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Monday, October 26, 2026

Près de 500 Québécois sont morts après s’être étouffés avec des aliments depuis 2021

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Depuis 2021, près de 500 personnes sont mortes au Québec des suites d’un étouffement alimentaire, selon une recension de rapports du coroner effectuée par Le Devoir. Du lot, 216 personnes vivaient en CHSLD ou se trouvaient à l’hôpital. Dans certains cas, le personnel n’a pas suivi les consignes alimentaires ou n’a pas réagi assez vite.

Madeleine Tregouët fait partie des victimes. Il y a un peu plus d’un an, la femme de 82 ans a été admise à l’hôpital Jean-Talon, dans le nord de Montréal, pour une évaluation de son état mental demandée par le CLSC d’Ahuntsic, écrit la coroner Martine Lachance dans son rapport. Quelques jours plus tard, elle est décédée.

Mme Tregouët s’est étouffée en mangeant. Un employé l’avait aperçue dans le corridor, le dos courbé, de la salive à la bouche et les lèvres bleues. Des membres du personnel soignant l’avaient ramenée dans sa chambre et lui avaient administré de l’oxygène. La dame a toutefois « rapidement été victime d’un arrêt cardio-respiratoire », indique la coroner. Les manœuvres de réanimation, elles, n’ont commencé que six minutes plus tard, relève-t-elle. « Une intervention plus rapide aurait certainement amélioré ses chances de survie. »

Sa fille, Sophie Bechirian, peine encore à comprendre ce qui s’est passé. « Elle est allée à l’hôpital pour sa santé et elle n’est jamais revenue. » Un an plus tard, sa famille demeure « traumatisée », confie la femme de 50 ans d’une voix tremblante.

Elle raconte avoir tenté une première fois d’hospitaliser sa mère en lien avec ses troubles neurocognitifs. Sans succès. Madeleine Tregouët y a finalement été admise deux semaines plus tard. « Je voulais aller la voir, mais ça a été trop rapide et elle est décédée », se désole sa fille. « Il faut qu’on s’occupe mieux de nos aînés. »

Santé Québec Nord-de-l’Île-de-Montréal, qui comprend l’hôpital Jean-Talon, indique qu’à la suite du rapport du coroner, une formation de 2,5 heures sur la prise en charge des urgences liées à un étouffement alimentaire a été offerte aux infirmières auxiliaires de l’unité concernée.

Morts sur le coup… ou peu après

La recension des 491 rapports réalisée par Le Devoir, montre que certaines personnes sont décédées sur le coup — après avoir avalé de travers un morceau de steak ou du pain grillé, par exemple. D’autres ont d’abord survécu à l’étouffement, mais ont succombé quelques jours plus tard à une pneumonie d’aspiration causée par les aliments ayant pénétré dans leurs poumons.

Dans certains cas, les coroners ont relevé un manque de surveillance, des erreurs dans les aliments servis en CHSLD ou des lacunes dans les interventions de secourisme (ambulance annulée, réaction désorganisée du personnel).

Une vingtaine de rapports ont donné lieu à des recommandations, tandis qu’une quarantaine d’autres font état de mesures correctives mises en place en hôpital ou milieu d’hébergement après le décès.

Les coroners recommandent entre autres d’améliorer les formations de secourisme du personnel, de renforcer la surveillance lors des repas et de veiller au respect des diètes prescrites pour les patients.

Erreurs de diète

Dans certains cas, ce sont d’ailleurs les aliments servis à des personnes à risque d’étouffement qui sont en cause. Plusieurs d’entre elles souffraient également de troubles neurocognitifs.

En 2022, un octogénaire qui vivait dans un CHSLD de la région de Québec a reçu par erreur le cabaret-repas destiné à un autre résident. La nourriture n’était donc pas adaptée à son trouble de déglutition et il s’est étouffé. Il est décédé deux jours plus tard d’une pneumonie liée à l’incident.

L’an dernier, un Montérégien de 92 ans est mort après s’être étouffé dans un CHSLD. On lui avait servi une rôtie tranchée en deux alors que sa diète prévoyait des aliments coupés en petits morceaux. « Le cabaret contient un coupon de menu qui indique la diète à suivre pour chaque résident. Vraisemblablement, tant la préposée qui a préparé le cabaret que celle qui a supervisé le repas n’ont tenu compte de ce coupon », conclut la coroner Denise Fréchette dans son rapport.

La surcharge de travail pourrait favoriser ce genre d’erreurs, avance Guillaume Clavette, représentant du personnel paratechnique, services auxiliaires et de métiers à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN).

Depuis la pandémie de COVID-19, des programmes accélérés pour devenir préposé aux bénéficiaires ont vu le jour au Québec. Or, ceux qui en sont issus « manquent de formation », ce qui oblige souvent leurs collègues à combler certaines lacunes, affirme M. Clavette, qui réclame le retour de programmes plus complets.

Appelée à réagir, Santé Québec souligne que ses établissements offrent aux employés des formations sur l’alimentation et le trouble de déglutition « afin de soutenir des pratiques sécuritaires auprès d’une clientèle présentant des besoins variés et parfois complexes ». Elle dit aussi poursuivre ses travaux visant à renforcer les compétences du personnel.

Entre « risques et besoins »

Lorsqu’il est question de l’alimentation des aînés, il faut aussi tenir compte de leur qualité de vie, estime Michel Sanscartier, professeur adjoint de clinique au Département de nutrition de l’Université de Montréal.

Les nutritionnistes qui travaillent auprès des personnes ayant des troubles de déglutition doivent trouver un « juste milieu » entre les risques, les meilleures pratiques, les besoins et le consentement du patient ou de son répondant, explique-t-il. Par exemple, ne servir que des aliments en purée est démontré comme pouvant réduire les apports nutritionnels, souligne M. Sanscartier. Cela peut diminuer l’envie de manger et pousser une personne à ne plus s’alimenter suffisamment.

Lorsque c’est faisable, il propose donc aux familles de fournir, sous supervision, de la nourriture appréciée par leur proche. « Parfois, ce sont des textures beaucoup plus dures, mais tu vois les yeux pétiller et la déglutition est possible. »

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