ESPN DeportesGuardians sorprende a Rays en arranque de Serie de CampeonatoPunchCoastal highway rerouting breaches procurement laws — ADC candidateBollywood HungamaEXCLUSIVE: Shah Rukh Khan's birthday to witness a KING-sized BLAST; Siddharth Anand gears up to launch EXPLOSIVE teaser on November 2ESPN'We're a really hard team to beat': Brewers prove their way can take down anyoneThe Jerusalem PostFive suspects held, six released as Ramla assault investigation expandsInquirerNBI probes links of businessman Jaime T. Cruz to Duterte family한겨레‘농부 철학자’ 윤구병 사상 함께 이야기…31일 서울 정암학당서Inquirer EntertainmentTom Cruise’s ‘Digger’ tanks at box office, leaves studio with $250-million holeZDF heuteEntdecken Sie das ZDF-Nachrichtenstudioالنهاراتهام شرطة الهجرة الأميركية بدهس مكسيكيّ "عمداً" في ولاية تكساس (فيديو)Complete SportsOnyeka Gets Good Ratings In Coventry City’s 4-1 Win Over NewcastleThe Sydney Morning HeraldMan hands himself in after woman found dead in Melbourne apartment
The Daily Newsstand · Free, Always
Tuesday, October 13, 2026

Que deviennent les enfants des victimes de féminicides ? Rencontre avec une adolescente qui reconstruit une famille sans parent

Translate

C’est étonnant comme on s’imagine que les enfants qui ont vécu les pires malheurs le portent forcément sur leur visage. Et bien pas tous. Ce n’est pas le cas d’Agnès. Nous nous attendions à rencontrer une adolescente physiquement marquée. Nous découvrons une adolescente très soignée, polie, au regard franc. Et pourtant sa jeune histoire est déjà lourde.

"Ma mère a été une victime de féminicide", raconte Agnès. "Elle est décédée dans un incendie volontaire allumé par mon père. Nous, nous n’étions pas présents au moment des faits, mon frère et moi. J’avais 15 ans, il en avait 10. Nous avons été recueillis par la police à la sortie de l’école. Moi d’abord. Et puis mon petit frère ensuite pour que je puisse lui expliquer moi-même, avec nos mots, histoire que ce soit plus délicat pour lui."
 

Quand on m’a annoncé la mort de ma maman, c’était un choc énorme

Dans sa famille, entre ses parents, il y avait de la violence. Mais pas au point de laisser penser qu’un pareil drame pouvait arriver. "Quand les policiers sont venus me chercher, ils me parlaient d’une façon tout à fait normale pour que je ne me doute de rien. C’est seulement arrivée au poste que j’ai senti vraiment l’ambiance se tendre. Et quand on m’a annoncé la mort de ma maman, c’était un choc énorme. Je ne m’y attendais pas du tout". Ce jour-là, les heures passent. Il faut évidemment trouver une solution pour la nuit. La possibilité d’hébergement dans la famille proche est rapidement écartée par les policiers. Agnès appelle alors sa meilleure amie, comme solution de fortune. " Sa maman était la seule adulte à qui je faisais confiance. Et donc, j’ai décidé de la contacter. Et donc mon frère et moi sommes partis vivre chez elles pendant deux semaines. Et durant ce temps-là, nous avons été suivis par l’aide aux victimes. Mais c’était vraiment une période compliquée parce qu’on devait voir la police pour expliquer nos versions des faits. On devait préparer les obsèques de ma maman. Et puis on devait penser aussi à l’école. En fait, on a énormément de choses en tête et on n’arrive pas vraiment à faire le deuil parce qu’on n’accepte même pas encore la nouvelle."

© RTBF

Il y a de la violence dans les centres d’accueil

Jusqu’à la fin de l’année scolaire, Agnès et son petit frère ont ensuite été accueillis provisoirement par le directeur de l’école primaire de garçon. Et puis comme aucune solution en famille éloignée n’a pu être trouvée et qu’aucune famille d’accueil n’est prête, aujourd’hui en Belgique, à prendre en charge des adolescents, la petite fratrie a été dirigée vers un centre d’accueil. "On était avec plein d’autres enfants. L’accueil a été vraiment très difficile parce que c’est totalement différent de vivre en grand groupe. C’est totalement autre chose que de vivre en maison avec sa famille. On est plus jamais tout seul. On était 11, donc il y avait plusieurs groupes. Il y avait bien des éducateurs qui s’occupaient de nous mais ce n’était pas très bien organisé. Les éducateurs n’étaient pas assez nombreux. Et pas assez formés surtout. On dirait qu’on oublie que les enfants sortent d’une situation très compliquée. On les confronte directement à d’autres adultes, alors que justement ils ne savent plus faire confiance à un adulte.
Résultat, il y a une forme de violence dans ces centres. Entre les jeunes, oui. Mais aussi entre les enfants et les éducateurs. C’est ça le plus choquant. Ces enfants ont été placés parce qu’ils n’étaient pas bien traités. Et, en centre, ils ne sont pas non plus bien traités. Ils sont parfois dénigrés, pas respectés. Heureusement j’étais avec mon petit frère. Au départ on devait être séparés mais notre avocate a réussi à faire en sorte qu’on ne le soit pas. Il était vraiment petit, il avait 10 ans. Et oui, donc moi, à 15 ans, je devais le rassurer, qu’on restait à deux, que tout irait bien.
"
 

