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Monday, October 19, 2026

Primé à Cannes, ce film vous entraîne dans un voyage scolaire bouleversant au cœur de l’Italie

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Récompensé lors de la dernière édition du festival de Cannes, La Gradiva constitue une plongée hypnotique et passionnante dans l’adolescence et ses déconvenues. Un premier long-métrage signé Marine Atlan, à découvrir en salle le 21 octobre.

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Un groupe de lycéens français part en voyage scolaire à Naples pour découvrir les ruines de Pompéi et ses corps pétrifiés par l’éruption du Vésuve. C’est là que le vertige les saisit brutalement. L’un après l’autre, ils se laissent submerger par le désir et la colère jusqu’à s’y abandonner complètement.

Une jeunesse observée, pour mieux être racontée

Avec La Gradiva, Marine Atlan propose une œuvre d’un réalisme remarquable, posant un regard juste et précis sur une jeunesse virevoltante, le tout bercé par la poésie de l’Italie du sud. Plébiscité par la presse, ce film a notamment reçu le Grand Prix lors de la Semaine de la Critique à Cannes, en 2026. Il s’agit du premier long-métrage de la réalisatrice, qui a déjà contribué à de nombreux films en tant que cheffe opératrice, notamment Le Ravissement d’Iris Kaltenbäck ou L’Engloutie de Louise Hémon.

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L’histoire est celle d’un groupe de jeunes aux personnalités singulières et diverses, pourtant unis par les mêmes préoccupations : premières aventures amoureuses, découverte des soirées alcoolisées, disputes et dynamiques de groupes, angoisse de Parcoursup… Par la multiplication de ces sujets récurrents, La Gradiva se veut d’un réalisme saisissant, captant avec brio les angoisses caractéristiques de cet âge charnière qu’est l’adolescence.

Au-delà des thématiques abordées, c’est bel et bien la qualité et la justesse des dialogues qui renforcent le réalisme du film, adoptant les codes et éléments de langage des jeunes, sans jamais basculer dans une représentation stéréotypée. La succession de scènes collectives et de scènes individuelles, équilibrée, permet de découvrir de façon approfondie les trois personnages principaux, Toni (Colas Quignard), James (Mitia Capellier-Audat) et Suzanne (Suzanne Gérin), tout en laissant les autres lycéens s’incarner. Leurs longues conversations et débats sont particulièrement prenants, et illustrent la qualité du travail d’écriture de Marine Atlan et sa co-scénariste, Anne Brouillet. Ils permettent de découvrir tout un arsenal de personnages entiers et mémorables, et témoignent du talent de l’ensemble du casting.

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Pour atteindre ce degré de fidélité au réel, Marine Atlan a réalisé de nombreux entretiens avec des lycéens : un véritable travail d'enquête qui lui a permis de comprendre au mieux leurs problématiques. Puis un voyage scolaire a été organisé, suivant le même parcours que celui du film. “Nous traînions avec les jeunes en permanence” raconte la réalisatrice. Une observation approfondie dont résulte un film touchant et précis, capturant toute la complexité d’une génération sensible.

Cette démarche a également permis de cerner au mieux les enseignants, leurs difficultés et leur investissement. La professeure, Madame Mercier, est interprétée par Antonia Buresi, précédemment aperçue dans À son Image et Le Système Victoria. Sa performance est impressionnante de justesse et d’authenticité, créant un personnage d’enseignante attachant et passionnant, que l’on pourrait – et adorerait – avoir la chance de croiser sur les bancs de l’école. La comédienne a également observé et rencontré plusieurs professeurs pour enrichir son personnage.

Les lycéens, eux, sont tous incarnés par des acteurs débutants, non professionnels, sélectionnés suite à deux années de casting dans différents lycées et écoles de théâtre. “On a mis du temps à trouver les trois rôles principaux”, confie Marine Atlan. Pour le personnage de Toni par exemple, Colas Quignard a été repéré lors du voyage scolaire organisé par la production : “[Il] ne voulait pas du tout être comédien, mais il avait fait de la danse et avait un rapport au corps assez technique” explique la réalisatrice. Cette démarche vient renforcer le réalisme du film, et lui confère une plus value indéniable.

