Notre enquête sur les contrats d’énergie : les prix affichés peuvent être très éloignés de la facture finale

Au moment de choisir un nouveau contrat d’énergie, le réflexe est souvent le même : comparer les offres et sélectionner la moins chère. Et sur les comparateurs, les contrats variables apparaissent généralement comme les plus avantageux. Les prix suggérés, que ce soit par mois ou sur l’année, sont même souvent affichés bien en dessous des offres à prix fixe, de 10 à 20% selon les périodes et les contrats.
Mais ce dont la plupart des consommateurs ne se rendent pas compte, c’est que le prix affiché ne correspond PAS à ce qu’ils vont réellement payer, même s’ils ont bien estimé leur consommation. Car quand on signe pour un contrat fixe, on ne signe pas pour un TARIF, mais pour une FORMULE. Et dans celle-ci, les fluctuations du marché pèsent lourd, et même très lourd parfois. On vous explique.
Des prix très sous-estimés: jusqu'à 600 euros de différence rien que pour le gaz
En mars dernier, on vous mettait déjà en garde contre certaines limites des comparateurs de prix et des fiches tarifaires des fournisseurs. Et le risque d’une très forte sous-estimation.
A l’époque, les premières frappes en Iran, lancées à la toute fin de février, venaient d’avoir lieu.
Dès l’ouverture des marchés le lundi 2 mars, le prix du gaz naturel européen (référence TTF) est ainsi passé d’environ 30 euros le Mégawattheure à la fin février à près de 46 euros/MWh lundi, puis a culminé au-dessus de 60 euros/MWh le mardi 3 mars, soit près du double en quelques jours.
Six mois plus tard, le scénario craint s’est déjà en grande partie concrétisé.
Ceci, c’est le tarif que vous "promettait" Engie pour son contrat direct variable : 4,1 cents du kWh.
Fiche tarifaire de mars © Engie
Voici maintenant le tarif qu’on vous annonce pour le mois de septembre : 7,3 cents.
Carte tarifaire de septembre © Engie
Et nous avons fait la simulation du tarif qui devrait être réellement appliqué en septembre : selon toute probabilité, il sera au-delà de 8,5 cents. Soit le double de ce qui avait été annoncé en mars.
Si les indices boursiers du gaz restent au niveau actuel jusque mars, ce qui est plausible selon les spécialistes, cela représenterait pour un ménage moyen une différence de 600 euros sur la facture finale par rapport au prix annoncé par le comparateur et/ou le fournisseur.
Estimation du prix du kWh de gaz en septembre pour un contrat Direct d’Engie. © RTBF
Pour donner un ordre d’idée, Total proposait ce même mois de mars des contrats fixes à 4,7 cents le kWh de gaz. Dont le prix n’a, lui, fatalement pas bougé.
Carte tarifaire pour un contrat fixe en mars 2026 © Total
Le prix affiché n’est pas un véritable tarif
Pour bien comprendre la sous-estimation actuelle, il faut rappeler comment fonctionne un contrat variable : quand vous souscrivez ce type de contrat, vous ne savez pas ce que vous allez payer par kWh consommé, car vous ne signez pas pour un tarif mais pour une formule.
Le montant qui s’affiche sur les cartes tarifaires et donc sur les comparateurs n’est qu’une estimation. Cela représente l’acompte que vous paierez au tout début mais cet acompte pourra être modifié en cours de contrat, et si ce n’est pas suffisant, vous aurez en fin de contrat un montant de régularisation en fonction de la différence entre la facture finale et les acomptes versés.
C’est ce qu’on nous confirme dans ce centre d’accompagnement des consommateurs : "Quand on signe, on connaît la formule de prix, mais on ne sait pas comment vont évoluer les indices boursiers qui entrent dans cette formule".
Autrement dit, on vend au consommateur un tarif mais ce qu’il achète, ce sont les règles du jeu, et bien souvent il ne les lit pas. Dans un marché stable, pas de souci, il peut même y gagner. Mais en période d’envol des prix, il risque gros…
Les comparateurs reconnaissent qu’il s’agit d’estimations
Pour essayer de limiter ces risques depuis leur standard téléphonique, les comparateurs utilisent un calcul complexe, où l’on prend en compte le montant des contrats dits "à terme" (pour une période donnée), et les prix des mois précédents avec une pondération.
Maxime Sonkes de comparateur-energie.be, site reconnu par la CREG (Commission de régulation de l’électricité et du gaz) nous confirme que ce qui est affiché… "ce ne sont jamais les véritables tarifs. C’est impossible de pouvoir donner un tarif exact et on est obligé de faire une estimation".
A l’entendre, les tarifs annoncés ne sont donc pas fiables, à tel point que dans ce contexte géopolitique tendu, il conseille aux clients qui ont un contrat variable de payer des acomptes bien plus élevés que ceux annoncés sur son site. "Il faut peut-être rajouter en tant que consommateur un certain pourcentage de possibilités d’augmentation". 15%, donne-t-il comme point de repère.
Le régulateur : "Aucune méthode ne peut garantir ce que vous paierez"
Alors dans quelle mesure peut-on véritablement faire confiance à ce prix annuel estimé, calculé sur la base de projections d’un futur qui est inconnu ? Face à ces interrogations, nous avons sollicité la CWaPE, le régulateur wallon de l’énergie.
" Aucun comparateur, aucune méthode d’évaluation n’est capable aujourd’hui de vous donner une assurance sur ce que vous allez payer d’ici six mois ou d’ici huit mois ", explique Anne-Elizabeth Sprimont, directrice de la tarification.
Est-ce que ce n’est pas tromper le consommateur que de donner des estimations dont on sait que la variation pourrait être énorme sur le futur ? "Je ne pense pas que c’est tromper le consommateur. C’est lui donner aujourd’hui la meilleure indication possible sur base de ce qu’on connaît aujourd’hui".
Avant de signer un contrat variable, sachez donc que le prix affiché ne sera sans doute jamais celui que vous allez payer.
Ce qu’il faut retenir avant de signer
Notre enquête confirme finalement ce que nous avions déjà mis en lumière au printemps : le prix affiché pour un contrat variable n’est pas une promesse de prix.
Il s’agit d’une estimation construite à partir de projections qui peuvent se révéler exactes… ou totalement dépassées quelques semaines plus tard. Les comparateurs et les fiches tarifaires sont ainsi utiles pour comparer les contrats entre eux, mais dans le cas d’un contrat variable, pas pour se donner une idée exacte de ce qu’on va payer.
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