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Thursday, October 29, 2026

L’oeil de Moscou : Ukraine, l’Europe dans l’impasse ?

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Pour mémoire, Emmanuel Macron avait envoyé, en février dernier, deux de ses plus proches conseillers à Moscou pour une mission confidentielle (cependant vite éventée). En août, l’agence Bloomberg s’était fait l’écho de discussions informelles entre une délégation russe et trois anciens hauts fonctionnaires britannique, allemand et français en charge des questions de sécurité.

Pour autant, conclure de ces divers frémissements que nous sommes à la veille d’avancées significatives entre Bruxelles et Moscou est très prématuré.

Tous les tabous ou presque sont tombés

Depuis le déclenchement de l’invasion russe en Ukraine le 24 février 2022, l’Union européenne a déclaré et manifesté son soutien " indéfectible " à Kiev. D’abord dans les domaines politique et humanitaire puis, de façon croissante, en matière financière et militaire. Elle l’a fait au nom du droit international, de la morale mais aussi de ses intérêts, les dirigeants européens estimant qu’une victoire militaire russe porterait atteinte aux équilibres stratégiques sur le continent.

Tous les tabous ou presque sont tombés, les Etats-membres de l’Union européenne (UE) accordant même à l’Ukraine le statut de pays-candidat en juin 2022. Aujourd’hui, considérer que les intérêts de l’Ukraine et de l’UE ne font qu’un va de soi pour la plupart des responsables et commentateurs européens. S’écarter de la doxa n’est d’ailleurs pas sans risque politiquement, médiatiquement voire même juridiquement.

Or cette position semble désormais difficilement tenable. Le président américain semble déterminé à négocier avec Moscou, quitte à tordre le bras de son homologue ukrainien Zelensky, qu’il continue d’identifier à la famille Biden et qu’il considère comme inapte à quelque compromis que ce soit.

Donald Trump est certes coutumier des volte-face et les dirigeants européens avaient – le croyaient-ils en tout cas – réussi à le ramener dans le droit chemin après l’esclandre du 28 février 2025 dans le Bureau ovale et après ses entretiens avec Vladimir Poutine à Anchorage six mois plus tard. Il semble pourtant que cette fois-ci, les choses soient beaucoup plus sérieuses.

La Russie encaisse des coups très durs, mais elle s’adapte

Deux autres facteurs au moins jouent dans les timides réflexions des Européens. D’une part, l’évolution de la guerre elle-même. Si l’armée russe ne peut se prévaloir d’avancées réelles sur le terrain, sa campagne de frappes dans la profondeur est de plus en plus efficace et destructrice. La Russie encaisse des coups très durs, mais elle s’adapte rapidement comme le montrent les résultats – in fine non déterminants – des attaques ukrainiennes contre ses raffineries et ses entrepôts.

Elle ne perdra pas la guerre d’attrition en cours. L’autre facteur réside dans les coûts financiers croissants du soutien à Kiev. Il apparaît que le fameux emprunt de 90 milliards conclu fin 2025 ne suffira pas et que plusieurs pays ne veulent pas participer au prochain tour de table. Marine Le Pen, la candidate à l’élection présidentielle française actuellement la mieux placée, a d’ores et déjà fait savoir qu’elle cesserait tout aide financière à l’Ukraine sous six mois en cas d’accession au pouvoir.

Entraver les initiatives de Trump a valeur de stratégie

Dialoguer avec la Russie suppose naturellement que cette dernière y soit disposée. Pour l’instant, elle campe sur des positions maximalistes en décalage avec la réalité militaire. Mais l’Europe n’est-elle pas, au fond, dans le même cas ? Nombre de ses dirigeants pensent que reprendre contact avec le Kremlin est en soi une concession (au demeurant difficilement acceptable pour une partie des Etats-membres comme l’a montré la réaction des Danois et des Suédois à la récente démarche de leurs voisins nordiques).

Et qu’elle doit être la dernière. Au fond, la teneur des déclarations européennes laisse à penser que rien n’est négociable sauf les modalités de la défaite de Vladimir Poutine. Et qu’entraver les initiatives de Trump a valeur de stratégie.

Cette posture est compréhensible – les facteurs l’ayant déterminée demeurent inchangés et personne n’aime se déjuger. Mais elle risque de devenir dangereuse pour l’Europe et, par extension, pour l’Ukraine elle-même. L’un des risques est celui de la marginalisation, déjà visible avec les initiatives américaines.

L’autre est celui d’un décrochage des opinions publiques sur fond de crise économique. D’autant que les sommes actuellement débloquées pour le soutien à l’Ukraine ne pourront pas l’être une deuxième pour sa nécessaire reconstruction. La raison voudrait donc que les Européens prennent aujourd’hui les devants plutôt que de se retrouver devant le fait accompli dans quelques mois. En somme, qu’il se remettent à faire de la – vraie – diplomatie.

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