Ce qui est réel, ce qui ne l’est pas

Ce premier long-métrage se déroule entre Naples, Pompéi, et le village de Torre del Greco. Jonché de plans fixes permettant au spectateur d’admirer la beauté de l’Italie du sud, La Gradiva se meut en ode à la Campanie, à travers une approche qui frôle le documentaire. De la vie napolitaine, tout y est : les immeubles colorés, le linge rudimentairement étendu aux fenêtres, les parties de football improvisées au milieu des places, le port ensoleillé, les musiques populaires… On en viendrait presque à sentir le généreux parfum de la cuisine italienne à travers l’écran.

Le Vésuve, en toile de fond rappelle quant à lui que le danger, bien que dissimulé par la splendeur du paysage, reste présent. “Factuellement c’est pas beau, mais c’est stylé quand même”, “En fait, c’est tout ensemble, c’est beau” remarquent les jeunes. La Gradiva réussit à capter l’essence et le charme de cette ville contrastée, éternellement ancrée à la frontière de deux mondes, entre poésie et cacophonie, fête et désespoir, beauté et misère. Une identité singulière qui résonne avec la dichotomie de l’adolescence, période d’entre deux, où la spontanéité et la fougue de la jeunesse rencontrent les difficultés de l’âge adulte.

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Étrangère au lieu, Marine Atlan est passée par de longues étapes d’observation et de repérage pour parvenir à appréhender Naples et à en dresser un portrait véritablement fidèle et réaliste. Ses captations des moments de vie et paysages se trouvent à la limite entre le réel et la fiction : “Ce sont des situations déclarées, mais faites dans un dispositif quasi-documentaire” affirme-t-elle.

Cette façon de tourner résonne avec l’histoire de Toni : il y a un écart entre ce que ce dernier dit, et ce qu’il vit, la limite entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas est trouble. Lorsqu’il arrive à Naples, Toni a une mission en tête : retourner sur les traces de sa grand-mère, qui a quitté sa terre natale, enceinte, suite au séisme de 1980. Ce voyage scolaire devient alors une quête personnelle pour le personnage principal. Très tôt dans le film, le spectateur est témoin de ses talents de narrateur, notamment lorsqu’il raconte avec fierté l’histoire de ses aînés. Mais ses récits cachent une réalité familiale plus difficile, et des secrets encore méconnus. L’imaginaire léger et joyeux construit par Toni est alors progressivement renversé au profit d’une vérité dure et enfermante, qui ramène le protagoniste à sa condition, montrant que le déterminisme social demeure une vérité et que l’émancipation, malheureusement, est parfois impossible. Cette chute s’illustre à l’écran par un rythme décroissant, des couleurs assombries, des silences de plus en plus lourds…

James, Suzanne et Madame Mercier se trouvent également traversés par ce vertige profond, ce déséquilibre qui vient les questionner. “Chaque personnage s’abandonne à quelque chose, [...] tous les personnages finissent par se retrouver confrontés au tragique” selon la réalisatrice. Leurs trajectoires se croisent, ils se divisent, s’unissent, tentent de résister au chaos qui se dessine. Les protagonistes vivent un voyage unique, éprouvant, marquant un véritable tournant dans leur vie. Un moment figé dont ils se rappelleront pour toujours, mais qui laissera à jamais, des questions en suspens. Lorsque l’instantané de la jeunesse rencontre l’éternité des ruines de Pompéi, alors né un film rempli de symbolique, à la dramaturgie forte.

Fiction réaliste, où la banalité est source de grandiose et de tragique, de sordide mais aussi – et surtout – de merveilleux, La Gradiva est à découvrir en salle le 21 octobre.

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