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Monday, November 2, 2026

La transition écologique comme projet de société

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On est en 2026. On est aux portes d’un cataclysme écologique. On sort d’une campagne électorale pour former le prochain gouvernement du Québec… où on n’a pas parlé d’environnement ! L’environnement a été le grand absent des élections. C’est comme si au lancement de la campagne, les chefs de parti avaient orchestré le truc de la disparition sur scène avec la question environnementale : pouf ! Or, une fois le cirque électoral terminé, la poussière retombe et l’éléphant est toujours dans la pièce. Malgré l’ingénierie scénique et l’illusion d’optique, la crise climatique, elle, n’est pas disparue.

Alors, comment s’en sortir ? Bien que les pays n’avancent pas au même rythme, une société modèle pourrait guider la planète. Cette société modèle, ça pourrait être nous.

Un exemple pour le monde

Le Québec a tout pour devenir un exemple pour le reste du monde : notre électricité est déjà propre, nous avons une main-d’œuvre qualifiée, une démocratie stable et des ressources clés pour l’économie de demain.

Les solutions pour accélérer la transition sont connues et il est possible pour le Québec de montrer au monde entier ce à quoi ressemblerait une société du futur qui est parvenue à mettre en œuvre une transition socioécologique juste.

Ça devrait être ça, notre projet de société : une transition qui profite à la population locale, qui est vraiment respectueuse de la nature et qui positionne stratégiquement le Québec pour l’économie de demain.

Outre le fait de devoir déjà payer une facture salée pour les effets actuels des changements climatiques sur le coût de la vie et les infrastructures, le succès de cette lutte est désormais une condition de possibilité pour une économie prospère, et ce, même à moyen terme. Si toutefois nous perdons cette lutte, c’est l’économie mondiale qui s’effondrera.

Deux questions doivent alors être posées. Comment se fait-il que nos réductions des GES soient aussi timides depuis 35 ans ? Et si une province comme le Québec, avec tous ses atouts, n’est pas capable d’être un modèle de société moderne, prospère et verte, qui d’autre le pourra ?

Le grand chantier de la transition écologique

Le Québec pourrait miser grand dans la décarbonation des secteurs des transports, des bâtiments, des industries, de l’agriculture et des déchets, qui représentent pratiquement 100 % de nos émissions de GES, et ce, tout en misant sur la production agricole locale, sur nos entreprises d’ici et en attirant des investissements.

Nous avons déjà une série de mesures transversales et sectorielles à notre disposition. Nous avons, par exemple, des politiques qui touchent à presque tous les secteurs, comme la tarification du carbone, des politiques plus ciblées, comme les subventions pour l’installation de thermopompes, des politiques d’électrification des transports ainsi que des politiques favorisant le transport collectif et actif. À cela s’ajoutent les mesures d’efficacité énergétique et de sobriété technologique, parmi bien d’autres.

Ce plan doit être profond, d’envergure et bien conçu. Pour y parvenir, nous devons dès maintenant répondre à une autre série de questions, notamment en ce qui concerne la demande croissante pour l’électricité québécoise, dans un contexte où l’appétit des centres de données semble infini. S’il fallait choisir entre l’électricité pour des centres de données et pour l’électrification de transports, que devrions-nous prioriser ? Serait-il souhaitable au moins que ces centres de données appartiennent concrètement à des sociétés québécoises, publiques, privées ou mixtes ?

Ce plan implique aussi de créer de la richesse en misant sur nos atouts. Allons-nous favoriser l’activité minière pour nos minéraux stratégiques sans un regard critique, sans un cadre environnemental strict, sans que l’argent reste vraiment au Québec et sans développer le reste de nos chaînes de valeur ? Autrement dit, voulons-nous vraiment devenir une république de bananes en lithium ?

De surcroît, nous aurons besoin de déployer un large éventail de mesures ; mieux prévoir la demande future, mais surtout faire des choix pour le bien de notre société. Cela exige d’être en contact avec la population, de s’assurer de bâtir une transition qui sera juste et acceptée socialement.

Le Québec mérite un projet de société transparent, bien conçu, qui crée des emplois chez nous et qui garde l’argent chez nous. Chaque fois que nous mettons de l’essence dans notre voiture, nous donnons un coup de couteau dans le ventre de l’économie québécoise. On ne produit pas de pétrole ici. Cet argent s’envole ailleurs… tout en entraînant des coûts pour notre système de santé. Avec des transports électrifiés, ce serait une autre histoire. Notre électricité nous appartient. Il est temps de faire rouler tous nos camions, nos voitures, nos autobus, nos trains, nos tramways et même nos bicyclettes électriques, avec nos propres ressources. Les bornes de recharge, on en fabrique ici aussi.

C’est ça un projet de société bien pensé : beaucoup moins de GES et de grands avantages économiques pour la province, et ce, sans dépendre d’un modèle économique basé sur la croissance perpétuelle et les fluctuations des prix du brut.

Un accompagnement utile

Nos élus ne sont pas seuls dans ce combat. Notre nouveau ministre de l’Environnement n’a peut-être pas beaucoup d’expérience en la matière, mais il n’est pas seul et il a les leviers pour bien s’entourer. Il importe en effet que nos élus fassent appel à l’incroyable écosystème d’expertise scientifique que nous avons chez nous.

Il ne s’agit pas de dire « écoutez la science », car c’est plus complexe que cela. Nous avons besoin des experts en économie, en politique, en communication, en éducation, en justice climatique, en sciences comportementales, et ainsi de suite, pour traduire les sciences du climat en termes qui auront du sens pour nos élus et pour la population. Les impératifs scientifiques sur le climat ont besoin de politiques pour être respectés, et les politiques ont besoin d’acceptabilité sociale pour être soutenues.

Ensemble, nos élus, le ministère de l’Environnement, nos experts scientifiques et Hydro-Québec formeraient une base puissante pour concevoir un plan, consulter et communiquer avec les communautés concernées partout dans la province.

Le projet avant le parti

Pas souverainiste, pas fédéraliste, pas de gauche, pas de droite : nous avons besoin d’un projet de société qui transcende les clivages. Je suis certain qu’une majorité de Québécois le souhaite profondément.

Dans un monde polarisé, pourquoi aussi ne pas être un modèle de société qui surmonte ces divisions ? Peut-êtresommes-nous collectivement arrivés à un moment de l’histoire où l’on réussira à mettre le projet de société avant le parti politique. Ce projet ne doit pas être un instrument à la gloire d’un politicien ou d’un parti. C’est un projet pour l’avenir du Québec, de ses générations futures et de l’humanité.

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