L’école comme dernier lien avec "la vie d’avant"

Agnès a dû se battre. Et ce qui peut paraître le plus étonnant, c’est qu’elle a voulu se battre pour conserver son école. Son centre d’accueil était à l’autre bout de la ville, bien loin de son école schaerbeekoise. "Oui j’ai dû longtemps négocier avec le centre d’accueil pour rester dans mon école. C’était trop loin pour eux. Ils ne pouvaient pas nous y déposer. Pour moi, à 15 ans, ce n’était pas grave. Mais mon petit frère était encore en primaires. Résultat, je me suis portée volontaire pour l’emmener chaque jour à l’école. Et le reprendre ensuite à la fin des cours chaque jour. Mais effectivement, c’est vraiment un point sur lequel je n’ai pas voulu négocier. Rester dans mon école c’était avoir l’aide de mes amis et de mes professeurs qui étaient là pour nous soutenir."

Chez moi, mon frère a enfin une maison comme avant

Aujourd’hui Agnès n’est plus en centre d’accueil. Ça lui a brisé le cœur de quitter son petit frère. Mais elle s’est une nouvelle fois battue pour, cette fois, avoir le droit de vivre seule dans un petit appartement. La semaine, elle va en classe. Elle est en rhéto. Et le week-end, elle fait ses courses et le ménage. Elle accueille aussi son petit frère chaque vendredi. A deux, ils forment une nouvelle petite famille. Sans parent. "Mon frère a enfin une maison. Quand il vient chez moi, il peut enfin voir un endroit où il peut vraiment se reposer et se sentir comme à l’ancienne maison. Mais pour lui, c’est parfois compliqué. Quand il vient à la maison, évidemment, il n’a plus envie de retourner au centre. Parfois, évidemment, il y a des pleurs. Et ça, vraiment, ça me fend le cœur."

Une chose à changer ? Il faut parler aux enfants

Et si elles pouvaient changer les choses, après ce qu’elle a vécu, Agnès insisterait sur les liens et les échanges. "J’améliorerais le rapport entre les enfants et les assistants sociaux. On ne les voit en fait qu’une fois par semaine. Et ce sont des rendez-vous très formels, où on n’aborde pas vraiment le sujet du deuil, de la mort et des violences qu’on a vécues. Pourtant c’est important d’en parler. Certains enfants ne réalisent pas vraiment ce qu’ils ont vécu. Je pense que c’est le cas de mon petit frère. Il n’y a pas vraiment de suivi dans les changements de lieux de vie non plus. Dès qu’on a été placé, on n’a plus été suivi par des assistants sociaux. Uniquement par nos avocats."

Et l’accompagnement psychologique ? "Il est proposé, mais là aussi ça manque de suivi. Ça n’est pas pris au sérieux. C’est comme si c’était accessoire. On se dit que l’enfant ira voir un psy quand on en trouvera un. ET comme à Bruxelles c’est compliqué… Pourtant il faudrait un psychologue pour chaque enfant, que les enfants puissent se sentir écoutés et puissent donner à nouveau une chance à un adulte."

© Tous droits réservés

Quelques adultes dans sa vie tout de même, mais pas son papa

Dans la vie d’Agnès, il reste des adultes. Le directeur de l’école de son frère qui les avait accueillis durant 2 mois en 2014 est devenu son parrain. Et sa femme sa marraine. "Il y a aussi des gens de ma paroisse. Je vais souvent à l’église. Ce sont des personnes que je connaissais d’avant. Et puis, il y a mes amis. Il y a les parents de mes amis qui sont aussi là pour moi. Les éducateurs que je voyais beaucoup avant me font confiance maintenant. Je sais m’occuper de moi. Et si j’ai un coup de mou, je peux faire appel à une assistante sociale. Et puis de temps en temps, on vient quand même vérifier mon appartement, pour voir si tout se passe bien. Mais ce n’est pas régulier"
En revanche, elle n’a plus aucun contact avec son papa. "Pas du tout. Mais on aura bientôt le procès. Donc là, on sera obligé. Mon petit frère et moi sommes assez réticents à l’idée de le voir ou de lui parler. Qu’est-ce qu’on lui dirait de toute façon ? "
 

Une place pour l’amour quand même, mais pas avec n’importe qui

Agnès est forte. En l’écoutant parler on se demande même si elle n’est pas devenue trop forte, si elle ne s’est pas construit une carapace. Mais elle nous rassure. "Je pense que j’ai été un peu obligée d’être forte dans ce moment-là, notamment pour mon petit frère. Ça m’a construite. Le fait de ne pas avoir baissé les bras et de ne pas m’être écroulée, ça a créé ma force". Alors est-ce qu’il y a une place pour l’amour dans cette vie-là ? "Après ça, on a évidemment peur que tous les hommes ressemblent à son papa. Je l’ai d’ailleurs expérimenté dans une de mes relations. Je ne voulais pas tomber dans ce schéma de violence. Mais maintenant j’ai un copain qui sait très bien s’occuper de moi et qui sait très bien me rassurer. Donc je suis assez contente"
 

View the original on RTBF Info →

KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.