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Tuesday, September 22, 2026

Kylian Mbappé: «Je n'ai jamais coupé le lien avec l’Afrique»

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À Madrid, Kylian Mbappé s’est livré dans un entretien exclusif à RFI. Le Français, lancé dans la course au Ballon d’Or, revendique son âme de compétiteur, assume ses déclarations choc, rend hommage à Didier Deschamps, se projette avec Zinedine Zidane. Dans cet entretien, le capitaine de l’équipe de France raconte la force de ses racines algériennes et camerounaises, et espère le soutien du continent africain dans sa course au Ballon d’Or.

RFI: Kylian Mbappé, le 16 octobre prochain, le Ballon d'Or sera décerné au meilleur joueur de la saison. Remporter ce trophée est-il une obsession pour vous ?

Kylian Mbappé: Non, non, non. Je pense que c'est un objectif pour n'importe quel joueur, pour n'importe quel compétiteur. Mais une obsession, non, je ne pense pas.

Vous êtes en campagne, pourquoi estimez-vous que cette année peut être la bonne ?

Parce que j'ai fait une bonne année. J'ai eu une grande année au niveau individuel, je sais que c'est le critère le plus important pour le Ballon d'Or. J'ai été meilleur buteur de toutes les plus grandes compétitions, et je pense que ça peut être une bonne année pour moi. Je le sens bien.

Pourtant, la compétition semble plus ouverte que jamais cette année.

Oui, c'est ce qui se dit. Je ne connais pas toute l'histoire du Ballon d'Or, mais c'est vrai qu'on parle beaucoup d'une lutte ouverte. C'est plaisant à voir, plaisant d’y participer et je pense que ça divertit aussi les gens.

Vous seriez déçu si cette année n’était pas la bonne ?

Bien sûr, bien sûr. Comme je l'ai dit, un compétiteur est toujours déçu quand il ne gagne pas. À partir de ce moment-là, je pense que c'est mon âme de compétiteur qui sera touchée. Mais après, on verra comment ça va se passer.

On vous entend et on vous voit beaucoup faire campagne avec des déclarations fortes, comme « J'ai toujours été l'élu », ou « Il n'y a eu personne de meilleur que moi la saison dernière ». Comprenez-vous que cela puisse choquer certains en France ?

Oui, bien sûr. Après, en France, il y a beaucoup de choses qui choquent, je n’ai pas de problème avec ça. Je n'ai jamais voulu faire l'unanimité, car ce n'est pas possible. Mais je n'arrive pas à être quelqu'un d'autre. Je ne vais pas essayer d'apprendre à l'être. J'essaie d'être moi, avec mes qualités et mes défauts, avec mes conquêtes et mes échecs. Et j'avance comme ça.

Revenons à la chasse au Ballon d'Or. La Coupe du monde a été une réussite individuelle, mais un peu décevante collectivement. Comment l'avez-vous digérée ?

Je ne dirais pas décevante. Quand vous ne gagnez pas, vous êtes toujours déçu. Mais je pense qu'on a donné une bonne image de notre pays. On était une équipe agréable à voir jouer et les Français ont pris beaucoup de plaisir à nous regarder, le monde entier a pris du plaisir à nous voir jouer. Après, il n'y a qu'une seule équipe qui gagne. On a essayé de donner le meilleur de nous-mêmes, mais ce n'est pas passé cette fois-ci, on devra retenter notre chance.

Sur le plan individuel, vous êtes le meilleur buteur de l'histoire de la Coupe du monde, devant Messi, et vous avez encore une ou deux Coupes du monde devant vous…

Je ne sais pas (rires). Mais c'est clair que c'est quelque chose d'incroyable d'avoir cette sensation. C’est quelque chose que je ne réalisais pas forcément, quand vous êtes dans le feu de l'action, vous voulez simplement aller vers le prochain objectif, le prochain match, marquer le prochain but. Mais c'est vrai que quand j’étais en vacances, tout le monde ne m’a parlé que de ça, d’être le meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde. Tu réalises à quel point la Coupe du monde est importante. C'est la plus grande compétition de sport, et ça marque les gens.

C’est un record important dans la quête du Ballon d’Or, une récompense individuelle.

Oui, je pense. Au Ballon d’Or, ils n'annonceront pas une équipe dans l’enveloppe, mais un joueur. Donc c'est un trophée individuel, et je pense que c'est ça qui doit primer sur tout. Après, bien sûr, il ne faut pas effacer tout le reste, mais la capacité à être performant individuellement et à brûler la rétine, c'est ce qui marque les gens pour un trophée comme celui-là.

Il ne faut pas effacer Didier Deschamps qui a marqué l’histoire de l’équipe de France pendant 14 ans avec une réussite exceptionnelle...

(il coupe) Impossible !

… mais vous allez maintenant découvrir un nouveau sélectionneur, Zinédine Zidane, pour un premier match contre la Turquie. Êtes-vous impatient de retrouver les Bleus dans cette nouvelle configuration ?

Bien sûr. Déjà, il faut rendre à César ce qui appartient à César : ce qu'a fait Didier Deschamps avec l'équipe de France est incroyable. Il a marqué l'histoire et remis l'équipe de France à la place où elle doit être. Pour ça, on lui sera toujours reconnaissant. Maintenant, c'est une nouvelle étape avec un nouveau coach. On va voir comment ça va se passer. C'est toujours pareil quand c’est un début, c’est nouveau, on va devoir prendre nos marques. On va tout de suite être mis dans le bain et recommencer à gagner, car c'est ce que les gens attendent de nous.

Avez-vous déjà échangé avec Zinédine Zidane depuis ses nouvelles fonctions ?

