Propos controversés | L’embauche de Jacinthe-Eve Arel provoque des remous

(Québec) Rarement a-t-on vu une nomination pour un poste de directeur de cabinet retenir autant l’attention. Conspuée par Québec solidaire, critiquée par le Parti libéral, encensée par Éric Duhaime, Jacinthe-Eve Arel a également causé des remous dans la famille péquiste : Louise Harel estime que le PQ a embauché une femme qui tient des propos rejoignant l’extrême droite.
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Rapidement après l’annonce officielle de l’embauche de Jacinthe-Eve Arel comme directrice de cabinet du ministre de l’Efficacité gouvernementale, Sébastien D’Astous, les réseaux sociaux se sont enflammés, et des captures d’écrans de ses propos passés ont circulé. Elle a d’ailleurs désactivé son compte X.
Mme Arel, qui a été candidate pour la CAQ en 2018 et pour le PCQ en 2022, est connue du public pour ses apparitions médiatiques, notamment à RDI. Elle était aussi très active sur les réseaux sociaux. Québec solidaire lui reproche, entre autres, d’avoir défendu à de nombreuses reprises l’administration Trump.
Parmi ses prises de position controversées, mentionnons celle au sujet du sommet sur l’itinérance, qu’approuve Paul St-Pierre Plamondon.
« Un sommet sur l’itinérance, Dieu du ciel. IL FAUT CRÉER DE LA RICHESSE TABARNAK ! ! ! Bande de technocrates oiseux », a-t-elle écrit en houspillant la tenue de ce sommet, promu par l’ex-première ministre Pauline Marois. « C’est révoltant de voir le niveau de bien-nantis tenter de se faire valoir avec une telle déconnexion de la réalité », a-t-elle ajouté.
CAPTURE D’ÉCRAN D’ARCHIVES, TIRÉE DE X
Au bureau du premier ministre, on défend bec et ongles la nomination de Mme Arel, qui a été effectuée en fonction de ses compétences, a plaidé Lucas Medernach. Il a insisté sur son passage au cabinet de l’ex-ministre caquiste Simon Jolin-Barrette. Il souligne que M. Duhaime a souhaité un bon succès à Mme Aarel, même si Québec solidaire et le PLQ l’ont critiquée.
Le directeur des communication et porte-parole du premier ministre, Alex Boissonneault, a salué de son côté à Radio-Canada le parcours d’une femme « investie et engagée » pour réduire la taille de l’État. « Si vous regardez l’équipe du PQ, globalement, les employés des différents cabinets, il y a des gens un peu plus à gauche du centre, certaines fois un peu plus à droite du centre, comme Mme Arel. Et c’est correct, c’est ce qu’on a toujours dit, on a un esprit de coalition au Parti québécois », a expliqué l’ex-député d’Arthabaska.
Il a ajouté que les « propos passés [de Mme Arel] ne lient pas le Parti québécois ». Si elle a effacé ses messages, c’est en raison du « devoir de réserve » de son nouveau poste, a expliqué le Parti québécois.
Ces explications ne convainquent toutefois pas l’ex-députée Louise Harel.
Le Parti québécois est peut-être une coalition, dit-elle, mais Mme Arel « exprime très fréquemment des positions d’extrême droite » en flirtant avec tout ce qu’il y a de « conspirationnistes » au Québec. Elle a critiqué des propositions du PQ, notamment en s’opposant à la tenue d’un sommet sur l’itinérance, reproche Mme Harel.
« On entend régulièrement ce discours qu’il faut dégraisser l’État. On peut penser, à gauche ou à droite, qu’il y a peut-être eu boursouflure. C’est n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est de recruter une personne qui a exprimé des positions totalement inacceptables », a-t-elle dit.
Louise Harel a déjà eu maille à partir avec Mme Arel, sans H, précise-t-elle. « C’était une personne qui cherchait la confrontation sur toutes les positions que j’exprimais sur les médias sociaux, que ce soit sur l’immigration, sur notre devoir d’inclusion ou sur Gaza. Elle était tellement confrontante, c’est très rare que je fais ça, mais je l’ai retiré de tous mes médias sociaux il y a deux ans », raconte-t-elle.
PHOTO DENIS GERMAIN, ARCHIVES LA PRESSE
Louise Harel
D’autres ex-élus du Parti québécois qui ont préféré conserver l’anonymat ont confié à La Presse leur étonnement et leur incompréhension de voir Mme Arel être embauchée comme chef de cabinet. Certains ont fait remarquer le pari raté du recrutement de François Gariépy, alias « Monsieur Radio X », dans une tentative de séduire les citoyens plus conservateurs. Ils auront préféré l’original à la copie, et M. Gariépy a mordu la poussière face à la candidate d’Éric Duhaime.
Au matin, l’ex-chef péquiste et commentateur politique Jean-François Lisée a partagé un message sibyllin, où l’on voit un René Lévesque se tenant le front, plusieurs cigarettes à la main. « Il y a des jours comme ça », a-t-il écrit. Est-ce une réaction à la nomination de Mme Arel, a demandé La Presse. « Aucun rapport, c’est parce que c’est nuageux », a rétorqué M. Lisée.
L’opposition réagit
« [La nomination] de Mme Arel va trop loin. C’est une erreur. Mme Arel a eu de nombreuses prises de position controversées et inacceptables en appui à Trump et en appui à la Russie de Poutine », a dénoncé durant la journée la chef parlementaire de Québec solidaire Ruba Ghazal.
Le chef libéral Charles Milliard a affirmé au micro de Qub Radio qu’il n’aurait « jamais embauché Mme Arel comme chef de cabinet ». « On sait que le Parti québécois tend beaucoup vers la droite, j’imagine, pour essayer de plaire aux conservateurs. Mais moi, quand j’embauche des gens, je les embauche sur leurs compétences et leurs valeurs », a-t-il dit.
Éric Duhaime lui a souhaité « bon succès » en la prévenant : « Je crois que Jacinthe-Ève commet la même erreur qu’en 2018, lorsqu’elle s’est présentée pour une “coalition”, où finalement la droite est instrumentalisée pour démontrer une diversité d’opinions alors que les décisions se prennent toutes à gauche. Gare à la droite de service au sein du PQ. »
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