yeux. Mon grand-père maternel, aussi, en était une. Il était officier dans l’armée belge peu avant la Seconde Guerre mondiale. Il a fondé la première armée de résistance non communiste. Par la suite, il a été dénoncé, puis emmené à Breendonk et à Dachau. Ça m’émeut d’en parler. »
> « J’ai commencé à me lier à mon père car j’avais un rôle de clown : je le faisais beaucoup rire, ma mère aussi. Je ressemblais à un clown. »
>Mon père avait comme adage : « Vivons heureux, vivons cachés ». Il n’était pas dans l’ostentation. Il ne se pavanait pas de son rôle. Il détestait qu’on le considère par son titre. Je vivais dans un domaine familial avec mes cousins, à Tervuren. Il y avait un domaine acquis par mon arrière-grand-mère. Étant donné que la famille s’agrandissait, nous vivions tous là-bas. L’école ne m’a jamais trop intéressé. J’étais un peu dyslexique. Mon orthographe n’était pas impeccable. Je n’allais pas à l’école en chantant. »
> « Il y a eu une longue période durant laquelle mon père entretenait une relation secrète avec Myriam, dans le dos de ma mère. J’apprends, alors que je suis en voyage de noces, que mes parents divorcent. C’est ma mère qui me l’annonce. Mon père venait et repartait. Il était volage et je pense que ma mère le savait. Cela n’a pas mis en péril la relation avec ma mère. Cependant, nous avons appris que mon père entretenait une autre relation avec une Française durant 20 ans. Mon aîné est Philippe. Ma sœur Brigitte a 7 ans de plus que moi et Yves a 5 ans de plus que moi. J’ai eu une bonne enfance. Mon frère aîné a joué un rôle de figure tutélaire avec moi. Il avait 10 ans de plus que moi. Ma mère et ma grand-mère m’adoraient. Le seul qui n’y trouvait pas son compte était Yves, mais il a su trouver sa place dans la fratrie.
>Le président de la Cour, Pierre Delcour, demande à Nicolas Ullens de se lever afin de lui poser les premières questions. Avant cela, l’accusé s’exprimera spontanément, avant la session de questions prévue. Nicolas Ullens répond aux questions qui lui sont posées par le président. Les questions abordent le passé de l’accusé, sa famille et le mariage de ses parents.
> L’audience vient de reprendre. Le reste de la journée sera consacré à Nicolas Ullens et à sa parole face à celle de la Cour. Un moment très attendu dans ce procès ultra-médiatisé. Pour rappel, il est l’auteur du meurtre de Myriam Lechien-Ullens, dite « Mimi ».
Le rappel des faits
Tout remonte au 29 mars 2023. Ce matin-là, Nicolas Ullens s’était rendu au domicile de son père, le baron Guy Ullens, et Myriam Lechien. La conversation avait porté sur la famille et l’argent, sans éclat apparent. Après avoir quitté la maison, il avait récupéré dans sa camionnette un pistolet Glock 9 mm.
Quelques minutes plus tard, il avait attendu le couple à la sortie de la propriété, percuté leur voiture pour leur barrer le passage, puis ouvert le feu à six reprises sur sa belle-mère. Myriam Lechien, 70 ans, était morte sur le coup. Guy Ullens avait été légèrement blessé.
L’accusé reconnaît avoir tiré, mais nie avoir prémédité son geste. Il comparaît pourtant pour assassinat, soit un meurtre commis avec préméditation. Cette question devrait être au cœur des audiences.
Car derrière les six coups de feu se dessine aussi l’histoire d’une famille profondément divisée. Autrefois proches, Nicolas Ullens et son père se seraient peu à peu éloignés. Le fils avait le sentiment d’avoir été relégué au second plan au profit de Myriam Lechien et de ses enfants.
L’argent traverse également le dossier. Longtemps considérée comme l’une des familles les plus aisées de Belgique, la famille Ullens disposait d’une fortune estimée, à son apogée, à quelque 3 milliards d’euros. Nicolas Ullens reprochait à Myriam Lechien d’en avoir dilapidé une partie.
Une voix essentielle manquera toutefois pour éclairer ces fractures, celle de Guy Ullens. Présent au moment des tirs et directement mêlé aux différends familiaux, le baron est décédé en avril 2025, à l’âge de 90 ans.
Les parties civiles ont déjà prévenu qu’elles ne voulaient pas voir le procès de Nicolas Ullens se transformer en celui de Myriam Lechien. Elles entendent notamment éviter que la victime ne soit enfermée dans le rôle de la « méchante belle-mère », rendue responsable des dissensions au sein du clan.
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