Démystifier la science | Même si elles brûlent, nos forêts captent des GES

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Est-il vrai que la forêt canadienne émet plus de gaz à effet de serre qu’elle n’en capte ?
Non, mais certaines années, c’est presque le cas, à cause des incendies de forêt.
« À l’échelle du pays, les forêts canadiennes sont des puits de carbone », explique Oliver Sonnentag, chercheur à l’Université de Montréal. « Mais quand il y a beaucoup d’incendies de forêt, leurs émissions sont presque équivalentes au carbone atmosphérique capturé par la croissance des forêts. Avec l’augmentation de la quantité d’incendies de forêt, ça devient un équilibre. »
Le record d’incendies de forêt au pays, qui datait de 1989, a été surpassé en 2023 et en 2025.
Oliver Sonnentag gère un vaste réseau de capteurs pour mesurer de façon précise les émissions naturelles de méthane et de CO2 dans les Territoires du Nord-Ouest. En janvier, dans le journal scientifique Nature Geoscience, il s’est penché sur le rôle climatique des forêts canadiennes. Et il a été surpris.
« On avait l’hypothèse que la chaleur allait stimuler la photosynthèse », explique le chercheur. Il s’agit du processus par lequel les végétaux capturent du CO2 atmosphérique pour former de la matière, et relâchent de l’oxygène.
« Mais finalement, les forêts sont un puits de carbone plus important, non pas en raison d’une plus grande photosynthèse, mais surtout à cause d’une respiration réduite », dit M. Sonnentag. La respiration des végétaux, processus inverse à la photosynthèse, intervient quand les plantes consomment de l’oxygène et émettent du CO2.
Un puits de carbone est un écosystème qui absorbe plus de gaz à effet de serre qu’il n’en émet.
La respiration des forêts est moins grande parce que les microbes sont moins actifs par temps chaud.
Dans les prochaines années, ce mécanisme sera accentué par El Niño, le phénomène atmosphérique du Pacifique qui accentue les vagues de chaleur au Canada.
« C’est un peu comme les changements climatiques sur stéroïdes, dit M. Sonnentag. La diminution de la respiration durant les années El Niño signifie que les forêts canadiennes capteront davantage de carbone atmosphérique. Ça veut dire que même avec des incendies de forêt importants, elles resteront des puits de carbone. Mais quand El Niño sera terminé, dans quelques années, il se peut que les années où il y a des incendies de forêt importants, la forêt canadienne soit une émettrice nette. »
Brûlis préventifs
L’évolution de la situation dépendra de l’utilisation de techniques comme celle des brûlis préventifs. Il s’agit de brûler intentionnellement des secteurs de forêt, ou de laisser brûler des incendies mineurs, pour éviter que beaucoup de bois mort s’accumule et ne favorise des incendies incontrôlables.
« Ça aide normalement beaucoup, même si c’est combattre le feu par le feu », dit M. Sonnentag
Les brûlis préventifs sont toutefois controversés parce qu’ils compliquent l’accès à certaines zones de villégiature et plombent la qualité de l’air. En juin, dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), des chercheurs ont montré qu’en Californie, les brûlis préventifs génèrent plus de pollution atmosphérique qu’ils n’en évitent en diminuant le risque d’incendies plus importants.
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En savoir plus
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- 7,5 millions d’hectares
- Superficie rasée par les incendies de forêt au Canada en 1989, le record entre 1980 et 2022
Source : Ressources naturelles Canada
- 15 millions d’hectares
- Superficie rasée par les incendies de forêt au Canada en 2023
Source : Ressources naturelles Canada
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- 4,1 millions d’hectares
- Superficie rasée par les incendies de forêt au Canada en 2026, en date du 10 août
Source : ressources naturelles Canada
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