"Rien que le fait de se sentir écoutée et entendue" : quand l’intelligence artificielle devient le confident des malades

Marie Hechtermans, médecin du sport, établit le même constat : dans le prolongement de Doctissimo, des forums, de l’entourage, l’IA est une sorte de tiers avec lequel on compose. L’avantage, selon elle, c’est que le patient sait mieux expliquer ce qu’il a : "Ça permet d’avancer plus vite dans la consultation et de prendre plus de temps pour expliquer, pour l’examen clinique et de moins perdre de temps au début de 'consulte'".
Rien que le fait de se sentir écoutée et entendue, et d’avoir l’impression que quelque chose en a quelque chose à faire
Valentine a subi une grève du foie il y a quelques mois. ChatGPT est vite devenu sa béquille sinon son confident pour gérer les multiples questions qu’elle avait à la suite de son opération. "Au début", raconte-t-elle, "j’ai eu pas mal de symptômes. J’avais des douleurs dans les bras, mais qu’on ne pouvait pas du tout identifier. Et c’était insupportable, en fait. Et ChatGPT a commencé à identifier…". Valentine a presque honte de l’avouer : "Mais déjà, rien que le fait – c’est affreux – de sentir écoutée et entendue, et d’avoir l’impression que quelque chose en a quelque chose à faire… Je ne peux pas dire que les médecins n’en avaient rien à faire, mais je ne sentais pas que c’était leur priorité. C’est normal. Mais quand c’est pour soi-même et qu’on n’en peut plus d’avoir ses bras comme ça, on a besoin d’avoir quelque chose qui se passe".
Elle est toujours restée prudente avec les résultats donnés, mais ça l’a incontestablement aidée : "J’ai jamais pris pour argent comptant, mais je me suis sentie moins faible. Je me suis sentie moins toute petite, quoi. Je me suis dit, ok, au pire, j’ai cette solution. Au pire, si vraiment personne ne veut m’aider avec mon histoire de bras, bah tant pis. Je trouverai une solution".
Finalement, dans son parcours, ses douleurs au bras ont été résolues au bout de trois semaines avec un médicament prescrit par les médecins, mais que l’IA avait identifié au premier jour. "Moi, en ce qui me concerne, ma maladie, c’est une maladie qui se développe principalement chez les femmes. Et on a dû attendre cinq ans avant de l’identifier. Pourtant, ce sont des kystes sur un foie. Je pense que si je l’avais dit à l’IA à l’époque, en deux minutes, elle m’auraient dit ce que c’était". Ce qui lui fait dire aussi que même si elle demandera toujours l’aval d’un médecin, il y a peut-être un intérêt particulier dans certains cas d’errance médicale.
Le docteur Bonnelance n’hésite pas à ouvrir l’IA pendant la consultation avec ses patients pour les volets prévention et suivi : "Je dis, regardez, on va lui demander quelle serait la bonne activité physique pour vous. J’ai 54 ans, voilà ma taille, voilà mon poids, voilà ce que je fais, qu’est-ce que je pourrais faire de mieux ? Et alors là, c’est très rigolo parce qu’on regarde la réponse ensemble. Donc je lui montre comment utiliser l’outil, je lui montre comment on pose les bonnes questions".
Mais l’intelligence artificielle n’est pas parfaite, on le sait. Elle se trompe, elle a ses limites. Il faut aussi tenir compte des biais car l’IA peut prendre en compte des éléments subjectifs, rappelle le médecin Marie Hechtermans : "Imaginons que vous soyez blessé au genou, mais que vous ayez un semi-marathon à courir ce dimanche. Ça fait des mois que vous vous entraînez. Vous expliquez à l’IA à quel point c’est important pour vous. Elle va finir par vous dire d’aller faire une infiltration, de prendre tel médicament et d’aller faire votre course. Votre médecin du sport, lui, va vous dire de ne pas courir ce semi-marathon. Point".
Le docteur Hechtermans tient à ajouter que la santé humaine va de pair avec la santé de la planète. "On sait que les IA, ça consomme énormément sur le plan de l’écologie, sur le plan des ressources. Ça reste un point qui est quand même à questionner. […] Ce sont des questions en tant que soignants qu’on ne peut pas éluder".
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