À Pontoise, un manque criant de moyens, notamment pour l'inclusion des enfants en situation de handicap

À deux jours de la présentation du budget pour 2027, plus de 150 manifestations sont prévues à travers la France ce mardi 29 septembre. Les défilés s'accompagneront de mouvements de grèves dans les services publics comme les établissements scolaires. À l'école élémentaire Paul Cézanne, à Pontoise, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Paris, la grève est particulièrement bien suivie. Elle illustre les effets d'un budget toujours revu à la baisse.
Dans cette école, au moins huit enseignants sur dix ont prévu de faire grève ce mardi. C’est le cas de cette institutrice qui presse le pas pour être à l’heure dans sa classe. Elle est déjà épuisée, moins d’un mois après la rentrée. « Personne ne réalise ce qui se passe dans une classe, c’est tellement difficile de faire classe, tout simplement. On ne demande même pas de salaire, juste des moyens pour bien faire notre travail, déplore l'enseignante. Et puis en plus, il y a un manque de volonté évident, je pense qu’ils n’en ont plus rien à faire. Je m’arrêterai là… »
Une rentrée particulièrement difficile dans cet établissement qui accueille depuis le début du mois dix enfants souffrant de troubles autistiques. Le dispositif Ulis a pour but d’inclure des élèves handicapés dans des classes ordinaires, mais les moyens n’ont pas suivi. « Nous ne refusons pas l’inclusion. Nous voulons simplement une inclusion de qualité, souligne Olivier Delouze, instituteur et représentant syndical. Alors, il y a un bon côté qui est affiché en termes de com' par un gouvernement où il nous faut une société inclusive. Ça, nous sommes tout à fait d’accord. Or, ça suppose des actes professionnels qui ne sont absolument pas ceux qui ont été mis en place. Et donc vous avez une explosion des souffrances au travail, par exemple pour les personnels. Et ici, c’est ce qui mobilise principalement pour la grève. »
Lisa fait partie des grévistes également. Elle n’est pas enseignante mais AESH, c'est-à-dire accompagnante des élèves en situation de handicap. C’est l’une des rares professionnelles de cette école à accompagner spécifiquement les élèves handicapés. « Avec ma collègue, on est deux pour dix enfants répartis dans plusieurs classes. En fait, on passe notre temps à courir et à essayer de parer l’urgence uniquement, entre celui qui va vous taper dessus, celui qui va s’enfuir parce que ça ne va pas non plus… Et donc du coup, on court de crise en crise pour essayer que ça ne déborde pas et que ça impacte le moins possible les autres, déplore-t-elle. On nous demandait d’accompagner les enfants, maintenant on nous demande juste qu’il n’y ait pas de conséquences sur les autres enfants ou sur les collègues. »
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« Je ne vous cache pas que c’est épuisant »
À l’entrée de l’école, la collègue de Lisa et une surveillante accueillent justement l’une de ces élèves autistes. La petite fille aux longues tresses semble calme, mais lorsqu’il est question de rejoindre sa classe, c’est la crise. Elle refuse d’être touchée. Des enseignants viennent à la rescousse. Une situation banale dans cette école. « Nous, on le voit au quotidien le manque de moyens pour pouvoir enseigner correctement auprès des élèves de cette école, explique Stéphanie Crislip, la mère de deux élèves. Et avec des promesses qui avaient été faites par l’inspection académique pour pouvoir implanter ce dispositif correctement et des promesses qui ne sont pas tenues. On a l’impression que constamment, il faut lutter pour obtenir des conditions d’enseignement dignes pour nos enfants. Et c’est… Je ne vous cache pas que c’est épuisant. »
Un avis partagé par les familles rencontrées devant les grilles de l’établissement, même si le mouvement pèse sur leur quotidien. « Ça va être un peu compliqué. J’ai trois enfants et il faudra pas que ça dure parce que beaucoup de choses seront vraiment bloquées », dit l'une. « On reste à la maison, en télétravail par exemple, c’est pas forcément évident », commente un autre. « C’est des compétences qui s’apprennent, ça fait des années avec le Covid et tout ça. On a à peu près l’habitude. Si c’est une journée comme ça, ça peut passer », précise l'un. « Ils sont mal payés, mal considérés, donc il y a que ça qui permet de faire bouger les choses », finit un autre.
En juin dernier, enseignants et parents de l’école Paul Cézanne se sont déjà battus pour éviter la fermeture d’une classe. Sans leur mobilisation, les effectifs seraient passés à 26, voire 27 élèves par enseignant au lieu de 24 aujourd’hui.
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