Non, je vais attendre de le voir à Clairefontaine. Je pense qu'il n'y a pas mieux que de le voir au château. Après, on est dans la même ville (à Madrid, NDLR), on s'est croisés plusieurs fois, et on se connaissait déjà avant. Mais j'attends vraiment d'arriver à Clairefontaine pour vraiment savoir ce qu'il attend de nous en tant qu'équipe et de moi en tant que joueur et on verra comment ça va se passer.

Avec José Mourinho comme entraîneur au Real Madrid, cette rentrée est décidément marquée par des nouveautés pour vous. Un personnage comme lui, c'est quelqu'un que vous aviez envie de croiser en tant que joueur ?

Oui, bien sûr. C'est quelqu'un que j'ai toujours voulu avoir comme entraîneur. Il a toujours éveillé ma curiosité. C'est un homme extrêmement intelligent, qui sait très bien ce qu'il doit faire. C'est un leader, et comme entraîneur, c'est l'un des meilleurs de l'ère moderne du football. Donc c'est toujours un plaisir d'apprendre et d'être au quotidien avec des gens de cette envergure.

Tout va bien, alors ?

Oui, tout va bien. Il y a pire dans la vie (rires).

Parlons de l'Afrique. On le sait, votre maman est d’origine algérienne, votre papa d’origine camerounaise, ces racines, ces origines sont importantes pour vous. Comment les vivez-vous ?

Oui, ce sont mes origines. J'ai toujours reçu une éducation avec une culture africaine, même si je suis né en France et que j'y ai tout fait. Je n'ai jamais coupé le lien avec mes racines et mes origines. Je pense que c'est important, car ça fait partie de la personne que vous êtes et des valeurs qu'on vous inculque. Je suis retourné au Cameroun il n'y a pas longtemps. J'y allais quand j'étais petit, et c'était un super moment. À chaque fois que je vais en Afrique, je suis toujours extrêmement bien reçu. Je ressens l'amour des gens, et c'est vraiment gratifiant de sentir le soutien de tout un continent.

On vous a vu à la CAN aussi, pour aller voir votre ami Achraf Hakimi…

Je suis allé voir Côte d'Ivoire- Cameroun aussi ! (rires). C'était un super match, à Marrakech. J'aime regarder les matchs. Et la CAN, c'était une super compétition. Je suis parti soutenir un ami, bien-sûr, mais je voulais aussi voir plusieurs matchs. Le niveau est top aujourd'hui. On voit que les équipes africaines regardent les autres sélections dans les yeux, on l’a vu à la Coupe du monde. C'est un football que j'aime regarder.

Dix sélections africaines étaient présentes à la dernière Coupe du monde, un record. Neuf ont franchi le premier tour, même si ça s’est moins bien passé ensuite. Pourtant, on avait entendu Rudi Garcia, le sélectionneur de la Belgique, après avoir éliminé le Sénégal, dire « On connaît ces équipes-là, elles perdent leur structure tactique vers la fin du match ». Que pensez-vous de ces stéréotypes sur le foot africain ?

Je pense que ce n'est pas seulement l'Afrique, c'est dans tout le football. Tout le monde a des caricatures sur tout le monde. Parfois, c’est avéré, parfois pas du tout. Ce que je sais, c'est que jouer contre des équipes africaines, c'est très difficile. Ce sont des équipes dures à faire déjouer, qui ont gagné en confiance. Elles ont réalisé qu’elles peuvent battre n’importe qui, elles jouent sans peur, sans appréhension, et sont devenues très dangereuses. Pour nous, c'est toujours un défi de les affronter.

Votre frère Ethan, qui joue à Lille, pourrait un jour choisir l'Algérie ou le Cameroun, on a vu Ayyoub Bouaddi qui a choisi le Maroc, ou Ibrahim Mbaye qui a opté pour le Sénégal. Quel regard portez-vous sur les choix de sélection des binationaux ?

C'est personnel, quelque chose de très intime. Je pense que c’est quelque chose de profond, un choix qui doit venir de l'intérieur, de ton histoire de vie. Chacun a une relation différente avec le pays qu'il veut représenter. Quand on parle de représenter un pays, il faut parler de l’amour et de l’histoire qu’on a avec le pays en question, pas seulement d'un projet sportif. C'est une question à poser à ceux qui le vivent, car c'est propre à chacun.

On le voit aussi en équipe de France, elle est riche de joueurs nés en France et ayant choisi le maillot bleu.

Bien sûr. À partir du moment où tu es Français, né en France et que tu as fait toutes tes classes en équipe de France, je pense qu'il n'y a rien de plus naturel. C'est pour ça que je dis que c'est très personnel. Chacun agit en fonction de son histoire, de sa construction, et de son lien avec le pays. Quand c'est un choix qui vient du cœur, c'est difficile de le contester ou de commenter.

L'Afrique représente 20 % des voix pour le Ballon d'Or. Quel message souhaitez-vous leur adresser ?

D'abord, les remercier pour le soutien qu'ils m'ont apporté durant toutes ces années. Ça n’a jamais changé, je me suis toujours senti très aimé à chaque fois que j'ai mis les pieds en Afrique. Bien sûr, ayant des origines africaines, ça fait toujours plaisir de voir les gens m'associer à ce prix, c'est gratifiant. Je les remercie pour tout, et j'espère pouvoir repartir avec le Ballon d'Or pour, d'une manière ou d'une autre, le leur dédicacer.

Les questions sur l’élection présidentielle en France, la gouvernance à la Fifa et la crise migratoire à Ceuta, l'enclave espagnole frontalière avec le Maroc, ont été refusées par l'entourage de Kylian Mbappé.

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